Faisant route en solo, BCE sera prudente avec son argent

À peine remise de l'échec de sa vente au régime ontarien Teachers, la société mère de Bell Canada entend tout mettre en oeuvre pour s'assurer qu'elle dispose des ressources financières nécessaires afin d'honorer ses obligations et de naviguer prudemment dans la tempête qui souffle sur les marchés.

La transaction de 52 milliards est morte mercredi soir lorsque Teachers, le fonds de retraite des enseignants de l'Ontario, s'est retiré en faisant valoir qu'un des critères essentiels — la bénédiction comptable de KPMG au sujet de la future solvabilité de Bell — n'était toujours pas au rendez-vous.

Bien qu'avare de détails, la compagnie a tenté hier d'exposer l'état d'esprit dans lequel elle envisage les prochains mois. Pendant qu'un communiqué livrait quelques informations de nature financière et fixait l'assemblée des actionnaires au 17 février prochain à Montréal, son président, George Cope, faisait la tournée des médias pour peaufiner le message.

Pendant des mois, les actionnaires s'attendaient à recevoir 42,75 $ par action. Pour plaire aux banques qui allaient financer la transaction, BCE avait même accepté de suspendre le dividende sur les actions ordinaires, privant les actionnaires de 600 millions.

Dans la foulée de l'échec de la vente, BCE a annoncé le retour du dividende, soit 36,5 ¢ l'action. Mais plutôt que de verser un montant forfaitaire pour compenser la perte des actionnaires pour la suspension du dividende, elle a annoncé son intention de racheter des actions, précisant hier qu'elle était prête, en fait, à racheter jusqu'à 5 % des titres. Si BCE offrait de les racheter à 25 $ l'unité, cela représenterait une sortie d'argent d'un milliard.

Prudent

Le train de mesures annoncé à l'intention des actionnaires est mince, mais «étant donné le climat actuel, c'est ce qui est prudent», a dit M. Cope à Canadian Press hier.

«Dans un monde où personne n'a de boule de cristal pour lire l'avenir des marchés financiers, nous voulons nous assurer d'avoir la flexibilité maximale pour nos actionnaires et pour les détenteurs d'obligations», a ajouté M. Cope, en poste depuis cet été. Successeur de Michael Sabia, c'est lui qui avait été choisi par Teachers pour diriger la compagnie après la vente.

La dernière assemblée des actionnaires, celle où avait été entérinée la transaction, avait été prise d'assaut par des petits actionnaires extrêmement mécontents de devoir se départir de leurs actions et du généreux dividende.

À la Bourse de Toronto, l'action de BCE a encore reculé hier, glissant de 3,6 % à 21,23 $. Depuis le 26 novembre, lorsque BCE a reconnu publiquement que KPMG était incapable de se prononcer sur sa solvabilité future en raison de son endettement, l'action a chuté de plus de 40 %.

La date de clôture de la vente était fixée au 11 décembre. Or mercredi soir, voyant que KPMG n'allait pas changer son fusil d'épaule, Teachers a signalé à Bell qu'il résiliait son contrat. Bell a accepté, mais exige maintenant que Teachers lui verse une indemnité de 1,2 milliard.

Le problème vient du fait que Teachers et ses deux partenaires américains allaient financer leur acquisition avec un énorme prêt, qu'ils auraient ensuite accroché au bilan de Bell.

Laissée à elle-même, Bell doit maintenant trouver des moyens de satisfaire ses actionnaires — dont les très gros, ceux qui préconisaient la vente de l'entreprise — tout en livrant bataille à ses concurrents. Fortement critiquée pour un service à la clientèle jugé inefficace et une technologie sans fil désuète (CDMA, plutôt que GSM comme Rogers), la compagnie a mis en place en juillet un «plan de 100 jours». Elle a licencié 15 % de ses cadres et tente par tous les moyens de réduire ses coûts pour économiser 400 millions par année.

Initiatives «attrayantes»

Il est convenu que Bell a du pain sur la planche. Elle devra investir massivement sur le plan technologique, mais aussi, elle devra croiser le fer avec les câblodistributeurs, qui font de tout, et les nouveaux joueurs dans le secteur du sans-fil.

«Notre performance d'exploitation améliorée des derniers mois confirme que Bell livre concurrence comme une entreprise de communications efficiente et axée sur les clients», a toutefois affirmé M. Cope dans un communiqué. «Avec cette trajectoire d'affaires en progression constante, nous considérons les initiatives annoncées par BCE aujourd'hui concernant le dividende et le rachat d'actions comme très attrayantes pour nos actionnaires, maintenant et pour l'avenir.»

Choisi par Teachers, M. Cope semble bien en selle pour diriger la compagnie même si elle n'est plus à vendre. «Le conseil d'administration de BCE appuie pleinement la stratégie d'exploitation et d'investissement et l'approche à l'égard des marchés de capitaux mises en oeuvre par notre chef de la direction George Cope et son équipe de direction», a dit dans un communiqué Richard J. Currie, président du conseil de BCE et de Bell Canada.
1 commentaire
  • Jacques Lafond - Inscrit 14 décembre 2008 23 h 20

    Tant mieux

    Tant mieux si Bell ne passe pas aux mains des Ontariens et des Américains. Il s'agit maintenant d'aller chercher une large compensation financière de teachers pour le tort qu'elle a fait à Bell. Il s'agit aussi de récupérer les millions de dollars donnés à l'ancien président de Bell, qui n'a rien trouvé de mieux à faire que de vendre la compagnie.

    Finalement, il s'agit de bien s'assurer que Bell sera administré par des gens bien d'ici, des gens qui auront à coeur le bien de la compagnie, et l'intention de bien garder la compagnie chez nous, ici, au Québec, à Montréal ...