FMI: il est urgent de relancer la demande pour éviter une Grande Dépression

La Bourse de New York, d’hier à aujourd’hui. À gauche, le parquet de 1929, lors de la Grande Dépression. La photo du centre date du 19 octobre 1987, alors que le Dow Jones a perdu plus de 500 points, le plus gros recul de l’ère moderne. À droi
Photo: Agence France-Presse (photo) La Bourse de New York, d’hier à aujourd’hui. À gauche, le parquet de 1929, lors de la Grande Dépression. La photo du centre date du 19 octobre 1987, alors que le Dow Jones a perdu plus de 500 points, le plus gros recul de l’ère moderne. À droi

Paris — Les États doivent agir d'urgence pour relancer la demande s'ils veulent éviter une Grande Dépression comme celle des années 30, et les banques doivent cesser de restreindre leur offre de crédit, avertit le chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, dans Le Monde daté d'aujourd'hui.

«Nous sommes en présence d'une crise d'une amplitude exceptionnelle, dont la principale composante est un effondrement de la demande», souligne Olivier Blanchard, ajoutant qu'«il est impératif de juguler cette perte de confiance, de relancer [...] la demande privée, si l'on veut éviter que la récession ne se transforme en Grande Dépression».

Les dirigeants du Fonds répètent depuis des semaines que les plans de relance des grands pays industrialisés sont insuffisants par rapport à l'ampleur de la crise.

«Pour le moment, une expansion budgétaire de 2 % paraît suffisante. Mais si les circonstances l'exigent, il faut que les États soient prêts à faire plus, 3 % ou plus si nécessaire», estime le chef économiste du Fonds monétaire international (FMI). Les plans de relance prévus actuellement par les membres de l'Union européenne représentent environ 1,4 % du PIB de la zone.

D'après lui, la relance doit intervenir «par l'augmentation des dépenses publiques», via un programme de grands travaux de construction de ponts ou de rénovations d'écoles, plutôt que «par la diminution des recettes publiques», à l'instar de «réductions d'impôts que les ménages sont tentés de transformer en épargne de précaution».

D'éventuelles baisses d'impôts ou «chèques» aux contribuables doivent «cibler les populations victimes du chômage ou surendettées», qui les «dépenseront aussitôt, contribuant à la reprise de l'activité économique», ajoute-t-il.

Parmi les mesures adoptées en Europe, M. Blanchard juge que la baisse temporaire de la TVA adoptée en Grande-Bretagne n'est «pas une bonne idée», car 2 % de TVA en moins ne représentent pas «une réelle incitation à dépenser. En revanche, la prime à l'automobile décidée en France donne de fortes incitations», estime-t-il.

M. Blanchard juge aussi qu'il n'y aura pas de «redémarrage de la croissance» tant que les banques continueront à réduire leur offre de crédit, et que les institutions financières ne font pas la lumière assez vite sur leurs pertes liées à la crise. Selon lui, les États doivent inciter ou forcer «les banques à se séparer de leurs actifs douteux», puis les recapitaliser «quand ceci sera fait».

«Si réparer le marché du crédit privé prend trop de temps, il faut que les États soient prêts à s'[y] substituer, au moins partiellement et temporairement», par exemple en rachetant des billets de trésorerie émis par les entreprises, «comme le fait la Réserve fédérale américaine», propose-t-il en outre.

Il fait valoir enfin qu'en Europe, les banques en manque de liquidités «rapatrient dans des proportions considérables les capitaux placés à l'étranger»: «leurs créances sur les pays émergents atteignaient 4000 milliards de dollars», et 1000 milliards auraient déjà été rapatriés.

Les pays émergents ont donc «tout intérêt» à mettre également en place des plans de relance pour contrer «la baisse de leurs exportations» et le risque de «crise de change» qui pourrait résulter de ces retraits de capitaux.

«Multiplié par le nombre de pays potentiellement exposés, on parle de milliers de milliards de dollars, un montant bien supérieur à ce que le FMI peut avancer», conclut M. Blanchard.

À voir en vidéo