Hauts et bas d'un «Boxing Day» planétaire

C’était la cohue, hier, dans un Future Shop de la rue Sainte-Catherine, à Montréal, où certains clients avaient fait la file pendant des heures pour profiter des soldes du lendemain de Noël.
Photo: François Pesant C’était la cohue, hier, dans un Future Shop de la rue Sainte-Catherine, à Montréal, où certains clients avaient fait la file pendant des heures pour profiter des soldes du lendemain de Noël.

Grand-messe de la consommation, le «Boxing Day» d'hier était particulièrement porteur d'espoir pour nombre de commerçants victimes du marasme ambiant. Alors que dans certains pays les chasseurs d'aubaines n'ont pas hésité à dégainer leur portefeuille, ailleurs sur la planète on a pâti de la frilosité des acheteurs. Petit tour du monde en cette journée de soldes du lendemain de Noël.

Peu alléchant depuis quelque temps, le lèche-vitrine a laissé un goût amer aux consommateurs qui se sont retrouvés sans le sou. La crise financière promettait un retour à la modération et à la frugalité. Pour relancer cette consommation atone, certains commerçants avaient même déjà commencé à ressortir leurs étiquettes des plus bas prix. Hier, la traditionnelle journée des soldes du lendemain de Noël voulait prendre le pouls de l'économie, en état de mort clinique. Pourtant, rien n'a permis de conclure à une descente aux enfers, ni à une remontée spectaculaire. Le bilan? Mitigé.

«Le point de départ, c'est que 2009 s'annonce comme une année très difficile pour le consommateur canadien», a estimé Cliff Grevler, partenaire et directeur général du Boston Consulting Group de Toronto, qui s'attend à un Boxing Day moins important que l'an dernier, pour ce qui est des ventes.

À Montréal, devant le Future Shop, baromètre de ce climat économique jusqu'ici morose, la longue file d'acheteurs — les ventes du 26 décembre sont dix fois supérieures à celles d'une journée normale — s'allongeait dans la rue Sainte-Catherine, tournant le coin et s'étirant jusqu'à la moitié de la rue Saint-Alexandre. Certains clients attendaient même depuis 8h le matin que le magasin ouvre ses portes... ce qu'il a fait vers 13h. «Ni plus ni moins de gens que d'habitude», a laissé tomber l'un des gardiens de sécurité postés à l'entrée. Ou plutôt, peut-être un peu moins que l'an dernier, a-t-il fini par conclure. C'est donc dire qu'à l'instar des trottoirs du centre-ville de la métropole, certains consommateurs sont restés de glace devant ces aubaines fracassantes. Le froid a sans doute découragé certains braves, mais la recrudescence des achats en ligne peut certes servir d'explication à cette légère désertion.

Pour éviter la cohue, Future Shop avait créé un service d'achat en ligne sur le Web, comme d'autres chaînes de magasins qui ont d'ailleurs fait de bonnes affaires ces derniers temps. Le distributeur américain de produits de loisirs sur Internet Amazon.com a indiqué que la saison des Fêtes 2008 a été «la meilleure de son histoire», avec une augmentation de 17 % des commandes lors de la journée la plus occupée. Les articles les plus populaires ont été la console de jeu Wii de Nintendo, le iPod d'Apple et un téléviseur à écran géant de Samsung.

Couper les prix en quatre

Au Royaume-Uni, le 26 décembre est un jour férié pour l'ensemble des Britanniques, à l'exception des footballeurs et d'autres sportifs... et des commerçants. L'origine de cette tradition du Boxing Day, qui remonte aux années 1870, divise les spécialistes. Parmi d'autres explications, elle pourrait se rapporter aux boîtes (boxes) dans lesquelles les classes laborieuses collectaient leurs étrennes. Le congé a surtout fourni l'occasion de se rendre au stade en famille. N'empêche, les Britanniques n'ont pas échappé à la tentation du magasinage à rabais.

À Londres, de nombreux magasins ont ouvert leurs portes particulièrement tôt, affichant des soldes considérées comme historiques. Avec des réductions exceptionnelles pouvant aller jusqu'à 90 %, les commerçants n'y sont pas aller de main morte pour réconcilier les acheteurs avec la consommation. La chaîne Debenhams offrait des rabais de 70 %, qualifiant ses soldes de plus importantes de son histoire, tandis que Superdrug a réduit ses prix de 90 %.

Sur les télés nationales défilaient des images des traditionnelles cohortes de chalands se pressant devant les portes des magasins d'Oxford Street, la grande artère commerçante de Londres, dans l'espoir de faire de bonnes affaires. Certains commerces, qui ne sont pas encadrés par la loi comme en France par exemple, n'ont pas attendu le lendemain de Noël pour démarrer leurs soldes. John Lewis et Marks and Spencer ont ainsi lancé les leurs sur Internet dès le 25 décembre au soir.

Même tintement de tirelire aux États-Unis. Certains magasins — comme ceux de la chaîne J.C. Penney — ont ouvert leurs portes dès 5h30 hier matin, offrant des rabais pouvant atteindre 80 % sur les jouets, les vêtements, les meubles et d'autres biens. Les commerçants essaient de renflouer leurs caisses après avoir pâti de la réticence des consommateurs à faire des cadeaux de Noël coûteux, les ventes ayant reculé de 2 à 4 % (hors essence) par rapport à l'année précédente, selon une étude de MasterCard Advisors publiée hier.

Consommation maintenue

Au Botswana, les rues de Francistown, une ville située à environ 110 kilomètres de la frontière zimbabwéenne, ont été le théâtre d'un Boxing Day bien particulier. Déjà, la veille de Noël, les Zimbabwéens commençaient à y affluer en masse pour y faire leurs emplettes de Noël. Ici, pas de biens de luxe ni de cadeaux chers. Les Zimbabwéens vont au Botswana pour s'approvisionner en nourriture et en d'autres biens de nécessité, introuvables dans leur pays en faillite aux prises avec une épidémie de choléra incontrôlée.

En France, à première vue, la crise financière ne semble pas avoir gâché les fêtes de Noël, écrit-on dans Le Monde. Ce «baroud d'honneur» avant que la crise ne modifie les habitudes se reflète dans un léger soubresaut de la consommation qui, sans battre des records, a rebondi en novembre avec une hausse de 0,3 %, selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Mais quel que soit le bilan des fêtes de fin d'année, les craintes majeures surgiront aux premiers jours de 2009. On soupçonne déjà les acheteurs d'avoir délaissé les articles de luxe au profit de produits plus essentiels, en raison des conditions économiques difficiles.

Ce petit électrochoc a également touché le Canada. Les statistiques tirées d'une étude d'Interac démontrent que les Canadiens ont également beaucoup magasiné durant la fin de semaine précédant les Fêtes de 2008. De fait, ils ont glissé leur carte plus de 40 millions de fois entre le 21 et le 23 décembre. C'est en Alberta et en Nouvelle-Écosse que les consommateurs ont été les plus actifs, avec une moyenne de transactions respective de 0,74 et de 0,73 transaction par personne. Et c'est au Québec qu'ils ont été les plus frugaux, avec seulement 0,31 transaction par personne.

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