Crise économique - Et la lumière, c'est pour quand ?

À la fin de l’année dernière, l’économie de la Grande-Bretagne s’est dégradée à un rythme jamais vu en trois décennies, plongeant le pays dans sa première récession depuis 1991.
Photo: Agence Reuters À la fin de l’année dernière, l’économie de la Grande-Bretagne s’est dégradée à un rythme jamais vu en trois décennies, plongeant le pays dans sa première récession depuis 1991.

Paris — L'économie mondiale se trouve actuellement en pleine tourmente et la durée de la crise fait l'objet d'avis divergents, les plus optimistes tablant sur une embellie fin 2009, les plus pessimistes ne l'attendant pas avant la fin 2010.

«On est vraiment loin de voir le bout du tunnel», admet Eric Heyer, directeur adjoint de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), mais il précise que le terme «reprise» ne veut pas dire la même chose pour tout le monde.

Pour lui comme pour Gilles Moëc, économiste de Bank of America, si l'on parle d'un frémissement de la croissance, on peut compter sur fin 2009.

«Le consensus des économistes anticipe une croissance qui redevient positive à partir du quatrième trimestre 2009», aux États-Unis comme en zone euro, régions tombées en récession fin 2008, souligne Gilles Moëc.

«Après, sortie de crise, ça peut vouloir dire retrouver un niveau de croissance qui stoppe la montée du chômage», et il ne faut alors pas l'attendre avant la deuxième moitié de 2010, ajoute M. Heyer.

Les grands organismes de prévision économiques tablent de leur côté sur une sortie de crise début 2010 voire mi-2010 au plus tôt, mais tous ne cessent de réviser à la baisse leurs prévisions.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), prévoit une récession pour 2009 et n'attend pas de reprise «avant le second semestre 2010».

Le Fonds monétaire international (FMI) table sur une récession pour les pays développés cette année et doit encore assombrir ses prévisions demain. Il n'entrevoit une reprise qu'à partir du premier semestre 2010, sous certaines conditions.

La Commission européenne s'attend à une récession sévère en zone euro avec un recul du Produit intérieur brut (PIB) de 1,9% en 2009, avant un redressement limité en 2010, avec une croissance de 0,4%.

En France, le ministre du Budget Eric Woerth a déclaré dimanche «espérer qu'à partir de 2010, l'économie va renaître». Il admet toutefois que «personne n'en sait rien, ce qui crée des craintes».

Pour Eric Heyer, «toutes les crises sont difficiles à prévoir» et celle-ci encore plus, vu «la concommittance de trois chocs» dans presque tous les pays: «crise du pouvoir d'achat» avec la flambée de l'inflation, «crise immobilière» et «crise financière».

Avec en plus, en zone euro, une «crise de change»: la flambée de l'euro à plus de 1,60 $ cet été a «fortement amputé la croissance du quatrième trimestre», juge-t-il.

Pour lui, la crise sera «peut-être moins profonde» en termes de baisse du PIB «que celles de 1929 ou 1993, mais il n'y aura pas de vrai rebond», particulièrement en zone euro, car la sortie de crise s'accompagnera de «politiques budgétaires restrictives».

Les États-Unis, qui partaient avant la crise d'un niveau de dette publique plus faible que celui de l'Europe, «vont faire un effort plus gros que nous» ce qui peut leur permettre de «sortir de la crise avant nous».

2010 risque d'être «une espèce de reprise sous perfusion» à coup de plans de relance, de baisse des taux d'intérêt par les banques centrales, «quelque chose de très fragile à cause du temps qu'il faudra pour que les entreprises et les ménages se désendettent vraiment», diagnostique M. Moëc.

Le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn, a estimé lundi que «tant que toutes les banques n'ont pas été nettoyées, on ne peut pas trouver un chemin de sortie» à la crise. Il a regretté que «très peu a été fait» depuis le sommet du G20 en novembre à Washington.

«Je ne dis pas que rien n'a été fait. Mais cela bouge très, très lentement», a-t-il regretté.

À voir en vidéo