Emploi - L'Ontario trébuche, le Québec est épargné

Engourdie par la disparition de 71 000 postes, l'économie canadienne a vécu en novembre la plus importante saignée d'emplois depuis la récession du début des années 80, conséquence d'une performance catastrophique de l'Ontario dans le secteur manufacturier. Le Québec, pour l'instant, s'en tire avec un marché du travail stable et un taux de chômage en baisse de 0,1 à 7,1 %.

Statistique Canada a indiqué hier matin que le taux de chômage canadien est passé de 6,2 % à 6,3 %. Celui de l'Ontario, très durement frappé par la tourmente économique au sud de la frontière, a explosé de 0,6 point à 7,3 %, pour rejoindre celui du Québec pour la première fois depuis plus de 30 ans.

«Les chiffres publiés ce matin confirment que le Québec est en meilleure posture que l'Ontario», a écrit une économiste du Mouvement Desjardins, Joëlle Noreau. Elle croit cependant que le Canada dans son ensemble n'est pas du tout à l'abri des troubles américains et que «les prochains mois seront marqués par des pertes d'emplois dans le secteur manufacturier, tant au Québec qu'en Ontario».

De façon plus spécifique, le Québec a gagné 42 000 emplois à temps plein en novembre mais en a perdu 40 000 à temps partiel. Depuis décembre 2007, le nombre d'emplois total a grimpé de 0,2 %, soit environ 9500 postes. Sur la même période, le secteur de la fabrication a connu une hausse de 3,4 %, mais celui des services a régressé de 0,2 %.

De son côté, Stéfane Marion, de la Financière Banque Nationale, a estimé que, si le Québec ne vit pas tout à fait la même situation que son voisin ces jours-ci, c'est que le gros des difficultés manufacturières a déjà eu lieu, notamment avec la montée du dollar, la crise forestière et l'effondrement de l'industrie du vêtement.

Au tour de la Banque du Canada

«Au cours des 11 premiers mois de 2008, l'emploi a progressé de 133 000 [soit 0,8 %], un rythme de croissance plus lent en comparaison avec celui de

361 000 [2,2 %] observé au cours de la même période en 2007», a écrit Statistique Canada.

À lui seul, le secteur de la fabrication a perdu 38 000 emplois en novembre, portant à 388 000 le recul total depuis 2002.

Les économistes de toutes les grandes institutions financières tentaient de prédire hier ce que va décider de faire la Banque du Canada mardi, date à laquelle ses dirigeants doivent se réunir pour réviser le niveau des taux d'intérêt. De manière générale, on s'attend que la banque centrale retranche 50 ou 75 points de base à son taux directeur, l'amenant donc à 1,75 % ou 1,50 %.

Le fait d'abaisser le taux directeur pourrait alléger les coûts d'emprunt pour les entreprises et les particuliers, ce qui en retour pourrait stimuler l'investissement et la consommation, donc l'activité économique.

En sol américain, la Réserve fédérale a abaissé son taux directeur à 1 % le 16 octobre dernier. Sa prochaine décision sera publiée le 16 décembre et n'exclut pas une nouvelle réduction du taux pour tenter de redonner vie à l'économie américaine.

Les données démontrant la faiblesse du marché de l'emploi au Canada surviennent au moment où les États-Unis connaissent eux aussi un passage à vide à ce chapitre et semblent vivre leur pire récession depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Hier, le gouvernement américain a indiqué que la première puissance économique mondiale a perdu 530 000 emplois, uniquement en novembre, du jamais vu depuis la récession qui a sévi en 1974. Le taux de chômage s'est élevé à 6,7 %, un sommet depuis 18 ans.

L'Ontario fragile

«La vitesse à laquelle le taux de chômage augmente dans la plus grande province [l'Ontario] est semblable à celle des États-Unis, signe de grande fragilité», a dit Sébastien Lavoie, économiste à la Banque Laurentienne.

«Resserrement du crédit, récession en cours, perspectives des ventes pour 2009 peu encourageantes... il est facile de voir pourquoi de plus en plus d'entreprises canadiennes semblent réduire leur production et, par le fait même, leurs effectifs. Cette détérioration du marché du travail commence à peine», a ajouté M. Lavoie.

Pour illustrer la souffrance du secteur manufacturier ontarien depuis 2002, lorsque le dollar canadien a entamé sa longue ascension vers la parité avec le dollar américain, Statistique Canada a rappelé que le manufacturier représentait à l'époque 18,2 % de l'emploi en Ontario. Aujourd'hui, il se situe à seulement 13 %.

Au Québec, l'emploi dans le secteur de la fabrication a augmenté de 10 000 postes en novembre et de 4,7 % depuis un an, selon l'agence fédérale.

«La majeure partie de la restructuration du secteur manufacturier québécois a eu lieu il y a deux ou trois ans, à cause du dollar canadien et du marché de l'habitation qui se calmait, a dit M. Marion. Le Québec écopait beaucoup plus à l'époque, alors que là c'est l'Ontario, en raison de sa dépendance au secteur automobile, entre autres.»

Crise automobile

Par exemple, General Motors a annoncé hier qu'elle allait supprimer 700 postes de plus en février à son usine d'Oshawa, sur les berges du lac Ontario. L'intention d'assembler des transmissions à l'établissement de St. Catharines, en Ontario, a elle aussi été repoussée à plus tard.

Depuis plusieurs mois, l'industrie automobile en Ontario, fortement subventionnée, traverse une crise majeure qui s'est soldée par la perte de plusieurs centaines d'emplois dans un contexte où les constructeurs américains voient leurs ventes piquer du nez.

Selon les plus récentes données, les ventes de véhicules au Canada en novembre ont plongé de 10 % par rapport à 2007, du jamais vu depuis 2003. En sol américain, la baisse, qui frappe non seulement les constructeurs de Detroit mais aussi les autres, s'est chiffrée à 37 %.

La Financière Banque Nationale a fait remarquer hier que le taux de chômage ontarien dépasse d'un point de pourcentage complet celui du reste du Canada, ce qui n'était jamais arrivé auparavant. «L'évolution de cet écart au cours des prochains mois dépendra du sort du secteur automobile», a dit M. Marion.

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