Courte récession et lente reprise en vue au Canada

Dans ses dernières prévisions, la Banque TD évoque un scénario de faible récession au Canada et d'une lente reprise, avec un impact sur le chômage et la contraction des prix immobiliers s'étendant à 2010. L'économie canadienne subira les contrecoups d'une récession américaine devant ressembler à celle de 1980-82.

Selon la toile de fond retenue par les analystes du Groupe financier TD, l'économie américaine connaîtra une récession dont l'ampleur sera similaire à celle de 1980-82. Au cours de cette période, la contraction de l'activité économique s'était étendue sur 16 mois, faisant de cette période l'une des pires récessions depuis les années 1930, avec l'autre période récessionnaire de 1990-92. Selon les données historiques une récession peut durer, en moyenne, 10 mois.

S'ajoute un contexte de récession mondiale jamais vu depuis 1960, date où l'on a commencé à cumuler de telles données, le portrait étant noirci par le synchronisme des cycles économiques.

Cette base étant jetée, la Banque TD prévoit pour le Canada une contraction de 1,4 % de son activité économique en 2009, contre une croissance estimée de 0,7 % cette année. À titre de comparaison, sur une base annuelle, le PIB réel s'était replié de 2,5 %, en moyenne, lors des récessions de 1980-82 et de 1990-92.

Toutes les provinces vont «contribuer» à ce sombre scénario, à l'exception de la Saskatchewan. À l'extrémité on devrait retrouver l'Ontario et l'Alberta, avec un recul de 1,8 % de leur PIB. Au Québec, le repli attendu est de l'ordre de 1 %, contre une croissance estimée de 0,6 % en 2008.

Parmi les faits saillants des projections de la TD, il est permis de souligner l'effet prolongé de cette courte récession et lente reprise sur le taux de chômage, une statistique retardataire. Ainsi, pour l'ensemble des provinces, l'augmentation du taux de chômage attendue en 2009 devrait déborder sur l'année suivante. «En 2010, plusieurs provinces feront face à un taux de chômage supérieur d'au moins deux points de pourcentage par rapport à 2008», peut-on lire dans le document de la TD. Sur l'ensemble canadien, le taux de chômage moyen devrait atteindre les 7,7 % en 2009 et les 8,2 % en 2010, contre 6,1 % cette année. Au Québec, il passerait de 7,3 % à 9,2 % de 2008 à 2010. Quant au taux de croissance de l'emploi, il devrait être négatif, de -1 %, l'an prochain au Canada pour croître de 0,3 % seulement en 2010. Au Québec la décroissance devrait être de l'ordre de 1,4 % en 2009 alors que l'augmentation prévue en 2010 serait d'à peine 0,1 %.

Ce contexte plutôt anémique ne sera pas sans se faire sentir sur le marché immobilier résidentiel, qui devrait connaître une année négative en 2009 tant au niveau des mises en chantier, des ventes de maisons existantes que de l'évolution des prix. Pour cette dernière variable, le prix moyen devrait chuter de 10,7 % à l'échelle canadienne l'an prochain, pour remonter d'environ 0,5 % en 2010. Cette contraction des prix ne sera pas uniforme d'une région à l'autre, les provinces ayant affiché une surchauffe devant être les plus touchées. Le prix moyen des maisons existantes devrait décroître de 16 % en Colombie-Britannique et de 15 % en Alberta, contre 7 % au Québec et 9 % en Ontario.

BMO

Douglas Porter, économiste en chef délégué, chez BMO Nesbitt Burns, retient un scénario économique similaire. Pour lui, la récession mondiale se prolongera pendant tout le premier semestre de 2009 alors que la crise du crédit se poursuivra, avant que la croissance ne reprenne timidement au second semestre. Il n'écarte pas une progression anémique du PIB mondial de seulement 1 % en 2009, ce qui serait la plus faible croissance annuelle de l'économie mondiale depuis 1980.

Ce sera un peu plus long pour les États-Unis, qui «font face à leur pire récession de l'après-guerre alors que les consommateurs essaient de reconstituer leur épargne dans un contexte de destruction sans précédent de la richesse. La reprise modeste qui devrait débuter vers la fin de l'année dépend d'un important plan de stimulation budgétaire attendu», a-t-il écrit.

Pour le Canada, Douglas Porter rappelle que cette économie subira sa première récession en 17 ans à cause de la chute des exportations vers les États-Unis et du fléchissement des investissements dans le secteur des ressources, dans un contexte de chute des prix des produits de base. «Une timide reprise devrait s'amorcer au second semestre, soutenue par un budget fédéral vraisemblablement stimulant et d'importantes réductions antérieures des taux d'intérêt.»

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