La Chine ne sera pas la locomotive d'une reprise mondiale

Shanghai — La décélération de la croissance chinoise, qui s'est confirmée hier, a anéanti les espoirs de voir le géant asiatique lancer le mouvement d'une reprise économique mondiale, selon des experts.

«Beaucoup de gens ont intégré l'idée que cela prendra encore des années avant que les États-Unis ne récupèrent et la Chine est le seul élément d'espoir pour les marchés actuellement», a expliqué Andy Xie économiste indépendant basé à Shanghai. «Mais il est très difficile de distinguer des éléments positifs en Chine, le tableau est très noir», a-t-il ajouté.

Une série de mauvaises nouvelles a frappé hier les grandes économies asiatiques, qui ralentissent voire régressent sous le poids de la crise financière internationale.

Si elle reste enviable pour les pays entrés en récession, la croissance de l'économie chinoise, de 9 % en 2008, est repassée sous la barre des 10 % pour la première fois en six ans, après avoir brutalement freiné au quatrième trimestre, à son tour victime de la crise. La dernière croissance annuelle à un seul chiffre avait été enregistrée en 2002 (+9,1 % sur un an).

Et alors que le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a averti lundi que 2009 devrait être «l'année la plus difficile» depuis le début de la décennie, les espoirs reposent sur un vaste plan de relance budgétaire de 4000 milliards de yuans (745 milliards de dollars) avec d'énormes travaux d'infrastructures.

Ce plan adopté en novembre et qui apparaît comme un moyen de désamorcer la bombe sociale d'un chômage accru vise à stimuler la demande intérieure, alors que fléchissent les exportations, élément moteur de la croissance, face au ralentissement des économies occidentales clientes de la Chine.

Selon une note de l'économiste de JP Morgan, Frank Gong, ces mesures pourraient favoriser un rebond au deuxième trimestre 2009. Mais, prévient-il, «si la récession est plus grave que prévu, la croissance chinoise pourrait tomber sous les 7 % cette année». Le gouvernement central a fixé à 8 % ses objectifs pour 2009.

«Bien que la Chine ait fixé son objectif de croissance 2009 à 8 %, un grand point d'interrogation demeure sur le point de savoir si elle est capable ou non de servir de locomotive pour une reprise économique mondiale», a expliqué Chen Yong économiste auprès de Haitong Securities.

Un des effets de la crise est de réduire la demande des pays occidentaux pour les exportations chinoises. Les exportations devraient chuter de 6 % en 2009, selon les projections de la banque japonaise Nomura.

Et la situation risque d'empirer: «Le coût humain pourrait être lourd car les embauches ont cessé et de nouvelles suppressions d'emplois se profilent», a averti Sherman Chan économiste pour Moddy's Economy.com. «Une dégradation de l'environnement sur le marché du travail va affecter la demande des ménages et le gouvernement aura du mal à raviver la croissance économique», a-t-elle jugé.

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