Allocution de Robert McTeer, p.-d.g de la Federal Reserve Bank de Dallas - Un dollar canadien est encore utile

Robert McTeer, président-directeur général de la Federal Reserve Bank de Dallas, dont le nom apparaît aussi sur la courte liste des candidats à la succession d'Alan Greenspan, a profité de sa première visite à Montréal pour faire une vigoureuse profession de foi en faveur du libre-échange. Pour dire également que la Banque du Canada fait du bon travail, suggérant du même coup que, tant qu'il en sera ainsi, il ne voit pas pourquoi il serait préférable de laisser tomber le dollar canadien pour adopter celui des États-Unis.

Évidemment, M. McTeer, qui était conférencier invité par l'Institut économique de Montréal, s'est empressé d'ajouter que ce n'était pas de ses affaires de prendre position dans ce débat sur la dollarisation. Spécialiste du taux de change, ayant fait une thèse de doctorat sur ce sujet, M. McTeer a fait valoir en termes généraux que, si un pays possède une banque centrale forte gérant de belle façon un taux de change flottant qui peut servir d'amortisseur (reprenant ainsi le terme utilisé par l'ex-gouverneur Gordon Thiessen quelques heures plus tôt) dans des situations de choc, il vaut mieux conserver cet instrument. En revanche, si un pays n'a pas de banque centrale forte et n'a pas de politique monétaire bien définie, alors il vaudrait peut-être mieux pour lui d'accrocher sa monnaie à une autre plus forte. «Mais je ne vois pas le Canada dans cette situation», a précisé le conférencier.





Protectionnisme ou libre-échange


Sur la question du protectionnisme américain soulevée par un député fédéral présent à cette conférence, qui voulait savoir si la vague de protectionnisme actuelle en était une de fond ou était tout simplement attribuable au contexte électoral d'ici le mois de novembre, M. McTeer a déclaré formellement qu'il était favorable au libre-échange. Il a expliqué aussi que l'avantage des protectionnistes est d'être très visibles, très actifs et de bien cibler leurs attaques, ce qui rend la tâche de contester leurs positions très difficile. «Le protectionnisme est toujours près de la surface, mais je ne crois pas qu'il ait beaucoup augmenté», a-t-il ajouté.


Au cours d'une table ronde sur le thème de la productivité qui a précédé cet exposé, M. Thiessen a soutenu que ce sont les différences dans la productivité entre pays qui affectent le taux de change et non l'inverse. Il a mentionné que le taux de change flottant a permis à l'économie canadienne d'absorber une série de chocs extérieurs depuis plusieurs années, d'une manière qui n'aurait pas été possible sans ces instruments. Comme le Canada a une économie très ouverte et de taille moyenne, il y aura encore souvent de ces chocs extérieurs, d'où l'importance d'avoir des amortisseurs. «Nous avons encore besoin du taux de change, mais ça peu changer avec le temps», a conclu prudemment l'ex-gouverneur.


Serge Coulombe, économiste et professeur à l'Université d'Ottawa, a pour sa part déclaré qu'il ne prenait pas position dans ce débat, sauf pour dire l'importance d'étudier la dollarisation à fond. Pour l'avenir, il faudra, selon lui, surveiller l'adoption de l'euro par la Grande-Bretagne, que favorise Tony Blair. De plus, il y a au Mexique un intérêt pour le dollar américain. Le Canada ne sera-t-il pas enclin à faire comme le Mexique si ce dernier opte pour la monnaie des États-Unis? M. Coulombe constate par ailleurs qu'au Canada, le Québec et l'Ontario sont des importateurs nets de matières premières; il ne voit pour ces deux provinces que des avantages à adopter le dollar américain, ce qui n'est pas le cas des autres provinces.