Selon Jim Flaherty - Pas de déficit «structurel»

Toronto — Le gouvernement fédéral déclarera un déficit, mais ce ne sera pas un déficit «structurel», a soutenu hier le ministre des Finances, Jim Flaherty.

«Nous allons nous assurer que les dépenses qui nous placeront en situation de déficit seront temporaires, à des fins précises et limitées, de façon à ne pas dégager un déficit permanent», a déclaré le ministre aux journalistes, avant de rencontrer le conseil consultatif sur l'économie qu'il vient de mettre sur pied.

Pour l'exercice en cours, le ministère des Finances a indiqué hier que le gouvernement fédéral avait affiché un déficit de 600 millions en octobre, qui devient le troisième mois d'affilée au cours duquel les dépenses d'Ottawa ont dépassé ses revenus. Pour les sept premiers mois de l'année fiscale 2008-09, l'excédent n'est plus que de 200 millions. Pendant la même période de l'an dernier, le gouvernement avait enregistré un surplus de 6,1 milliards et s'apprêtait à afficher un surplus annuel de 9,6 milliards.

Depuis le début de l'année, les revenus du gouvernement ont augmenté de 1,2 milliard. Les charges de programme sont quant à elles en hausse de 7,8 milliards ou de 7,2 %.

M. Flaherty a ajouté que le budget fédéral qu'il doit déposer le 27 janvier montrera «comment nous allons sortir du déficit, afin qu'il soit clair pour tous les Canadiens qu'avec le rétablissement de l'économie, le déficit disparaîtra et fera place à un retour des excédents».

La conversion du ministre à l'idée d'une relance financée par des déficits est survenue après qu'une coalition libérale-néo-démocrate, appuyée par le Bloc québécois, ait failli renverser le gouvernement conservateur il y a quelques semaines. L'opposition déplorait l'absence de mesures de stimulation économique dans l'énoncé présenté par le ministre le 27 novembre.

L'économie canadienne «faiblit de façon significative», a reconnu Jim Flaherty hier. Le comité consultatif, composé de 11 membres, examinera la question des déficits créés par des dépenses de stimulation économique, mais «je ne vais pas leur dire quels conseils me donner», a glissé le ministre.

Paul Desmarais Jr, président et cochef de la direction de Power Corporation, Isabelle Hudon, présidente de Marketel, Mike Lazaridis, fondateur et cochef de la direction de Research In Motion, et James Irving, président de JD Irving, font notamment partie du comité, que préside Carole Taylor, ancienne ministre des Finances de Colombie-Britannique.

«Nous n'avons pris aucune décision à propos de ce qu'il y aura dans le budget et de ce qu'il n'y aura pas, mais le budget comprendra bien sûr des mesures de relance», a affirmé Jim Flaherty. En fin de semaine, Ottawa et le gouvernement ontarien ont annoncé l'octroi de prêts d'urgence totalisant 4 milliards au secteur canadien de l'automobile.

15 milliards

Hier les dirigeants des plus importantes entreprises canadiennes estimaient que le gouvernement fédéral devrait être prêt à dépenser une somme additionnelle de 15 milliards, l'an prochain, afin de stimuler l'économie au ralenti.

Le Conseil canadien des chefs d'entreprise (CCCE) affirme que le Canada, de par la position relativement solide dans laquelle il se trouve, est en mesure de survivre à l'effondrement économique et financier mondial, mais qu'il ne peut pas échapper à la profonde récession que traversent actuellement les États-Unis. Les hauts dirigeants croient de plus qu'à la suite de plusieurs années d'excédents budgétaires, les gouvernements peuvent se permettre le luxe d'accroître leurs dépenses, ne serait-ce que temporairement.

Le président du CCCE, Tom D'Aquino, croit nécessaire une importante injection financière afin de faire face à la situation. Il estime également qu'une aide accrue pourrait s'imposer l'an prochain si le ralentissement se révélait plus profond et plus long que prévu.

Ottawa devrait accélérer les investissements consacrés aux infrastructures, aider les sans-emploi à se recycler, permettre aux entreprises d'innover et de se moderniser, en plus d'encourager les dépenses des consommateurs en réduisant les impôts des Canadiens les plus pauvres, affirment aussi les chefs d'entreprise.

«La présente situation est assez sérieuse», a déclaré M. D'Aquino en entrevue, hier, ajoutant que 2009 verrait le chômage augmenter et les profits des sociétés diminuer. «Ce qui est important, c'est que nous adoptions suffisamment de mesures stimulantes pour faire ce qui doit être fait, mais sans en faire trop», a-t-il dit.

Une aide exagérée aurait pour effet de plonger les finances du gouvernement dans un profond déficit, a expliqué M. D'Aquino.

À l'occasion d'une entrevue télévisée, la semaine dernière, le premier ministre Stephen Harper a affirmé que le fédéral envisageait un déficit de 20 à 30 milliards pour l'an prochain, ce qui laisse croire que son gouvernement s'apprête à avancer des sommes de 15 à 25 milliards dans le but de relancer l'économie.

Des documents gouvernementaux permettent de penser que le déficit d'Ottawa atteindra entre 5 et 10 milliards, en 2009-10, avant l'adoption de quelque mesure économique que ce soit.

Crédit

«Nous entendons à travers le pays des préoccupations quant à l'accès au crédit», a par ailleurs tenu à souligner le ministre, qui doit rencontrer les dirigeants des grandes banques canadiennes le mois prochain. «J'ai hâte [...] de discuter avec les banquiers de la façon dont ils conçoivent leur rôle pour offrir ce crédit, a ajouté M. Flaherty. C'est un problème majeur à l'aube de 2009. Nous prévoyons travailler avec les institutions financières pour faire en sorte que le crédit soit raisonnablement abordable et disponible au Canada.»

La séance de photos tenue au début de la rencontre entre Jim Flaherty et le comité consultatif, mardi, a été égayée par un homme portant un chapeau de père Noël qui a brièvement harangué le ministre, faisant rigoler celui-ci. Il s'agissait de Chris Morren, un petit entrepreneur de Toronto qui s'oppose au sauvetage de grandes sociétés par les gouvernements.

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