Portrait - Crise ou pas, Germain va de l'avant

Christiane Germain, coprésidente et chef de la direction du Groupe Germain, entend ouvrir une vingtaine d’hôtels au cours des cinq prochaines années.
Photo: Jacques Grenier Christiane Germain, coprésidente et chef de la direction du Groupe Germain, entend ouvrir une vingtaine d’hôtels au cours des cinq prochaines années.

Le Groupe Germain est une entreprise familiale qui évolue à son propre rythme, crise financière ou pas. Au moment même où de nombreuses entreprises remettent en question leurs projets d'investissement, ce groupe annonce qu'il entend ouvrir une vingtaine d'hôtels au cours des cinq prochaines années, alors qu'il n'en possède que cinq actuellement. Christiane Germain, co-présidente et chef de la direction, n'a cependant rien d'une gestionnaire impulsive qui se laisse entraîner dans une croissance débridée.

Elle avoue d'ailleurs le plus simplement du monde qu'elle ne fait pas de projections dans le temps. «La concurrence farouche n'est pas pour moi. La compétitivité est la source de ma motivation», dit-elle. Les plans de développement de l'entreprise se font «au fur et à mesure, sans mettre la charrue devant les boeufs», selon des valeurs typiques des entreprises familiales qui veulent assurer leur pérennité.

Alors, comment explique-t-elle cette décision de construire 20 hôtels au le Canada dans les prochaines années? Il s'agit d'un projet qui entraînera des investissements d'environ 400 millions, selon une évaluation approximative que n'a ni confirmée ni niée Mme Germain.

«La crise ne durera pas toute la vie. Il faut se préparer, faire des plans de construction. On ne peut pas s'empêcher de penser. On souhaite les construire en cinq ans, peut-être que ça prendra six ans. L'accès aux capitaux n'est pas facile, mais quand ça va commencer à reprendre, on sera préparés», répond-elle.

Actuellement, le Groupe Germain est partenaire dans un projet de plus de 100 millions à Calgary, dont l'ouverture est prévue pour l'automne 2009. Cet investissement englobe un hôtel Germain de 148 chambres, 40 condos et 88 000 pieds carrés de bureaux. «C'est maintenant une très bonne période pour construire, puisqu'il y a un ralentissement en Alberta», ajoute la coprésidente.

Le Groupe Germain n'a jamais prétendu avoir des capitaux importants pour soutenir son développement. Victor, le père, qui est décédé, avait fait ses débuts en affaires avec une tabagie en 1955 avant de se tourner vers la restauration. En 1987, Christiane et son frère Jean-Yves ont fondé leur entreprise pour aménager un hôtel, le Germain des prés, dans l'espace rendu disponible dans l'un des restaurants. Il a fallu pour réaliser ce projet de huit millions créer une SPEQ qui a pris une participation de 30 % dans le projet; cinq ans plus tard, les fondateurs pouvaient racheter les actions de la SPEQ. Après l'ouverture en 1997 d'un deuxième hôtel à Québec, le Dominion 1912, les Germain ont décidé d'en ouvrir un troisième à Montréal en 1999.

«Après Montréal, raconte Mme Germain, on s'est dit que ce serait intéressant de s'installer dans l'est du Canada et aux États-Unis.» Il y eut une tentative d'ouvrir un hôtel à Boston, mais pour diverses raisons, le projet n'a pas marché. Comme il n'y avait pas d'hôtels comme ceux des Germain au Canada, la décision fut alors prise d'en installer dans les principaux centres du Canada. Sur une quarantaine de sites possibles, le choix a été ramené à 20 hôtels.

Sur les cinq hôtels que possède actuellement le Groupe Germain, trois affichent la marque «Hôtel-boutique Germain» et sont situés à Québec, Montréal et Toronto. Les deux autres, l'un à Québec, l'autre à Brossard au Quartier Dix30, portent l'enseigne ALT. Les hôtels-boutiques se situent dans une catégorie relativement huppée, et le prix des chambres peut varier de 195 $ à Québec à 250 $ à Toronto. Les hôtels ALT ont des chambres plus petites et présentent un seul prix de 129 $ la nuitée. Les 20 nouveaux hôtels à construire seront des ALT et auront pour modèle l'hôtel Dix30.

Cette nouvelle enseigne ALT a remporté au début de ce mois à Paris un prix international pour l'originalité du concept, l'innovation technologique et architecturale, le service et le design. Ces hôtels sont écoénergétiques, avec géothermie, lampes pouvant être éteintes à distance après le départ des clients, etc. Bref, le concept ALT vise un créneau du marché en pleine croissance et en harmonie avec les nouvelles valeurs de la société.

