Alcoa ne recule pas

Même si le prix de l'aluminium a encore perdu 15 % depuis le 6 janvier, date à laquelle Alcoa a annoncé 13 000 licenciements et une baisse de production de 18 % pour cette année, la filiale canadienne soutient que la modernisation de l'aluminerie de Baie-Comeau suit son cours et que le projet d'agrandissement à Deschambault continue de faire l'objet de pourparlers avec le gouvernement du Québec.

«Ces projets-là prennent beaucoup de temps», a dit le président d'Alcoa Canada, Jean-Pierre Gilardeau, en marge d'un discours aux membres de l'Association de l'industrie électrique du Québec. «Si on signait aujourd'hui une entente avec Québec pour Deschambault, c'est un projet qui se réaliserait en 2014 ou 2015.»

Grâce à une entente énergétique avec Hydro-Québec portant sur le renouvellement des contrats d'électricité l'an dernier, Alcoa compte investir 1,2 milliard pour moderniser la partie de l'usine de Baie-Comeau qui utilise une vieille technologie. Les travaux devraient se terminer, tel que prévu, en 2014. «Pour l'instant, on n'arrête pas la modernisation de Baie-Comeau», a dit M. Gilardeau.

En ce qui concerne Deschambault, la compagnie négocie présentement avec Québec au sujet de l'agrandissement de l'établissement — qui doublerait sa production — et croit pouvoir régler cela «bientôt», a-t-il ajouté. Ces pourparlers, qui devaient déjà être conclus mais ont été ralentis par la campagne électorale, portent sur un bloc d'électricité additionnel d'environ 500 MW qui n'était pas inclus dans le renouvellement des ententes l'an dernier.

Alcoa compte environ 3600 employés au Québec. Outre les alumineries de Baie-Comeau et de Deschambault, il y a celle de Bécancour, où l'entreprise exploite aussi une usine de tiges.

Ces propos de M. Gilardeau surviennent au lendemain de l'annonce par le rival Rio Tinto Alcan de 300 mises à pied en sol québécois. D'ici la fin juin, Alcan, qui a évoqué l'effondrement des prix pour justifier les mesures, va fermer l'usine d'électrolyse de Beauharnois, dont la vieille technologie de cuves Söderberg sera interdite en 2015, et effectuera des licenciements à Vaudreuil et à Arvida. Shawinigan craint d'être la prochaine cible.

Pas de reprise d'ici 2010

La crise qui frappe l'industrie de l'aluminium pourrait durer «de cinq à six trimestres», a estimé hier M. Gilardeau.

Bombardé de questions portant sur l'impact de l'effondrement des prix sur les opérations de la compagnie, le président d'Alcoa Canada a dit que la filiale québécoise a mis en place certaines mesures mais qu'elle a «miraculeusement» échappé aux compressions du 6 janvier. La compagnie avait déjà précisé qu'elle ne visait pas le Québec.

Mais M. Gilardeau ne peut dire ce qui arriverait si le prix de l'aluminium, qui est passé de 3000 $ la tonne l'été dernier à 1339 $US hier, continuait de dégringoler.

«Je ne sais pas ce qui va arriver, jusqu'où cette vague va aller. Je ne suis pas certain de ce qu'on aura à faire. Il faudra évaluer au fur et à mesure. Il n'y a rien qui se décide tant qu'on n'est pas rendus là», a dit Jean-Pierre Gilardeau. Il y a aussi d'autres projets, a-t-il dit, «mais c'est encore trop flou pour en parler».

Le président d'Alcoa Canada a insisté sur le fait qu'il faut voir au-delà de la crise actuelle. «Des projets comme Deschambault et Baie-Comeau doivent rester en place, car il va y avoir une demande pour l'aluminium. Il faut avoir une vision à court terme pour gérer la crise, mais aussi une vision à moyen et à long termes pour le moment où on va sortir de la crise», a dit M. Gilardeau.

À l'automne dernier, la filiale canadienne a réduit la production de l'usine de Baie-Comeau, plus précisément dans la vieille partie, où se trouvent encore de vieilles cuves Söderberg. Les employés touchés ont été placés sur le projet de démantèlement immédiat des cuves, dans le cadre du devancement du projet de modernisation de l'usine.

Alcoa a indiqué le 6 janvier qu'elle allait vendre plusieurs activités et suspendre ses programmes d'investissement jugés non essentiels.

L'action d'Alcoa a pris hier 2,5 %, à 8,56 $, mais se trouve en baisse de 75 % depuis six mois, comparativement à un recul de 33 % pour le S&P 500.

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