La zone euro menacée d'éclatement? Les autorités n'y croient pas.

L’Europe s’achemine vers sa pire récession depuis la Deuxième Guerre mondiale, et des niveaux records de déficits et de dettes.
Photo: Agence Reuters L’Europe s’achemine vers sa pire récession depuis la Deuxième Guerre mondiale, et des niveaux records de déficits et de dettes.

Bruxelles — La cohésion de la zone euro est mise à mal par les déficits qui s'accumulent avec la récession et les plans de relance, mais les responsables économiques européens se veulent rassurants sur la capacité de résistance de l'Union monétaire dix ans après sa création.

L'Europe s'achemine vers sa pire récession depuis la Deuxième Guerre mondiale, et des niveaux records de déficits et de dettes. Dans ses prévisions publiées lundi, la Commission européenne table sur des déficits atteignant 4 % du PIB en moyenne cette année et 4,4 % en 2010 dans les seize pays partageant l'euro, très au-dessus de la limite maximale tolérée de 3 %.

Face à cette dérive, la réputation budgétaire de certains États européens commence à pâlir. Ils se voient sanctionnés par les agences de notations. Après la Grèce et l'Espagne, le Portugal a vu sa notation financière abaissée hier par la principale agence internationale, Standard and Poor's. Ces sanctions ont pour conséquence d'augmenter les taux d'intérêt que doivent verser les États affectés lorsqu'ils empruntent sur les marchés obligataires.

Déjà, le fossé se creuse entre les taux pour les emprunts d'État, avec des écarts sans précédent. Le taux de référence pour les emprunts allemands (Bund) sur 10 ans évoluait hier à 3,003 %, bien plus bas que celui de la France (3,570 %), de l'Espagne (4,228 %), de l'Irlande (5,524 %) ou de la Grèce (5,773 %).

«Il est très étonnant et aussi très inquiétant de voir l'évolution des taux, c'est-à-dire de voir que certains pays européens doivent payer beaucoup plus cher que nous pour leurs emprunts», a déclaré hier le ministre allemand de l'Économie, Michael Glos.

La menace refait surface

Dans ce contexte, la menace d'un possible éclatement de la zone euro, brandie régulièrement depuis dix ans par les Cassandre, refait surface. «Le sujet chaud du moment sur les marchés est celui d'un éclatement de l'Union économique et monétaire. Des craintes similaires s'étaient déjà répandues sur les marchés en 2003 et 2004», souligne Aurelio Maccario, économiste de la banque Unicredit.

Dans ce scénario, les pays les plus endettés pourraient être tentés de quitter la zone euro, afin de pouvoir dévaluer leur monnaie, faire fonctionner leur planche à billets et être affranchis des contraintes de rigueur budgétaire de la monnaie unique. À l'autre bout de l'échelle, les pays vertueux comme l'Allemagne pourraient vouloir claquer la porte du bloc monétaire afin de ne plus avoir à soutenir des pays trop fragiles.

Pour Aurelio Maccario toutefois un éclatement «est hautement improbable, car nous estimons que le coût d'une sortie de la zone euro serait presque insoutenable par rapport aux maigres avantages». Un éclatement jugé aussi peu envisageable par les responsables européens, qui s'efforcent de rassurer.

Ces craintes sont «infondées», a assuré hier le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet, qui gère l'euro. Le commissaire aux Affaires économiques, Joaquin Almunia, a également écarté cette hypothèse: «Je n'y crois pas».

Les dirigeants européens s'efforcent par ailleurs de rassurer sur la discipline budgétaire dans la zone euro. Leurs ministres des Finances ont notamment adopté mardi une déclaration dans laquelle ils s'engagent à «revenir à des trajectoires de consolidation des finances publiques [...] dès que possible».

La question d'une gestion en commun des dettes publiques, pour ramener la cohésion, refait aussi surface. Certains pays comme l'Italie proposent d'émettre des euro-obligations, des emprunts lancés en commun par plusieurs États pour mutualiser les risques.

Mais cette hypothèse est rejetée par l'Allemagne, qui aurait le plus à perdre à brève échéance, puisqu'elle jouit des taux obligataires les plus faibles en Europe.

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