Des partenaires prestigieux

Pour les 20 hôtels à construire, le Groupe Germain s'est trouvé un allié financier solide, la famille Bombardier-Beaudoin, qui prend une participation dans les hôtels ALT, et non pas dans le groupe comme tel. Un troisième hôtel ALT sera ouvert à Toronto, près de l'aéroport, dans les mois qui viennent.

Développer un réseau d'hôtels requiert évidemment beaucoup d'argent. Jusqu'à maintenant, la famille Germain a toujours gardé le contrôle sur son entreprise et elle entend bien continuer de le faire à l'avenir, ce qui n'exclut pas un recours à certains appuis extérieurs. En fait, le groupe a une quinzaine de partenaires financiers, «le principal» étant Daniel Gauthier, l'un des fondateurs du Cirque du Soleil, qui s'occupe désormais de son propre projet, celui du Massif de Petite-Rivière-Saint-François, qui prévoit d'ailleurs la construction d'un hôtel à Baie-Saint-Paul. Les Germain n'en sont pas partenaires, mais ce sont eux qui en assureront la gestion une fois la construction terminée.

Le développement des hôtels-boutiques n'est pas pour autant laissé de côté. Il y en aura un dans le complexe de Calgary. Les villes d'Ottawa et d'Halifax sont sur la liste. Pour l'instant, les plus gros efforts portent sur Vancouver. Néanmoins, même dans les meilleures conditions, on ne prévoit pas commencer les travaux de construction dans cette ville avant 2011.

Le Groupe Germain prépare minutieusement chaque nouveau projet, particulièrement dans le cas des hôtels-boutiques, les plus personnalisés. Il ne mise que sur une croissance organique pour assurer son expansion, quitte à y arriver plus lentement. En fait, une seule acquisition a été faite depuis le début, et ce fut l'Auberge Hatley en 2002, laquelle a été complètement détruite par un incendie en 2006. Bien qu'ils aient beaucoup aimé cet hôtel, les Germain ont appris qu'il n'était pas facile d'y implanter la culture d'entreprise du groupe. Cette expérience a convaincu Christiane Germain de ne plus faire d'acquisitions d'hôtels. «L'hôtellerie est une industrie de ressources humaines et la culture d'entreprise est très importante», explique-t-elle.

Le groupe compte aujourd'hui 300 employés, voire 350 si on compte ceux de trois restaurants, dont un Laurie Raphaël dans l'hôtel de Montréal. Les cinq hôtels en service totalisent 760 chambres. En plus des hôtels, le groupe a ouvert deux boutiques en ligne pour offrir à tout le monde ce que souvent les clients demandaient, à savoir où acheter des meubles, des matelas et de la literie comme ceux qu'ils avaient appréciés dans les chambres de leurs hôtels.

Le groupe est plus que jamais une entreprise familiale, avec l'arrivée d'une troisième génération de Germain dans l'organisation. Les deux coprésidents fondateurs sont devenus des gestionnaires aguerris. Christiane surveille de près le fonctionnement des hôtels qu'elle visite toutes les deux semaines. Jean-Yves a la responsabilité du développement et de la finance. Son frère Richard dirige le Dominion 1912. C'est un neveu, Hugo, qui est directeur général du ALT Quartier Dix30. Marie Pier, la fille de Christiane, s'implique dans la conception et plus particulièrement dans le projet de Calgary.

Mme Germain craint-elle les répercussions que la récession au Canada pourrait avoir sur les affaires du groupe? «Nous serons touchés, mais nous sommes moins vulnérables que les hôtels à congrès», répond-elle.

Outre les visites d'affaires dans ses propres hôtels, Mme Germain voyage aussi à l'étranger pour son plaisir et pour se tenir à l'affût des tendances nouvelles dans l'hôtellerie. Un exemple parmi d'autres? L'hôtel Le Meurice, un cinq étoiles rue de Rivoli à Paris, a confié à Philippe Starck, designer français de renommée internationale depuis les années 1980, la mission de remettre en valeur le patrimoine de cet immeuble. Starck a demandé à sa fille, Ara, de s'occuper de l'ancien jardin d'hiver, devenu le restaurant Dali, en hommage au peintre qui y passait un mois par année. Ara a fait une toile monumentale au plafond de quatre mètres sur trois, qui a fortement impressionné Mme Germain. Se pourrait-il que les Starck soient un jour mis à contribution dans les hôtels du Groupe Germain? Une chose est certaine, la famille Germain ne semble pas avoir encore atteint la limite de ses ambitions.

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