L'année de l'effondrement

Le 15 septembre, Lehman Brothers dépose son bilan sous l'oeil indifférent de la Fed. L'indice Dow Jones ne s'en remettra pas. La Réserve fédérale se verra forcée d'implorer l'aide du Congrès pour sauver le système financier de la ruine. Et la facture continue de grimper.

La Fed n'a jamais été aussi interventionniste dans son histoire qu'en cette année de crise financière mondiale, participant au sauvetage des poids lourds de Wall Street mis K.-O. les uns après les autres. Et pourtant, la Réserve fédérale a tourné le dos à la banque d'investissement Lehman Brothers qui, le 15 septembre, fut contrainte de déposer son bilan avec des dettes de 600 milliards $US, la plus grosse faillite dans l'histoire des États-Unis. Moins de 48 heures plus tard, la Fed volait au secours de la multinationale de l'assurance AIG, qui n'est pourtant pas un modèle de probité et d'éthique...

L'incohérence du président de la Fed, Ben Bernanke, et du secrétaire au Trésor, Henry Paulson, a sauté aux yeux de tous les «zexperts» de la finance, alors que le Dow Jones poursuivait sa glissade de plus belle dans les jours suivant la disparition de Lehman Brothers.

Au départ, Bernanke et Paulson ont improvisé le sauvetage des titans de la finance, mis à genoux par cette crise d'une ampleur inégalée depuis la Grande Dépression des années 30 (le Dow Jones a perdu le tiers de sa valeur cette année). La Fed a ainsi secouru la banque d'investissement Bear Stearns, le 17 mars, en reprenant pour 29 milliards de dollars de titres de subprimes et en forçant les négociations pour que J.P. Morgan Chase rachète Bear Stearns, dont l'action avait perdu 83 % de sa valeur. Et d'autres sauvetages ont suivi. Dans le cadre d'un plan du président George W. Bush de 300 milliards pour renflouer le secteur immobilier, les sociétés de refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac ont été placées sous tutelle de l'État et pratiquement nationalisées le 7 septembre. Avec une prise de participation de 85 % et une recapitalisation de 200 milliards dans les deux sociétés, le gouvernement américain découvrait tout d'un coup les vertus du socialisme, au grand dam des républicains de stricte obédience!

En matière d'économie et de crise financière mondiale, il y a plusieurs points d'entrée, dates historiques et chiffres tous plus vertigineux les uns que les autres pour faire le bilan de l'année 2008. À titre d'exemple, les États-Unis iraient jusqu'à injecter sept billions (sept mille milliards!) pour venir à bout de cette crise qui a précipité l'économie américaine, du Canada et des principaux pays occidentaux dans une récession qui s'annonce longue et sévère. C'est neuf fois l'investissement militaire américain combiné en Irak et en Afghanistan depuis 2001.

Il n'en demeure pas moins qu'à la suite de leur laisser-faire à l'égard de Lehman Brothers, Ben Bernanke et Henry Paulson ont senti l'urgence de s'adresser au Congrès dans l'espoir d'offrir une réponse plus cohérente à la crise. Le plan de sauvetage de 700 milliards pour alléger le bilan des banques de leurs actifs hypothécaires toxiques, finalement approuvé le 3 octobre dans sa version modifiée, témoigne de cette volonté d'interventionnisme systémique et systématisé. Le Trésor a pu acquérir les titres douteux qui plombent le bilan des banques, et il a même pris des participations dans ces institutions fragilisées par leur trop grand appétit pour les produits hypothécaires exotiques (l'éclatement de la bulle des subprimes, à l'été 2007, reste encore le point d'origine du marasme mondial).

Et la suite ?

Comme c'est toujours le cas dans les périodes de panique et de crise, c'est maintenant à Main Street, l'expression toute indiquée pour désigner monsieur et madame Tout-le-monde, qu'il revient de secourir les bonzes de Wall Street, qui s'en sont mis plein les poches ces dernières années, souvent aux dépens de l'Américain moyen. En effet, l'intervention de la Fed et du Trésor recadre l'activité économique dans un nouveau paradigme, alors que l'État retrouve un rôle de premier plan.

L'effort de prospective est indissociable de la prudence quand vient le temps de conjecturer sur le sort immédiat de l'économie. Après tout, même l'homme qui se trouve dans l'oeil du cyclone, Ben Bernanke lui-même, avoue candidement qu'il ignore la suite des choses. Cet ancien professeur de l'Université de Princeton, féru de l'histoire de la Grande Dépression, est sans doute fort bien placé pour ressusciter l'économie moribonde. En injectant des milliards en liquidités et en rabaissant le taux directeur dans une fourchette de 0 à 0,25 %, Bernanke montre qu'il a tiré des leçons du passé. Dans les années 30, la frilosité et l'attentisme de la Fed à l'égard des banques en déroute avaient contribué à l'aggravation et à la prolongation de la Grande Dépression. C'est une erreur que le Japon a également commise dans les années 90, en attendant 10 ans avant de secourir ses institutions financières en difficulté. Ben Bernanke a cherché à éviter ces erreurs à tout prix en agissant prestement. Pendant ce temps, au Canada, les intentions du gouvernement Harper demeurent pour le moins nébuleuses, avec cette prorogation de la session parlementaire jusqu'au 27 janvier prochain.

L'effort de prospective est indissociable de la prudence quand vient le temps de conjecturer sur le sort immédiat de l'économie. Après tout, même l'homme qui se trouve dans l'oeil du cyclone, Ben Bernanke lui-même, avoue candidement qu'il ignore la suite des choses. Cet ancien professeur de l'Université de Princeton, féru de l'histoire de la Grande Dépression, est sans doute fort bien placé pour ressusciter l'économie moribonde. En injectant des milliards en liquidités et en rabaissant le taux directeur dans une fourchette de 0 à 0,25 %, Bernanke montre qu'il a tiré des leçons du passé. Dans les années 30, la frilosité et l'attentisme de la Fed à l'égard des banques en déroute avaient contribué à l'aggravation et à la prolongation de la Grande Dépression. C'est une erreur que le Japon a également commise dans les années 90, en attendant 10 ans avant de secourir ses institutions financières en difficulté. Ben Bernanke a cherché à éviter ces erreurs à tout prix en agissant prestement. Pendant ce temps, au Canada, les intentions du gouvernement Harper demeurent pour le moins nébuleuses, avec cette prorogation de la session parlementaire jusqu'au 27 janvier prochain.

Dans l'immédiat, la confiance des consommateurs américains, qui constituent encore et toujours le moteur du PIB, oscille à 38 %, son plus bas niveau depuis qu'on mesure cette statistique. Tant que le sentiment de confiance ne sera pas restauré et que le marché de l'immobilier ne sera pas stabilisé, dit-on, l'Amérique ne pourra pas renouer avec la prospérité.

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