Fraude de Bernard Madoff - Les responsables de la SEC restent sans explications devant le Congrès

La fraude de Bernard Madoff représente le plus important crime financier dans l’histoire de Wall Street.
Photo: Agence France-Presse (photo) La fraude de Bernard Madoff représente le plus important crime financier dans l’histoire de Wall Street.

Washington — Des responsables de la SEC, le gendarme boursier américain, sont apparus désemparés et sans réponse devant les nombreuses questions soulevées par la fraude historique du financier Bernard Madoff, devant une commission bancaire du Sénat américain hier.

«Je comprends votre frustration, mais nous ne pouvons évoquer des allégations qui font l'objet d'une enquête», n'a cessé de répéter Linda Thomsen, une haute responsable de la SEC, à des sénateurs encore surpris que la plus importante fraude dans l'histoire de Wall Street ait pu passer inaperçue pendant des années.

«La fraude de Madoff est si énorme et évidente et est intervenue sur une si longue période qu'il est tout simplement inexplicable que la SEC ne s'en soit pas rendue compte», s'est exclamé le sénateur Charles Schumer. «Tout le monde à la SEC aurait souhaité que la fraude présumée de Madoff eût été découverte plus tôt. Mais nous devons reconnaître [...] que si les hommes étaient des anges, nous n'aurions pas besoin de gouvernement», a répondu Linda Thomsen, responsable de l'application des règles à la SEC, se plaignant d'un manque de personnel et de ressources.

La SEC affirme avoir 425 personnes pour superviser les conseillers financiers et les fonds communs de placement et 315 autres personnes pour surveiller les courtiers tandis qu'elle est censée se pencher sur les activités de 11 300 conseillers en investissement, 4600 fonds et 5500 courtiers. Seulement 10 % des conseils en investissement sont inspectés tous les trois ans. «Si nous avions davantage de ressources, on pourrait faire clairement davantage. On pourrait faire plus d'enquêtes [...] et cela nous permettrait de passer plus de temps pour déterminer si un problème particulier s'étend à un marché», a ajouté Mme Thomsen.

À ses côtés, une victime de la fraude a expliqué comment son entreprise avait investi tous les plans de retraite de ses 130 employés avec le cabinet de Madoff qui au total, a reconnu avoir perdu l'argent d'investisseurs du monde entier pour 50 milliards.

La fraude pyramidale de Madoff est loin d'être une nouveauté pour la SEC. L'année record pour des fraudes de ce type à Wall Street remonte à 2002 avec des pertes de 9,6 milliards.

«Nous recevions de Madoff des états de compte mensuels, ainsi que des rapports trimestriels et annuels sur nos portefeuilles», a raconté Henry Backe, membre d'une société de services médicaux qui a perdu les 11,5 millions investis pour leur retraite par ses employés. Théoriquement, cette somme avait fructifié fortement, aux dires des attestations de Madoff, pour représenter 33 millions. «Maintenant nos employés ont peur, sont inquiets et en colère [...] . Ils n'ont plus confiance dans le gouvernement. Madoff, les régulateurs, la SEC les ont laissés tomber», a ajouté M. Blake.

Malgré plusieurs avertissements d'investisseurs suspicieux des activités de Madoff de 1992 à 2006, «un examen de sa firme de courtage n'a pas permis de découvrir la fraude et le personnel de la Commission n'a jamais examiné ses activités de conseil qui n'ont été enregistrées auprès de la commission qu'en 2006», a répondu Lori Richards, directrice des inspections à la SEC, ajoutant que le gendarme de la bourse recevait de nombreuses informations souvent difficiles à vérifier.