Crise économique aux États-Unis - La Fed fait flèche de tout bois

Un courtier de la Bourse de New York quelques instants avant que la Fed annonce que son taux directeur reste inchangé.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un courtier de la Bourse de New York quelques instants avant que la Fed annonce que son taux directeur reste inchangé.

Arrivée au bout de ses munitions traditionnelles, la Réserve fédérale américaine se dit prête à faire flèche de tout bois pour aider à relancer l'économie des États-Unis.

Ayant déjà abaissé son taux directeur à son plus bas niveau possible, le comité monétaire de la Fed a fait savoir hier qu'il ne manquait pas d'idées de moyens d'action alternatifs pour aider à dégripper le marché du crédit et stimuler l'économie américaine. «La Réserve fédérale emploiera tous les outils disponibles afin de promouvoir le retour d'une croissance économique durable et préserver la stabilité des prix», a-t-il dit dans un communiqué au terme de sa réunion de deux jours.

La banque centrale a notamment fait savoir qu'elle était désormais prête à acheter, au besoin, des titres de long terme du gouvernement afin d'étendre la portée de ses assouplissements des conditions de crédit au-delà des seuls taux à court terme. Elle s'est également dite disposée, non seulement à poursuivre l'achat de grandes quantités de titres adossés à des prêts hypothécaires, mais à en acheter encore plus, et pendant plus longtemps. La Fed a aussi rappelé le lancement prochain, conjointement avec le Trésor américain, d'un programme visant à stimuler la consommation et l'investissement en offrant des capitaux et de nouvelles facilités de crédit destinées spécifiquement aux ménages et aux PME.

Le recours par la Fed à de tels moyens d'action alternatifs a explosé ces derniers mois. Cela a fait bondir la valeur de ses actifs de 900 milliards, en septembre, à plus de 2000 milliards, la semaine dernière.

La Fed a réitéré hier que «les conditions économiques devraient justifier le maintien de son taux directeur à un niveau exceptionnellement bas». L'institution présidée par Ben Bernanke a abaissé pour la dernière fois son taux directeur le 16 décembre, en le plaçant pour la première fois de son histoire dans le mince espace compris entre 0 % et 0,25 %. Elle arrivait ainsi au terme d'un voyage entrepris à la fin de l'été 2007, alors que son taux directeur était encore à 5,25 % et qu'une obscure crise des subprimes semblait en voie de faire tache d'huile.

Cette dernière baisse du taux de la Fed n'a pas empêché «l'économie de s'affaiblir encore», a-t-elle constaté hier. «La production industrielle, les mises en chantier de maisons et l'emploi ont continué de décliner rapidement, alors que les consommateurs et les entreprises réduisaient leurs dépenses.»

La Fed a dit s'attendre à ce qu'une reprise graduelle de l'activité économique commence à poindre plus tard cette année, en précisant, du même souffle, que les risques que cela ne se produise pas étaient «significatifs».

La première estimation officielle de la croissance économique au dernier trimestre de 2008 doit être dévoilée plus tard cette semaine. Les analystes prédisent qu'elle pourrait révéler un recul du produit intérieur brut (PIB) américain de 5,3 % en rythme annualisé. Ce serait la plus forte baisse d'activité économique aux États-Unis depuis le premier trimestre de 1982.

La Fed n'a pas caché que ce contexte, allié à la chute des prix de l'énergie et des matières premières, exercera de fortes pressions à la baisse sur le prix des biens et services durant les prochains mois. N'employant jamais le mot «déflation», la banque centrale a néanmoins fait savoir qu'elle restera sur ses gardes, prête à intervenir au cas où le pays risquerait d'être aspiré dans une spirale d'effondrement des prix et salaires qui compliquerait gravement le retour de la croissance économique.

La position exprimée hier par le comité monétaire de la Fed a obtenu l'aval de huit de ses neuf membres. Le président de la Fed de Richmond, Jeffrey Lacker, a fait savoir qu'il aurait préféré que la banque centrale s'en tienne à racheter des titres de long terme du gouvernement et abandonne les mesures ciblées de soutien au crédit.

«Les taux directeurs devraient rester à près de 0 % pour très longtemps, ont estimé hier dans une analyse les économistes du Mouvement Desjardins. La balle est maintenant davantage dans le camp du gouvernement avec la mise en oeuvre de son plan de relance ainsi qu'avec d'autres mesures destinées au sauvetage financier.»

Au Canada

Aux prises avec une économie en moins mauvais état que sa voisine américaine, la Banque du Canada approche, néanmoins, elle aussi du moment où elle ne pourrait plus abaisser son taux directeur. La nouvelle réduction d'un demi-point de pourcentage de la semaine dernière a ramené son taux cible du financement à un jour à seulement 1 % et l'institution gouvernée par Mark Carney n'a pas exclu la possibilité de procéder à d'autres baisses. La Banque du Canada n'a toutefois pas eu, jusqu'à présent, à recourir à des moyens d'action alternatifs, si ce n'est l'élargissement de la liste des titres admissibles comme garanties pour l'octroi de liquidité par les banques.

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