Un repli en 2009, mais de quelle ampleur?

La récession dans laquelle le Canada vient de glisser laissera des marques assurées sur l'emploi, mais les économistes, malgré quelques virgules divergentes, s'entendent au moins sur une chose: la contraction n'aura rien à voir avec l'épisode douloureux de 1991.

Le premier signal d'alarme est survenu dans les chiffres du mois de novembre. L'économie canadienne, a-t-on pu lire dans les données de Statistique Canada, a perdu 70 600 emplois en un seul mois. Et ce n'est probablement pas fini, assurent les spécialistes. Le marché du travail a connu une légère progression depuis le début 2008, mais la récession américaine va finir par faire mal.

De manière générale, donc, les perspectives pour 2009 sont celles d'une économie canadienne qui va faire du surplace ou se replier de quelques dixièmes de point de pourcentage, et d'un marché de l'emploi qui va perdre des plumes ou, au mieux, terminer sur la même note qu'en 2008.

Il a fallu des semaines d'hésitation avant de savoir à quoi s'en tenir, mais même le ministre des Finances, Jim Flaherty, le reconnaît désormais sans problème: nous sommes en récession. Le 17 décembre, se basant sur les prévisions du secteur privé, il a dit que l'économie du pays pourrait se contracter de 0,4 % en 2009, un premier recul annuel depuis les années 90.

«Le portrait économique continue de se dégrader», a dit M. Flaherty au sortir d'une réunion avec les provinces à Saskatoon. Il faut aussi s'attendre à un déficit en 2009-10, a-t-il ajouté.

Le Canada est aux prises avec une situation double. La demande intérieure se maintient, comme c'est le cas depuis plusieurs années, mais le commerce extérieur n'est plus ce qu'il était. Le monde est en récession, et pour un pays qui exporte autant, c'est de mauvaise augure.

Le Québec au neutre

Le portrait du Québec, de son côté, est celui d'une économie au neutre. Son secteur manufacturier a fait le ménage il y a quelques années, mais quand c'est toute l'économie mondiale qui entre en récession, difficile de résister.

«Le secteur manufacturier du Québec a écopé durement en 2003, 2004 et 2005», a dit l'économiste en chef de la Financière Banque Nationale (FBN), Stéfane Marion, en faisant référence à la montée du dollar. Aujourd'hui, dit-il, les grands projets d'infrastructures (Hydro-Québec, les routes, etc.) permettent d'offrir un soutien. «Mais au mieux, on peut s'attendre à une année de stagnation», dit-il.

La FBN, dans ses récentes prévisions économiques, a estimé que l'économie du Québec va croître de 0,2 % en 2009, après une performance de 0,7 % cette année. Son marché du travail devrait connaître une expansion de 0,1 %, comparativement à 0,8 % en 2008.

Chez le Mouvement Desjardins, on prévoit carrément une récession technique pour le Québec, soit deux trimestres de décroissance. Sur l'ensemble, le résultat sera nul. Somme toute, le Mouvement Desjardins croit que «la récession au Québec ne marquera pas l'histoire alors que la croissance économique sera nulle en 2009 et remontera à 1,6 % en 2010».

«On dit souvent: "Tant que l'emploi n'est pas touché, les gens gardent le moral." Il va y avoir des pertes d'emplois, ça, on le sait. Si elles sont massives, on entrerait dans un cercle vicieux où le moral serait affecté, ensuite la consommation», dit l'économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis.

Mais l'Ontario, avec la forte présence de l'industrie automobile, va vivre une année beaucoup plus difficile, estiment les économistes. Le Mouvement Desjardins, par exemple, s'attend à ce que la province voisine voit son taux de chômage exploser de 6,5 % à 8,2 %, son économie reculer de 0,7 % et son marché de l'emploi régresser de 1,1 %.

Les taux d'intérêt

Malgré tout, les yeux sont rivés sur la Réserve fédérale américaine, qui tente par tous les moyens de redonner vie à l'économie des États-Unis. Dernier geste: la baisse de son taux directeur à une fourchette se situant entre zéro et 0,25 %, du jamais vu.

La Banque du Canada a elle aussi abaissé son taux directeur en 2008, le ramenant à 1,5 %. En ajoutant toutes sortes de mesures destinées à lubrifier le marché du crédit, l'objectif est de faciliter le prêt à la consommation et l'investissement des entreprises.

Certains prévisionnistes croient que la Fed va recommencer à augmenter son taux directeur seulement en 2010. Plus près d'ici, ils s'attendent à ce que la Banque du Canada abaisse son taux à 0,75 % au début de 2009.

Mais cet argent à faible coût pourrait avoir des conséquences. La question maintenant est celle-ci: quel sera l'effet de toutes ces nouvelles liquidités? «Il y a peut-être un risque», dit M. Dupuis, du Mouvement Desjardins. D'un autre côté, ajoute-t-il, il faut toujours régler le problème présent et pour le reste, «on verra».

«En 2009, on est en territoire inconnu», dit M. Marion. Les banques centrales baissent leurs taux, mais certaines, comme la Fed, ont maintenant épuisé cette arme et doivent déployer d'autres moyens pour nourrir la machine du crédit.

Une des méthodes s'appelle le «quantitative easing», en anglais. Les banques centrales achètent des quantités massives de titres gouvernementaux, hypothèques et prêts commerciaux auprès des banques. Inondées d'argent, les établissements recommencent donc à prêter à leurs clients.

Ces liquidités, toutefois, devront un jour disparaître. «On a du "quantitative easing" partout autour de la planète. Et cette liquidité, il faudra l'éponger un jour, car ça finit toujours par trouver une catégorie d'actifs où se garer, ajoute M. Marion. On peut compter là-dessus.»

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