Mecachrome reçoit une bouée de sauvetage du Fonds FTQ

Mecachrome International, un fabriquant de pièces pour les secteurs aéronautique et automobile qui s'est protégé de ses créanciers le 12 décembre, a annoncé hier qu'elle a réussi à obtenir 30 millions d'euros en financement pour traverser la restructuration, dont 10 millions en provenance du Fonds FTQ.

L'entreprise montréalaise, qui a des clients comme Airbus, Renault F1 et Volvo, est en train de mettre en oeuvre un plan de restructuration pour braver les temps difficiles dans ses créneaux tout en s'attaquant à son niveau d'endettement. Elle croit pouvoir émerger de la restructuration en 2009.

Le Fonds FTQ, actionnaire à 13 % de Mecachrome, a défendu sa décision d'injecter de l'argent dans l'entreprise en disant qu'elle a un bel avenir malgré tout et que la nature de l'engagement financier dévoilé hier lui donne un statut spécial parmi les créanciers.

«Mecachrome a quand même un carnet de commandes et présente un grand potentiel pour l'avenir», a dit lors d'un entretien le premier vice-président aux investissements du Fonds FTQ, Gaétan Morin.

Selon les données du troisième trimestre, le carnet de commandes de Mecachrome au 30 septembre se situait à 940 millions d'euros. À pareille date l'année précédente, il atteignait 1,02 milliard.

Il y a un an, son action se négociait autour de 12 $ à la Bourse de Toronto. Hier, elle a terminé la séance à 8 ¢.

Une partie des problèmes de Mecachrome s'explique par les délais de certains programmes chez Airbus et Boeing, des projets qui avaient occasionné pour Mecachrome des investissements considérables. Le chiffre d'affaires s'est chiffré à 295 millions d'euros en 2007. Sa dette s'élève à plus de 200 millions d'euros.

Le directeur financier de l'entreprise, Stephan Yazedjian, s'est réjoui de l'appui du Fonds FTQ. En entrevue au Devoir, il a concédé que l'environnement économique était difficile, dans l'aéronautique et l'automobile, mais que la compagnie a de bonnes perspectives.

La compagnie a une dizaine d'usines en France et au Canada, et a récemment transféré son siège social de Paris à Montréal. La Presse a écrit en juillet que la compagnie allait procéder à 190 licenciements dans les deux pays, dont une quarantaine au Canada.

La Caisse de dépôt et placement du Québec a aussi déjà été un actionnaire notable de Mecachrome — du moins selon son rapport annuel 2007 —, mais l'établissement a pour politique de ne dévoiler ses actifs qu'une fois par année.

Depuis juillet 2005, le Fonds FTQ a investi 70 millions dans le capital-actions de Mecachrome, un placement qui ne vaut presque plus rien aujourd'hui en raison de la déconfiture boursière de la compagnie à la Bourse de Toronto. Par exemple, la tranche de 20 millions investie en octobre 2007 avait été faite au prix de 14 $ l'action.

«On pourrait lancer la serviette en se disant qu'à nos livres, on a perdu des sommes assez considérables, mais quand on regarde les perspectives de cette entreprise-là et si elle vaut la peine d'être sauvée et appuyée à ce moment-ci, la réponse est oui. [...] La compagnie avait besoin de fonds pour poursuivre ses opérations, on voit ça à long terme et on voulait que Mecachrome conserve l'intégralité de ses activités», a dit M. Morin.

Les 10 millions d'euros avancés par le Fonds FTQ prennent la forme d'une facilité de débiteur-exploitant, ce qui signifie que le Fonds est un créancier dont le rang surpasse celui des créanciers garantis. Dans la même optique débiteur-exploitant, Mecachrome a reçu 10 millions d'euros de la part des fonds Aerofund, gérés par ACE Management.

De plus, une filiale française de Mecachrome a obtenu une ligne de crédit de sept millions d'euros, et un prêt d'un millions d'euros de la part du Comité interministériel de restructuration industrielle. Une autre enveloppe de deux millions proviendra d'un gros client.

«Ces financements nous permettront d'assurer la stabilité de Mecachrome pendant qu'elle procède à sa réorganisation judiciaire», a dit le président de Mecachrome, Christian Jacqmin. «Nous sommes satisfaits d'avoir obtenu le support de nos bailleurs de fonds, qui nous permet de compléter cette étape importante de notre processus de restructuration.»

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