Les patrons des banques aidées ont empochés 1,6 milliard en 2007

John Thain, le patron de Merrill Lynch surclasse ses pairs avec un salaire de 83 millions.
Photo: Agence France-Presse (photo) John Thain, le patron de Merrill Lynch surclasse ses pairs avec un salaire de 83 millions.

Washington — Les 116 banques américaines ayant reçu de l'argent de l'État pour affronter la crise financière ont versé à leurs principaux cadres-dirigeants près de 1,6 milliard de dollars de salaires, primes et autres avantages l'an dernier, selon une enquête réalisée par l'Associated Press.

Ces récompenses financières ont été attribuées alors même que les résultats des banques faiblissaient, annonçant la crise financière qui les a conduits à réclamer un plan de sauvetage à Washington. Coût du plan: 700 milliards.

L'enquête se base sur les rapports annuels fournis par les banques au SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme de la Bourse américaine. Les 116 établissements financiers concernés par le plan Paulson ont reçu une aide totale de 188 milliards, provenant des contribuables américains.

Les sommes versées aux 600 cadres-dirigeants concernés incluent des primes, des stock options, mais aussi de nombreux avantages personnels, selon les documents examinés par l'AP. La somme moyenne versée à chacun des principaux dirigeants des banques a atteint 2,6 millions de dollars en salaires, primes et avantages l'an dernier.

Lloyd Blankfein, le p.-d.g. de Goldman Sachs, a ainsi reçu presque 54 millions de dollars d'indemnités en 2007. Cette année, la banque a décidé de supprimer les primes de ses sept principaux dirigeants, qui travailleront pour leur salaire «de base» de 600 000 $US. Goldman Sachs a reçu 10 milliards d'aide de l'État le 28 octobre dernier.

John Thain, le «boss» de Merrill Lynch, a surpassé tous les patrons de groupes bancaires en empochant 83 millions l'an dernier. En prenant les rênes de l'entreprise en décembre 2007, il a cumulé un salaire de 57 692 $, une prime d'arrivée de 15 millions et un revenu supplémentaire de 68 millions issu des stock options. Comme Goldman Sachs, Merrill Lynch a reçu une aide de l'État de 10 milliards le 28 octobre.

Ce constat pose question concernant les engagements pris par les établissements financiers dans le cadre du plan Paulson, initialement destiné au rachat des actifs dit toxiques. Le mois dernier, le gouvernement Bush a changé les objectifs du plan de sauvetage financier, en donnant pour instruction au département du Trésor d'injecter directement des liquidités dans les banques. Le plan impose des restrictions sur certaines indemnités, mais ne limite pas les salaires et les primes, sauf dans le cas où ils encourageraient les salariés à prendre des risques excessifs pour la banque. Les institutions financières se sont engagées à ne pas accorder de parachutes dorés au départ d'un dirigeant.

Mais les banques qui bénéficient du plan de sauvetage consacrent des millions de dollars à financer des chauffeurs et des jets privés, des services de gardiennage pour le domicile de leurs cadres, des adhésions à des clubs sportifs... Certaines paient même des conseillers financiers pour leurs dirigeants. Le président de JPMorgan Chase, James Dimon, a ainsi laissé une note de 211 182 $US, pour le jet privé utilisé l'an dernier alors que sa famille habitait à Chicago et qu'il faisait la navette avec New York. La société a perçu 25 milliards du plan de sauvetage financier.

Le député démocrate Brad Sherman, membre de la commission des activités financières à la Chambre des représentants, estime que ces sommes excessives nuisent au développement des bonnes pratiques économiques dans les banques et encouragent l'escalade des salaires, dans un contexte de concurrence entre les établissements financiers. Il souhaite faire venir les dirigeants des banques devant le Congrès, pour qu'ils détaillent l'utilisation de l'argent du plan Paulson, de la même manière que l'ont fait les constructeurs automobiles. «Plus durs nous sommes avec les patrons qui viennent à Washington, moins ils seront nombreux à réclamer une aide», espère-t-il.

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