Québec fait un premier pas vers la conciliation travail-famille

Le gouvernement du Parti québécois a donné hier le coup d'envoi à son engagement visant à faciliter la conciliation travail-famille, mais ce qui devait en être le coeur, soit la semaine de quatre jours pour les parents de jeunes enfants, prend l'allure d'un voeu pieux pour l'instant.

Selon les prévisions budgétaires et les crédits déposés hier, Québec injectera 226 millions en trois ans, dont 50 millions pour l'implantation de mesures de conciliation travail-famille sous forme de projets-pilotes. Même si le premier ministre Bernard Landry a beaucoup insisté depuis un mois sur la conciliation travail-famille, qu'il a présentée comme un engagement central de l'action gouvernementale, il s'agit maintenant d'un défi «des prochaines années».

Un programme transitoire

Pour l'immédiat, les PME de 200 employés et moins pourront bénéficier d'un programme transitoire qui permettra de financer les coûts d'élaboration et de diffusion d'un plan d'action pour le personnel. Les dix millions prévus pour l'année 2003-04 et les 20 millions pour chacune des deux années subséquentes ne compenseront en rien la rémunération et les avantages sociaux des employés concernés.

Ces projets-pilotes pourraient consister en la mise en place de la semaine de quatre jours, d'une troisième semaine de vacances, d'une flexibilité accrue dans les horaires de travail, de congés parentaux et même de garderies en entreprise. «Ce sont les premiers éléments d'une offensive plus globale que nous comptons mener au cours des prochaines années», a expliqué la ministre des Finances, de l'Économie et de la Recherche, Pauline Marois.

La proposition d'offrir la semaine de quatre jours sans réduire la protection sociale des employés sera précisée au cours des prochains mois. Si l'idée comporte des avantages selon le gouvernement, notamment ceux d'augmenter la productivité des employés et de diminuer leurs absences, elle ne doit pas reposer sur un modèle unique.

Avec un tel changement, le gouvernement évalue ses pertes de revenus à 11 millions et le coût pour les entreprises à 100 millions. Une famille sur six comptant des enfants de moins de 12 ans pourrait se prévaloir de cette formule à venir, estime le gouvernement.

De la même façon, Québec n'est pas prêt à aller de l'avant avec sa proposition d'ajouter une semaine de vacances. D'ailleurs, les documents budgétaires révèlent que le gouvernement évalue cette idée uniquement en fonction des jeunes parents, une nuance inédite jusque-là. Les modalités restent à être déterminées, de même que les coûts, dont on ignore qui les assumera.

Pour la députée de l'Action démocratique Marie Grégoire, «ce budget ne vient que confirmer que le gouvernement du Parti québécois, d'obsession en obsession, démontre qu'il est fort en discours mais faible en action».

Plus concrètement, Québec instaure un crédit d'impôt pour congé parental pour les travailleurs autonomes. Actuellement, les travailleurs autonomes n'ont accès ni au congé de maternité, ni au congé parental, ni au congé pour adoption, prévus par le régime fédéral d'assurance emploi.

En vigueur à compter de l'année d'imposition 2003, ce crédit d'impôt d'un maximum de 5070 $ équivaudra à 13 % du revenu net d'un travailleur autonome, soit 55 % du revenu net pour 12 semaines. Un total de 5000 travailleurs sont visés par cette mesure qui coûtera 21 millions jusqu'en 2005-06.

Le gouvernement innove également du côté des familles pour encourager la cohabitation avec les parents âgés. Une subvention sera accordée au propriétaire qui fera des travaux d'aménagement, par exemple l'adaptation d'un escalier ou l'agrandissement de la maison, afin d'héberger des parents âgés. Cette subvention, administrée par la Société d'habitation du Québec, sera égale à 50 % des travaux d'aménagement jusqu'à concurrence de 5000 $. Il s'agit d'un investissement de cinq millions en trois ans.

Aussi, le crédit actuel pour l'hébergement d'un parent est transformé en un crédit d'impôt remboursable pour aidants naturels. Son application est élargie et le montant accordé est augmenté de 50 $, atteignant ainsi 600 $. Le crédit d'impôt concerne dorénavant les parents en ligne directe mais aussi, entre autres, le conjoint d'une personne âgée de 70 ans ou plus ou d'au moins 60 ans si celle-ci est atteinte d'une déficiente mentale ou physique grave et prolongée. Ce changement, qui touche 55 000 aidants naturels de plus, nécessite une injection de 34 millions supplémentaires.

Pour ce qui est du réseau de garderies à 5 $ par jour, le gouvernement du Parti québécois annonce une enveloppe de 75 millions destinée à accroître de 38 000 le nombre de places disponibles. D'ici 2005, les centres à la petite enfance devraient pouvoir offrir 200 000 places à 5 $ par jour. «Cela constitue une première façon de concilier les aspirations famille-travail. [...] Depuis que nous avons mis en place la politique familiale en 1997, le budget du ministère de la Famille, de l'Enfance et de la Famille a pratiquement doublé», a précisé le président du Conseil du trésor, Joseph Facal.