Les travailleurs migrants parleront d'une seule voix

Des travailleurs migrants bêchent dans un champ de laitues, en Californie. On compterait actuellement plus de 200 millions de migrants internationaux dans le monde, soit deux fois et demie plus qu’en 1965.
Photo: Agence Reuters Des travailleurs migrants bêchent dans un champ de laitues, en Californie. On compterait actuellement plus de 200 millions de migrants internationaux dans le monde, soit deux fois et demie plus qu’en 1965.

Application à la main-d'oeuvre du phénomène de la mondialisation, les travailleurs migrants viennent de former une alliance dans l'espoir d'un peu mieux faire entendre leur voix et défendre leurs droits.

L'Alliance internationale des migrants (AIM) a vu le jour en juin à Hong Kong et dit représenter 118 associations d'immigrants, syndicats, et autres regroupements de travailleurs migrants et de réfugiés provenant d'au moins 25 pays. Quelques mois plus tard s'ouvrait la section canadienne du mouvement, à laquelle appartiennent notamment: le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants de Montréal, le Centre communautaire des femmes sud-asiatiques de Montréal et la Coalition d'appui aux travailleurs et travailleuses agricoles.

L'AIM se présente comme la première coalition internationale d'organisations représentant la masse des travailleurs migrants. «Avec l'augmentation de la mobilité de la main-d'oeuvre sur la planète, tout le monde s'est mis à s'intéresser à leur cas: les gouvernements, les institutions internationales, les ONG, les experts... Les seuls qui ne peuvent pas faire entendre leurs voix sont les travailleurs migrants eux-mêmes», explique Tess Tessalona, l'une des deux Canadiennes à siéger au comité de coordination de l'AIM.

On compterait actuellement plus de 200 millions de migrants internationaux dans le monde, soit deux fois et demie plus qu'en 1965, rapporte l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ces travailleurs migrants représenteraient environ 3 % de la main-d'oeuvre mondiale et sont de plus en plus convoités par les pays industrialisés qui manquent de travailleurs hautement qualifiés, mais aussi de travailleurs agricoles, d'ouvriers de construction, de femmes de ménage, de plongeurs dans les restaurants ou encore d'aides ménagères. Alors qu'un nombre grandissant de pays essaient d'en contrôler étroitement les entrées et sorties à l'aide de programmes de permis de travail temporaire, l'OIM estime qu'entre 10 et 15 % de ces migrants se trouveraient en situation illégale dans le monde.

«Tout le monde profite de la situation, laissant la maigre part aux travailleurs migrants», constate Tess Tessalona. Les pays d'accueil bénéficient d'une main-d'oeuvre travailleuse et bon marché. Les pays d'origine profitent de l'argent que leurs ressortissants renvoient à leurs familles restées au pays, dont le total, en 2007, se serait élevé à 337 milliards. Les compagnies financières, qui servent d'intermédiaires dans ces transactions, se prennent de juteuses commissions au passage. La venue de ces travailleurs étrangers fait aussi sonner le tiroir-caisse d'agences de placement ou encore d'écoles de formation professionnelle.

En échange, on donne aux travailleurs migrants les emplois que les autres ne veulent pas, poursuit Tess Tessalona. Leurs heures supplémentaires ne sont pas toujours payées. Le seul filet social auquel ils ont droit est l'aide d'organismes communautaires sous-financés. Et lorsqu'il y a, comme aujourd'hui, un ralentissement économique, ils sont les premiers à se faire montrer la porte, ce qui veut souvent dire, dans leur cas, se faire aussi montrer la porte du pays d'accueil.

Pas mieux que les autres

À ce chapitre, le Canada ne fait pas tellement mieux que les autres, déplore Tess Tessalona. Les travailleurs agricoles ont beau, par exemple, payer des taxes et des impôts comme tout le monde, ils ne voient habituellement pas la couleur du filet social canadien. Loin de rendre nos règles plus accueillantes, le gouvernement Harper essaie d'étendre autant que possible le recours à des permis de travail temporaire. «On presse ces gens jusqu'à ce qu'ils aient donné tout ce qu'ils avaient dans le corps, puis on les renvoie chez eux», dénonce-t-elle.

Au Québec, la Commission des droits de la personne a conclu, le mois dernier, que l'exclusion des milliers de travailleuses domestiques et de gardiennes des dispositions de la Loi sur les accidents du travail constituait une «triple discrimination» à l'égard des femmes, des personnes à faible revenu, et des minorités ethniques «une forte proportion de ces personnes [étant] issue de groupes minoritaires, et principalement de Philippines embauchées dans le cadre du Programme fédéral d'aides familiaux résidants».

Les membres de l'Alliance internationale des migrants s'attendent à une longue et pénible lutte. «Il n'y a qu'à voir aux élections de cet automne. On n'a pas entendu un mot sur le sort des immigrants ou des réfugiés», déplore Tess Tessalona.

On se félicite, tout de même, du succès remporté ces derniers mois par l'AIM dans la défense à l'étranger de trois militants des droits des immigrants qui avaient été pris pour cibles par leurs gouvernements. «Ce n'est qu'un début. On prépare de nouvelles campagnes, ici comme ailleurs», annonce Tess Tessalona.

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