Québec - La crise économique a porté un coup dur aux entreprises les plus vulnérables et les plus endettées

Pierre Karl Péladeau de même que son frère Érik, les deux fils du fondateur du conglomérat Quebecor World, Pierre Péladeau, ont quitté récemment le conseil d’administration de l’imprimeur.
Photo: Agence Reuters Pierre Karl Péladeau de même que son frère Érik, les deux fils du fondateur du conglomérat Quebecor World, Pierre Péladeau, ont quitté récemment le conseil d’administration de l’imprimeur.

La crise financière dont tout le monde a parlé en 2008 n'a pas frappé le Québec de plein fouet, mais certains secteurs de l'économie en ont néanmoins fait les frais.

Le resserrement des marchés du crédit qui a découlé de la crise hypothécaire américaine a ainsi porté un coup dur aux entreprises les plus vulnérables et les plus endettées.

Certaines ont carrément dû se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers. L'imprimeur Quebecor World, fleuron de l'économie québécoise, a ainsi passé l'année à se restructurer afin de faire face au ralentissement américain et au déclin du secteur de l'impression commerciale.

La société mère de l'imprimeur, Quebecor, a rompu presque tous les liens avec son ancienne filiale. Elle a radié de ses livres la totalité de son investissement dans Quebecor World, sans compter que Pierre Karl Péladeau et Érik Péladeau, les deux fils du fondateur du conglomérat, Pierre Péladeau, ont quitté le conseil d'administration de l'imprimeur.

Plusieurs autres entreprises québécoises ont dû se mettre à l'abri de leurs créanciers en 2008: le fabricant d'équipement de hockey Sherwood-Drolet (racheté depuis par la firme d'investissement privée Carpe Diem Growth Capital), le fabricant de produits de salle de bain Maax (racheté depuis par son principal créancier), le fabricant aéronautique et automobile Mecachrome (en voie d'être renfloué par le Fonds de solidarité de la FTQ et d'autres investisseurs), de même que le fournisseur de services d'hélicoptères ambulances Air Médic.

Plusieurs autres sociétés ont connu des difficultés de financement sans pour autant devoir recourir à la protection de la loi. On pense notamment à la firme de sécurité Garda World, qui a dû renégocier ses emprunts (à un coût plus élevé) et qui a songé à vendre ses activités de transport de valeurs pour réduire son imposante dette de 650 millions. L'action de l'entreprise montréalaise a perdu quelque 95 % de sa valeur en 2008, dégringolant de 15 $ à environ 1 $.

Le constructeur Bombardier Produits Récréatifs et le distributeur Alliance Film, contrôlé par la Société générale de financement du Québec, ont pour leur part subi une diminution de leur cote de crédit respective à cause des difficultés économiques dans leur secteur d'activité spécifique. Confrontée à des problèmes de dette, la papetière AbitibiBowater a aussi été décotée par les agences de notation. Son action a dévissé de plus de 96 %, passant de 20 $ à 0,65 $.

Le ralentissement économique et les difficultés de financement de plusieurs entreprises se sont traduits par le licenciement de milliers de travailleurs au Québec, plus particulièrement dans les secteurs de la fabrication et de la foresterie.

En Bourse

Ces problèmes et la crainte d'une récession ont pesé lourd sur l'indice composite S&P/TSX, qui se sera effondré de 40 % en 2008. Les petits épargnants et les régimes de retraite doivent désormais trouver une façon de remplumer leurs portefeuilles.

L'année a toutefois été bien inégale. Après un premier creux de 12 000 points, à la fin janvier, l'indice-phare de la Bourse de Toronto a grimpé jusqu'à un sommet historique de plus de 15 000 points en juin, porté par la flambée — somme toute éphémère — des prix des matières premières.

En juillet, les cours du pétrole ont atteint le record de 147 $US, avant de retomber à environ 40 $US en fin d'année.

Cette explosion — purement spéculative, selon plusieurs spécialistes — s'est évidemment traduite à la pompe, où le prix d'un litre d'essence a frôlé 1,50 $ au Québec au début de juin. Suivant les prix du brut, le creux de 0,78 $, voire 0,70 $ dans certaines régions, a été atteint en décembre.

La forte augmentation du prix des hydrocarbures a grandement nui aux entreprises, qui ont vu leurs coûts d'exploitation bondir. Plusieurs d'entre elles ont transféré les hausses à leurs clients, ce qui a poussé l'inflation à 3,5 % en août au Canada. Le taux a retraité à 2 % en novembre.

Les transporteurs Air Canada et Transat, les forestières AbitibiBowater, Domtar, Cascades et Tembec, de même que Garda World et la firme de camionnage TransForce ont particulièrement pâti de la poussée des prix du pétrole.

BCE et PCAA

Par ailleurs, deux dossiers complexes se sont étirés sur l'ensemble de l'année 2008.

La fermeture du capital de BCE, société mère de Bell Canada, s'est soldée par un échec en décembre à cause d'un avis comptable d'insolvabilité que peu de gens avaient vu venir. Le coup a été dur pour les actionnaires, qui s'attendaient à recevoir 42,75 $ pour un titre qui ne vaut plus qu'environ 22 $.

Plus épineuse encore, la restructuration des 32 milliards de papier commercial adossé à des actifs (PCAA), amorcée à l'été 2007, ne connaîtra pas de dénouement avant 2009. La transformation en obligations à long terme de ces placements à court terme, viciés par la crise hypothécaire américaine, a été entravée par des batailles juridiques et la crise mondiale du crédit. À reculons, Ottawa, Québec et d'autres gouvernements provinciaux ont finalement dû offrir des garanties de plusieurs milliards de dollars pour sauver la restructuration.

Malgré tous ces problèmes financiers, l'économie canadienne a réussi à garder la tête hors de l'eau en 2008. Le Québec a même eu droit à plusieurs annonces d'investissements majeurs, notamment dans le secteur aéronautique.

Les économistes prévoient une croissance d'environ 0,6 % pour l'année, ce qui explique que bien des gens n'ont pas encore ressenti les effets concrets de la crise. Le vrai test viendra en 2009.

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