Pétrole - Les regards se tournent vers Gaza

Les violentes attaques aériennes lancées par Israël dans la bande de Gaza ont rappelé hier aux marchés la vulnérabilité de l'approvisionnement mondial de pétrole et fait grimper le prix du baril.

Le baril de light sweet crude pour livraison en février a fini la séance tout juste au-dessus des 40 $US, hier, sur le New York Mercantile Exchange (Nymex). Parti de 37,71 $ le matin, le baril a grimpé jusqu'à 42,20 $ avant de clôturer à 40,02 $, en hausse de 2,31 $ par rapport à son cours de clôture de vendredi. Le baril de Brent de la mer du Nord à échéance identique avait suivi la même trajectoire plus tôt dans la journée en gagnant 2,18 $, à 40,55 $.

«Les considérations géopoliques étaient disparues de l'écran radar des marchés depuis les derniers mois, mais elles redeviennent un facteur influençant les prix avec ces dernières attaques d'Israël à Gaza», a remarqué hier dans une note de recherche Olivier Jakob de la firme de consultant Petromatrix.

Gaza en était à son troisième jour de bombardements par l'aviation israélienne hier. Cette «guerre» contre le Hamas sera «menée jusqu'au bout», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, avant d'ajouter que l'opération allait «être élargie et approfondie autant que nécessaire». L'attaque israélienne est déjà considérée comme la plus violente depuis l'occupation des territoires palestiniens par Israël en 1967.

Il ne fait pas de doute que ces attaques ont semé l'inquiétude dans le coeur des investisseurs, qui savent que la région recèle plus du tiers de l'approvisionnement mondial de pétrole. Si les volumes de production d'or noir n'ont pas été affectés jusqu'à présent, «on craint une escalade vers un conflit plus large», s'inquiétant surtout «qu'Israël ne vise l'Iran», a expliqué Andy Lipow, de Lipow Oil Associates.

L'Iran représente à lui seul le deuxième pays exportateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

«Des opérations militaires israéliennes suscitent toujours l'inquiétude en raison de l'incertitude sur leur issue», a estimé a son tour Mike Fitzpatrick, de MF Global. La région a été, et reste, une poudrière qui a la capacité de causer une déflagration qui pourrait avoir un impact sur l'offre de pétrole.»

D'autres facteurs

Le bruit des bombes et des bottes des soldats n'est toutefois pas le seul facteur en cause dans l'augmentation d'hier du prix du baril, a noté plus d'un analyste. «Les cours restent sensibles aux développements géopolitiques, surtout dans cette région du monde, mais l'affaiblissement du dollar, de faibles volumes et un mouvement de chasse aux bonnes affaires des Européens sont probablement davantage en cause», a noté par exemple Mike Fitzpatrick.

Il est vrai que le parquet des marchés se révèle singulièrement désert, en cette période du temps des Fêtes, et que de relativement faibles volumes de transactions suffisent, par conséquent, pour faire bouger les principaux indices. Les mouvements sur le marché pétrolier sont aussi amplifiés par l'approche de la fin de l'année, qui pousse certains investisseurs à acheter pour honorer leurs engagements.

On doit également dévoiler aujourd'hui et vendredi de nouvelles statistiques officielles faisant le point sur l'état du marché immobilier, de la confiance des consommateurs et de la production manufacturière aux États-Unis. Or, il semble que les investisseurs s'attendraient à de nouveaux chiffres au moins aussi mauvais que les précédents. Ce pessimisme, allié à la récente décision de la banque centrale américaine de ramener son taux directeur à presque 0 %, ont eu pour effet de faire reculer le billet vert par rapport à la plupart des autres devises, incitant les investisseurs à mettre leurs billes ailleurs, notamment dans le pétrole et les autres matières premières.

L'intérêt pour l'or noir est aussi devenu plus grand après qu'un haut responsable du gouvernement chinois eut indiqué hier que son pays devrait tirer avantage du baril à petit prix pour augmenter ses réserves. Pékin encourage déjà ses compagnies à stocker autant de pétrole que possible. La plus importante compagnie de raffinage du pays, la société d'État China Petroleum & Chemical Corp., a récemment complété la construction de ses plus grands réservoirs, d'une capacité de 32,4 millions de barils.

La décision des pays de l'OPEP de réduire leur production, afin d'éviter que les prix ne tombent trop bas avec le ralentissement économique et la chute de la demande mondiale, doit également entrer en vigueur dans les prochains jours. La baisse prévue pour le début de l'année doit atteindre quatre millions de barils par jour. De nombreux observateurs continuent de douter de la volonté des 13 pays membres comptant pour 40 % de la production mondiale de respecter la consigne. L'annonce par les Émirats arabes unis de leur intention de se plier à ces nouveaux quotas avait toutefois déjà amené, vendredi, un premier rebond des cours du pétrole en neuf séances.

On reste toutefois encore bien loin du sommet historique de 147,27 dollars atteint le 11 juillet.

La Bourse de Toronto ragaillardie

La remontée d'hier des prix du pétrole et des matières premières a eu un écho dans les principales places boursières. Largement constitué de titres liés à ces secteurs, le principal indice de la Bourse de Toronto a gagné presque 4 %, le S&P/TSX clôturant à 8637,29 points, soit 300 points de plus qu'à sa fermeture, qui remontait au début de l'après-midi de mercredi en raison du congé de Noël.

Le dollar canadien a tout de même reculé un peu, cédant 0,63 ¢US à 82,07 ¢US.

Importateurs nets de pétrole et de matières premières, les États-Unis ont suivi le chemin inverse, le Dow Jones accusant un modeste recul de 31,62 points (0,37 %), à 8 483,93 points, alors que le S&P 500 perdait 3,38 points (0,39 %), à 869,42 points. Il faut dire que Wall Street a aussi été affecté par l'annulation, dimanche, d'un contrat de plusieurs milliards de dollars entre une entreprise koweïtienne et le géant américain Dow Chemical, dont le titre a perdu presque 20 % de sa valeur hier.

La plupart des bourses européennes et asiatiques ont également connu une bonne journée, portée, elles aussi, par la bonne tenue des entreprises liées aux secteurs pétroliers et des matières premières.

Réactions émotives

On verra bien quelle tournure prendra la nouvelle explosion de violence dans la bande de Gaza, a conclu hier Phil Flynn, de la firme d'analystes Alaron Trading Corp. Ce n'est pas la première fois que la situation au Moyen-Orient inspire des «réactions émotives» de la part des marchés, a-t-il dit. «En réalité, il est très peu probable que le conflit en cours interrompe l'approvisionnement en pétrole de quelque façon que ce soit. La situation risque toutefois d'être différente si la lutte s'étend et que d'autres pays en viennent à être directement mêlés à la crise.»

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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, la BBC et la Presse canadienne.

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