La France promet des milliards d'euros pour aider Airbus à exporter

Ces derniers mois, les dirigeants d’Airbus et de sa maison-mère, EADS, n’ont pas caché leur inquiétude face au resserrement du crédit, dû à la crise, qui étrangle leurs clients.
Photo: Agence Reuters Ces derniers mois, les dirigeants d’Airbus et de sa maison-mère, EADS, n’ont pas caché leur inquiétude face au resserrement du crédit, dû à la crise, qui étrangle leurs clients.

Paris — Le gouvernement français va mobiliser plusieurs milliards d'euros pour soutenir les exportations de l'avionneur européen Airbus, de nombreuses compagnies aériennes souffrant de l'assèchement du crédit pour payer les avions commandés.

«Cinq milliards d'euros serviront à financer des projets de ventes d'avions [...] Cela permettra de répondre aux difficultés des clients des constructeurs aéronautiques qui n'arrivent pas à trouver de financement», a expliqué hier l'entourage de la ministre de l'Économie, Christine Lagarde. L'essentiel devrait profiter à Airbus, principal constructeur aéronautique européen.

Concrètement, cette opération se fera par le biais de la Société de financement de l'économie française (SFEF), qui bénéficie de la garantie de l'État. Elle lèvera ces fonds et les reprêtera ensuite aux banques françaises spécialistes de l'aéronautique. Ces dernières, telles Natixis, Calyon (Crédit Agricole) ou BNP Paribas, auront pour mission de financer ces contrats à l'exportation.

Cette initiative, révélée par Les Échos, a été jugée «très utile» par Louis Gallois, le président exécutif d'EADS, qui a souhaité que l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Espagne «s'inspirent» de ce plan. L'Allemagne et le Royaume-Uni ne se sont pas encore exprimés sur le sujet.

À Madrid, le ministère de l'Industrie s'est déclaré «surpris» de l'initiative française, ajoutant simplement qu'il ne s'était «pas penché sur le sujet». De son côté, Jonathan Todd, porte-parole de la Commission européenne pour les questions de concurrence, a demandé à Paris «des éclaircissements» sur ces mesures de soutien.

Celles-ci ne constituent pas une aide directe de l'État, a-t-on assuré au secrétariat d'État au Commerce extérieur, faisant valoir que le gouvernement «ne donne pas directement d'argent à Airbus».

Le prix d'un avion oscille entre 50 millions d'euros — pour les moyen-courriers — et 327,4 millions d'euros — pour le plus grand, l'A380 —, selon les tarifs catalogue publiés par les deux constructeurs d'appareils de plus de 100 places. La quasi-totalité des avions vendus par Airbus et son rival américain Boeing le sont à crédit. En général, les compagnies aériennes se soucient du financement pour payer la livraison de leurs avions entre 6 et

18 mois à l'avance, explique un banquier spécialiste du secteur.

Ces derniers mois, les dirigeants d'Airbus et de sa maison-mère, EADS, n'ont pas caché leur inquiétude face au resserrement du crédit, dû à la crise, qui étrangle leurs clients. Le 15 janvier, le patron d'Airbus, Thomas Enders, avait déclaré qu'il s'estimerait «content» si les livraisons atteignaient en 2009 le niveau de 2008, c'est-à-dire 483. Il a reconnu dimanche, lors d'un forum à Ryad, que le groupe «luttait pour trouver des financements pour ses clients».

«Le carnet de commandes d'Airbus est un tout petit peu plus menacé que celui de Boeing, car il compte un peu plus de compagnies originaires des marchés émergents ou low-costs», estime Yan Derocles, analyste d'Oddo Securities.

Cette année, Airbus s'attend à enregistrer entre 300 et 400 commandes, contre 777 l'an passé.

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