Ferrari California - Le bonheur à ciel ouvert

La California est plus élégante, moins agressive que la sportive pure et dure F430, tout en étant reconnaissable au premier coup d’oeil: c’est bel et bien une Ferrari et, à ce titre, elle fait tourner bien des têtes.
Photo: La California est plus élégante, moins agressive que la sportive pure et dure F430, tout en étant reconnaissable au premier coup d’oeil: c’est bel et bien une Ferrari et, à ce titre, elle fait tourner bien des têtes.

Essayer une Ferrari est un privilège, assister au lancement d'une nouvelle Ferrari l'est encore plus. Le chroniqueur automobile Benoit Charette, rédacteur en chef de L'Annuel de l'automobile, a pu vivre cette expérience cet automne, en étant l'un des deux journalistes canadiens (et le seul Québécois) invités à faire l'essai de la nouvelle Ferrari California. Et pas n'importe où: en Italie, comme il se doit. En guise de cadeau de Noël, vos deux chroniqueurs attitrés, Philippe Laguë et Pascal Boissé, ont demandé à leur collègue de partager ce privilège avec les lecteurs et les lectrices du Devoir. Joyeux Noël!

Sicile, Italie — Ferrari innove sur plusieurs plans avec la nouvelle California. Première voiture de la célèbre marque équipée d'un toit rigide escamotable, qui se replie ou se déplie en moins de 15 secondes, c'est aussi la première Ferrari (depuis la Dino, en 1968) qui n'a pas de prédécesseur au sein de la gamme et la première à moteur V8 frontal.

Selon le grand patron de Ferrari, Luca di Montezemolo, la California boucle la boucle chez Ferrari, aux côtés des 612 et 599, qui sont des GT à moteur V12, et de la F430, une sportive pure et dure. La California est plus élégante, moins agressive que cette dernière, tout en étant reconnaissable au premier coup d'oeil: c'est bel et bien une Ferrari et, à ce titre, elle fait tourner bien des têtes. Sa robe semble plaire puisque les deux premières années de production, soit 5000 voitures, sont déjà vendues et 60 % des clients ne possèdent pas de Ferrari. «On cherche une clientèle plus jeune», précise M. di Montezemolo.

Le nom California se veut un clin d'oeil au passé glorieux de la marque, mais ce nom fait aussi référence au plus grand marché de Ferrari, la Californie, ce que le grand patron de la firme de Maranello n'a pas manqué de le souligner devant un auditoire majoritairement composé d'Américains.

Une décapotable à toit rigide

Ferrari décrit sa California comme une décapotable à toit rigide et non un coupé-cabriolet. Question de sémantique... ou simplement pour faire le lien avec le modèle original, qui était une authentique décapotable. Une chose est certaine, il s'agit de la dernière oeuvre d'Andrea Pininfarina, décédé peu après avoir terminé le design. Il a composé de manière magistrale avec la contrainte d'encombrement du toit rigide escamotable qui présente ici l'avantage d'avoir deux parties qui se superposent, sans perte de place. L'équilibre des formes est impeccable, et le nez relativement long permet d'installer le moteur en position centrale avant (autre première) pour un meilleur équilibre des masses. L'ouverture sur le capot est purement esthétique, mais, encore une fois, c'est un clin d'oeil au modèle original de 1957.

Un habitacle plus fonctionnel

Même si l'on associe la modularité aux fourgonnettes, Ferrari a voulu sa California plus conviviale grâce à des strapontins arrière pouvant servir à initier de jeunes enfants aux plaisirs des voitures sport. Vous pouvez également choisir de laisser cet espace sans siège pour augmenter l'espace cargo ou encore un seul siège. Il y a même une trappe dans le coffre qui se prolonge aux places arrière pour les sacs de golf ou deux paires de skis — quand même!

À l'avant, la planche de bord est sportive, mais plus raffinée que la 430. On retrouve les trois modes de conduite sur le volant qui offrent plusieurs possibilités de réglages combinés de la boîte de vitesse, de l'amortissement et du différentiel actif. Chose rare chez Ferrari, le volant et les sièges sont réglables électriquement et l'écran de navigation tactile ajoute une touche de luxe.

