L'idée de nationaliser les banques fait son chemin

Paris — Face à l'échec des mesures successives prises aux États-Unis et en Europe pour raviver le marché du crédit, les gouvernements pourraient recourir rapidement à l'option de dernier recours d'une nationalisation pure et simple des banques et de leurs actifs toxiques.

Depuis le début de la crise, les banques centrales ont injecté des centaines de milliards $US sur le marché du crédit de banque à banque (le marché interbancaire), et élargi les actifs qu'elles acceptent en contrepartie de fonds prêtés. Les gouvernements ont eux recapitalisé les banques à coup de dizaines voire de centaines de milliards, mais sans parvenir à ce que les crédits aux entreprises et aux ménages reprennent.

«Les banques continuent à avoir des stocks importants d'actifs pourris dont elles n'arrivent pas à se débarrasser» et la méfiance persiste, constate Charles Wyplosz, professeur d'économie à l'Institut des hautes études internationales de Genève. Face à l'urgence d'éviter des faillites bancaires en chaîne, l'idée de nationaliser les banques gagne du terrain.

La britannique Northern Rock l'est déjà à 100 %, sa concurrente RBS, où l'État va monter à 70 %, l'est aussi de facto. En Allemagne, Commerzbank a été partiellement nationalisée tout comme le bancassureur belgo-néerlandais Fortis et la banque franco-belge Dexia. Ailleurs en Europe, des nationalisations ont eu lieu, ou sont en projet en Irlande, Autriche, Portugal et Lettonie. Outre-Atlantique, l'État pourrait racheter le géant Citigroup, dont l'action est au plus bas.

Mais nationaliser est une solution «excessive, d'un autre âge, pas forcément gage de bonne gouvernance», et mal accueillie par les marchés, dénonce Jézabel Couppey-Soubeyran, maître de conférence à l'université Panthéon-Sorbonne. «Ça coûterait des milliards» d'euros ou de dollars, renchérit Jean-Pierre Patat, conseiller du Centre d'études prospectives et d'informations internationales.

Charles Wyplosz, lui, pense que les nationalisations sont devenues indispensables dans certains cas et constate que «les montées au capital partielles n'ont pas suffi». Pour autant, il estime que l'État doit s'en tenir au minimum compte tenu des besoins de chaque banque.

D'autres options

Autre option: créer des structures publiques «d'actifs pourris», qui rachèteraient aux banques leurs actifs toxiques à bas prix et seraient chargées de les liquider, pour assainir les bilans bancaires et mettre fin à la crise de confiance. Une idée qui refait surface aux États-Unis et à laquelle le gouvernement belge réfléchit: «Ça me semble une solution efficace», juge Charles Wyplosz. Un avis partagé par M. Patat et Mme Couppey-Soubeyran. En outre, souligne M. Wyplosz, si les actifs toxiques sont rachetés à bas prix, «le contribuable peut à terme faire une bonne affaire».

Pour Jean-Pierre Patat, la solution la plus efficace serait d'assurer toutes les transactions interbancaires. La Grande-Bretagne l'a décidé en octobre avec un résultat toutefois très mitigé. «C'est un remède qu'il faut utiliser, mais qui n'est pas suffisant», nuance M. Wyplosz.

Dans son deuxième plan de sauvetage bancaire annoncé lundi, la Grande-Bretagne essaie deux nouvelles potions: assurer le risque de non-remboursement des prêts accordés par les banques, qui devront payer en échange une prime à l'État, et leur racheter jusqu'à 50 milliards de livres d'actif afin de les aider à libérer des liquidités.

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