Perspectives 2009 - Coup de frein attendu de l'économie mondiale

Un courtier de Wall Street prend une pause. L’économie mondiale a affronté en 2008 à la pire tempête financière depuis 1929.
Photo: Agence Reuters Un courtier de Wall Street prend une pause. L’économie mondiale a affronté en 2008 à la pire tempête financière depuis 1929.

New York — Confrontée en 2008 à la pire tempête financière depuis la crise de 1929, l'économie mondiale devrait ralentir fortement en 2009. La nouvelle année devrait être placée sous le signe de la récession aux États-Unis, en Europe occidentale et au Japon, tandis que les pays émergents d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient devraient voir leur croissance se réduire.

Les signes inquiétants se sont accumulés fin 2008: licenciements dans les industries manufacturières, chute des ventes de voitures, baisse de la confiance et des dépenses des ménages, déclin des investissements...

La situation s'est tellement détériorée depuis la sortie en octobre du rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur les «Perspectives économiques mondiales» que l'institution internationale a décidé de publier une nouvelle version actualisée en novembre. Le FMI y révise à la baisse ses prévisions pour les pays développés, pour qui elle anticipe désormais un recul de leur produit intérieur brut combiné de 0,3 % alors qu'elle tablait auparavant sur une croissance de 0,5 %. Un tel recul marquerait la première contraction du produit intérieur brut (PIB) pour ces nations depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Le FMI a également revu en baisse, à 2,2 % au lieu de 3 % précédemment, ses prévisions de croissance pour l'ensemble de l'économie mondiale. De leur côté, les économies en développement devraient voir leur PIB progresser de 5 % en 2009, malgré la baisse des prix des matières premières, qui ont notamment frappé les pays exportateurs de pétrole, selon le Fonds monétaire.

Plus pessimiste, la Banque mondiale estime pour sa part que la croissance mondiale devrait s'établir à seulement 0,9 % en 2009. Dans ses «Perspectives économiques mondiales» publiées début décembre, elle prédit également une croissance de 4,5 % pour les pays en développement. L'institution financière souligne qu'après une «longue période de forte croissance», l'économie mondiale entre dans une période de «grande incertitude».

La Banque mondiale prédit que le commerce mondial, moteur de la croissance dans de nombreux pays en développement, va connaître l'an prochain son premier déclin depuis 1982, une baisse qu'elle évalue à 2,1 %. Elle estime en outre que le boom des matières premières, qui ont vu leurs prix exploser de 130 % en cinq ans, est terminé. Le baril de pétrole a déjà perdu environ 70 % de sa valeur depuis son pic à 147,27 $ US atteint en juillet. Son cours pourrait bien tourner autour des 75 $ en 2009, d'après les experts.

Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les États-Unis devraient enregistrer une croissance négative de -0,9 % en 2009. L'OCDE s'attend également à un recul du PIB de respectivement 0,6 % et 0,1 % dans la zone euro et au Japon. «De nombreuses économies de l'OCDE sont dans ou au bord d'une récession prolongée d'une ampleur inconnue depuis le début des années 1980», souligne Klaus Schmidt-Hebbel, chef économiste de l'OCDE.

Reste que les incertitudes entourant les projections sont «exceptionnellement grandes», précise M. Schmidt-Hebbel. «Beaucoup dépendra de la rapidité avec laquelle la crise financière, principal moteur du ralentissement, sera surmontée.»

Des voyants rouges

Aux États-Unis, de nombreux voyants sont au rouge. Beaucoup d'analystes pensent que la récession américaine, qui a commencé il y a un an, va durer au moins jusqu'à la mi-2009. Selon eux, le marché de l'emploi dans le pays devrait encore se détériorer dans les prochains mois. En novembre, le taux de chômage aux États-Unis a atteint 6,7 %, son plus haut niveau depuis 1993.

Le contribuable américain a déjà été mis largement à contribution cet automne à travers le plan de sauvetage de 700 milliards visant à sauver Wall Street. La grave crise financière qui a plongé les marchés mondiaux dans la tourmente et suscité une mobilisation internationale pour soutenir les banques, a éclaté en septembre aux États-Unis avec la faillite de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers, abandonnée par les autorités fédérales.

L'administration Bush s'est en revanche portée au secours de l'industrie automobile. Particulièrement touchés par la crise, les constructeurs américains ont vu leurs ventes tomber à leur plus bas niveau depuis 26 ans. Invoquant une menace pour l'économie nationale dans son entier, l'administration Bush a annoncé un plan de sauvetage de 17,4 milliards de prêts, pris sur les 700 milliards.

Pour lutter contre la pire crise financière aux États-Unis depuis les années 1930, le président élu Barack Obama, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, planche sur un plan de relance d'au moins 500 milliards de dollars. Il a promis de gros investissements dans un programme de grands travaux publics dans le cadre de ce plan, censé sauver ou créer 2,5 millions d'emplois.

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