Le chant du V8

Si le bloc-moteur est similaire à celui de la 430, la California profite d'un alésage plus gros (pour le couple) et de l'injection directe (développée par Bosch), une autre première dans l'histoire de Ferrari. Une solution qui permet de hausser la puissance tout en réduisant la consommation et les émissions polluantes.

Les chiffres font saliver: 460 chevaux et 357 livres de couple, avec des chants aigus culminent à 8000 tours-minute, dans une symphonie qui arrachera une larme aux tifosi et autres passionnés de la marque au cheval cabré. Le réalésage du V8 fait en sorte que le couple est disponible plus tôt et la nouvelle boîte sept vitesses à double embrayage développée en collaboration avec Getrag fait des miracles: il faut seulement 65 millisecondes pour changer de rapport. Notez que cette boîte fera partie à court terme de l'équipement de série de toutes les Ferrari. Contrairement à Porsche qui a conçu sa boîte PDK avec un septième rapport pour l'économie de carburant, celle de Ferrari est tout en puissance: pas de compromis sur la vocation sportive de la voiture. Pour les puristes, Ferrari offrira quelques mois après le lancement au printemps 2009, une boîte manuelle à six rapports qui, selon les prévisions de la maison, ne dépassera pas 10 % des ventes.

308 kilomètres plus tard

Les dieux sont du côté de Ferrari, c'est bien connu... Lors de notre arrivée en Sicile, le ciel était plutôt menaçant, pour s'éclaircir le lendemain, jour de notre essai routier. Gros soulagement... et beaucoup de fébrilité!

Ferrari a voulu faire de sa California une sportive de tous les jours, capable de performances stupéfiantes, tout en offrant un confort digne de ce nom. La California montre ainsi deux personnalités distinctes. Pour la route qui mène au bureau ou la conduite plus relax d'un dimanche matin, vous appuyez simplement sur le bouton auto et vous allez progresser lentement, en douceur, avec un amortissement calibré pour un meilleur confort grâce à sa suspension arrière multibras. En utilisant les palettes au volant en mode manuel, on réveille la cavalerie sous le capot, prête à bondir.

Sur quelques droits de l'Autostrada, nous avons pu monter en régime à près de 250 km/h sans jamais sentir d'essoufflement du moteur. Les freins en carbo-céramique (de série) sont capables d'endurer les pires abus. Une déception cependant au chapitre du train arrière, qui est certes plus confortable, mais aussi plus sous-vireur. Dans les petits villages et les routes de montagne, nous nous sommes surpris à remettre les gaz un peu tôt en sortant d'une courbe pour constater que l'arrière s'esquivait facilement. En mode Sport, l'électronique laisse beaucoup de liberté au pilote et il faudra être certain que les roues sont bien parallèles au bitume avant de remettre la sauce. Ça se maîtrise aisément, mais c'est un peu désagréable.

Conclusion

Maintenant, la question qui tue: combien coûte ce joyau assemblé à la main? Sur le Vieux Continent, Ferrari annonce un prix de base de 180 000 euros pour sa California, et les États-Unis parlent de 200 000 dollars. Au Canada, les prix n'ont pas encore été déterminés, mais nous savons toutefois qu'il s'agira du modèle le plus «abordable» de la famille. Ferrari ne semble pas connaître de crise et a réussi à aller chercher une nouvelle clientèle sans dénaturer son produit. Il faudra cependant être patient, puisque les deux prochaines années de production sont déjà vendues.

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Collaboration spéciale

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FICHE TECHNIQUE FERRARI CALIFORNIA

- Moteur : V8 4,3 L

- Puissance : 460 ch à 7750 tr/min

- Couple : 357 lb-pi à 5000 tr/min

- 0-100 km/h 4,0 s

- Vitesse maximale: 310 km/h

- Consommation : 13,1 l /100 km(donnée constructeur)

- Prix : entre 200 000 et 250 000 $ (estimation)

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