Discours de Mark Carney devant la Chambre du commerce de Halifax - Le Canada apaise les craintes de déflation

Mark Carney rappelle que, si le spectre de la déflation planait, son effet serait très grave. Il découragerait la consommation des ménages et l’investissement des entreprises.
Photo: Agence Reuters Mark Carney rappelle que, si le spectre de la déflation planait, son effet serait très grave. Il découragerait la consommation des ménages et l’investissement des entreprises.

Le basculement du Canada dans l'enfer de la déflation est «improbable», pense le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney.

La relative bonne santé de l'économie canadienne et les interventions énergiques de la banque centrale devraient éviter que le pays n'entre dans une spirale incontrôlée de chute des prix et des salaires, affirme le gouverneur dans le texte d'un discours qu'il a prononcé hier devant la Chambre de commerce de Halifax.

Mark Carney en a profité pour réaffirmer sa foi dans l'efficacité de la politique monétaire de son institution, dont le principal objectif est le maintien de la croissance annuelle des prix et salaires autour d'une cible à moyen terme de 2 %. «Tout comme les régimes de cibles d'inflation se sont avérés capables de prévenir l'enracinement d'une inflation élevée et volatile, ils ont aussi le pouvoir d'empêcher le déclenchement d'une déflation persistante», déclare-t-il.

La récession économique, l'éclatement de bulles immobilières et l'effondrement des prix mondiaux du pétrole ont fait rejaillir le spectre de la déflation dans plusieurs pays, dont les États-Unis. Un tel phénomène serait très grave, a rappelé Mark Carney, parce qu'il aurait pour effet de décourager les ménages à consommer et les entreprises à investir, comme cela est récemment arrivé au Japon durant sa «décennie perdue», dans les années 90.

L'inflation mesurée par l'indice des prix à la consommation (IPC) «devrait diminuer assez abruptement, au point d'être négative aux deuxième et troisième trimestres de 2009», prévient le gouverneur. Mais cette baisse, largement attribuable à la chute sur un an des prix de l'énergie, sera temporaire et reviendra à la cible de 2 % d'ici le milieu de 2011, estime la Banque du Canada.

Déflation improbable

Aussi, à ceux qui se demanderaient «si une déflation durable pourrait s'installer ici au Canada», Mark Carney répond que «cette éventualité est improbable». Il en attribue le mérite à la «résilience» de l'économie canadienne et à la solidité de son système bancaire, mais aussi à sa politique monétaire.

On ne doit pas oublier que la Banque du Canada «a commencé à abaisser les taux d'intérêt plus tôt et de façon plus prononcée que la plupart des autres banques centrales, dit son gouverneur. Ces mesures, qui font habituellement sentir leurs effets avec un décalage, auront une incidence puissante sur l'activité économique et l'inflation.»

La Banque du Canada a réduit la semaine dernière son taux directeur à son niveau le plus bas jamais vu, de 1,5 à 1 %. Cela portait à 350 points de base l'assouplissement monétaire en 13 mois, et à 200 points de base depuis octobre seulement. Elle a laissé entendre que d'autres baisses pouvaient encore se produire.

Tout va bien

Mark Carney se veut rassurant à l'égard de ceux qui craindraient, à cause de la crise financière, que les banques ne relayent pas aux consommateurs et aux entreprises toutes ces baisses du loyer de l'argent à court terme. Depuis que le taux de financement à un jour de la Banque du Canada a été réduit de 350 points de base, note-t-il, les banques ont abaissé leurs taux préférentiels de 325 points, les taux des acceptations bancaires destinées aux entreprises de 380 points et les taux hypothécaires variables de 185 points. Reflétant une tendance historique, mais aussi les contraintes du marché actuel, la baisse des taux à plus long terme a été plus modeste, a-t-il admis, citant l'exemple des taux hypothécaires fixes à cinq ans (-1,5 %) et les rendements des obligations des sociétés (inchangés). La Banque du Canada a toutefois tenu compte de ce phénomène au moment de rendre ses décisions, au point où «n'eussent été ces difficultés, le taux directeur serait plus élevé».

«Des signes indiquent que ces mesures exceptionnelles commencent à porter leurs fruits, même si d'autres seront nécessaires et s'il faudra du temps avant que les conditions financières ne reviennent à la normale», répète Mark Carney. Ces mesures monétaires, alliées aux plans de relance économique des gouvernements et à l'effet bénéfique de la dépréciation du dollar pour les exportations canadiennes, n'empêcheront pas l'économie canadienne de reculer de 1,2 % cette année, mais l'aideront à afficher un rutilant taux de croissance de 3,8 % en 2010, continue d'affirmer le gouverneur depuis une semaine, en dépit du scepticisme exprimé par plusieurs analystes.

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