Aide gouvernementale aux banques - Où est passé l'argent du plan Paulson ?

Citibank, l’un des deux plus gros bénéficiaires du plan Paulson a affirmé avoir utilisé l’aide gouvernementale pour consolider ses comptes et accorder des prêts.
Photo: Agence Reuters Citibank, l’un des deux plus gros bénéficiaires du plan Paulson a affirmé avoir utilisé l’aide gouvernementale pour consolider ses comptes et accorder des prêts.

Washington — Que devient l'argent du plan Paulson déjà distribué? Les banques qui ont reçu des milliards dans le cadre du plan de sauvetage du système financier aux États-Unis donnent des réponses pour le moins évasives sur l'utilisation de cette aide financée avec l'argent du contribuable, quand elles ne refusent pas tout simplement de répondre, montre une enquête de l'Associated Press.

L'AP a interrogé 21 banques qui ont reçu au moins 1 milliard sur les 700 milliards de dollars du plan Paulson, et leur a posé quatre questions sur l'utilisation de ces sommes: combien ont-elles dépensé, dans quel but, combien ont-elles gardé et que comptent-elles faire de ce qui reste?

«Nous en avons prêté une partie», déclare Thomas Kelly, porte-parole de JPMorgan Chase, qui a reçu 25 milliards. Il précise que la banque d'affaires refuse de communiquer toute information comptable sur le sujet.

Aucune des banques interrogées n'a fourni de réponse précise. «Nous ne faisons pas de suivi dollar par dollar», se justifie Barry Koling, porte-parole des SunTrust Banks, basées en Géorgie, qui ont reçu 3,5 milliards. Certains disent ignorer où va l'argent. «Nous gérons notre capital dans son ensemble», souligne Tim Deighton, porte-parole de Regions Financial, une banque basée en Alabama, qui a également reçu 3,5 milliards.

De fait, un certain secret entoure le plan Paulson, officiellement baptisé Troubled Assets Relief Program (TARP). Il n'y a pas de suivi sur la manière dont les banques dépensent cet argent.

En novembre, les parlementaires du Congrès américain ont demandé aux banques de prêter l'argent, et non de le garder ou de le dépenser en primes aux dirigeants ou pour le rachat d'autres banques. Mais il n'y a aucune procédure en place pour vérifier l'utilisation des aides et aucune sanction n'est prévue dans le cas où les sociétés ne suivraient pas les recommandations des élus.

Le professeur de droit Elizabeth Warren, présidente de la commission parlementaire chargée de superviser le TARP, souligne qu'il est «tout à fait justifié que les Américains sachent comment les dollars du contribuable sont dépensés dans le secteur privé». Mais, pour le moment au moins, ils ne disposent d'aucun moyen de le savoir pour le plan Paulson.

Presque toutes les banques interrogées, dont Citibank et Bank of America, deux des plus gros bénéficiaires, ont répondu en des termes généraux que ces aides leur servaient à consolider leurs comptes et accorder des prêts.

Quelques établissements ont décrit des programmes précis, comme JPMorgan, qui prévoit de dépenser 5 milliards dans des sociétés à but non lucratif et de santé en 2009. Richard Becker, vice-président de Marshall & Ilsley, a indiqué que les 1,75 milliard reçus permettaient à sa banque de suspendre temporairement les saisies de logements d'emprunteurs en difficulté.

Mais aucune banque n'a fourni de données comptables, même basiques, sur l'argent du TARP. «Nous préférons ne pas révéler cela», explique Kevin Heine, porte-parole de la banque New York Mellon, récipiendaire de quelque 3 milliards. D'autres assurent qu'il n'est pas possible de savoir ce que deviennent ces fonds. Bob Denham, porte-parole de BB&T, précise que l'argent du plan de sauvetage ne figure pas «dans un compte à part» dans son établissement.

La plupart des banques ne veulent pas dire pourquoi elles refusent de révéler des informations détaillées sur l'usage des aides. Celles qui ont fourni les réponses les moins floues sont celles qui, comme U.S. Bancorp et Huntington Bancshares, n'ont reçu l'argent que récemment et ne l'ont pas encore utilisé.

Les parlementaires parlent de durcir les conditions d'octroi de l'aide sur la deuxième tranche de 350 milliards du TARP. De son côté, le secrétaire au Trésor Henry Paulson affirme que ses services tentent de renforcer leur contrôle sur les dépenses des banques.

Mme Warren assure également que sa commission tentera de contraindre les banques à apporter des réponses sur l'utilisation de l'argent. «Si les restrictions et la transparence appropriées avaient été mises en place dès le départ», nous ne serions pas dans cette situation, soupire-t-elle.

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