La Royale a engrangé 4,5 milliards

Le président de la Banque Royale, Gordon Nixon, a avoué que l’extrême volatilité des marchés financiers et le repli de l’économie mondiale» ont posé des défis à l’institution.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le président de la Banque Royale, Gordon Nixon, a avoué que l’extrême volatilité des marchés financiers et le repli de l’économie mondiale» ont posé des défis à l’institution.

La Banque Royale du Canada déclare pour l'exercice financier terminé le 31 octobre dernier un bénéfice net en baisse de 17 %, ou de 937 millions, ce qui le ramène à 4,5 milliards. La plus grande banque canadienne n'échappe donc pas à la tornade que traverse le monde des institutions financières. Ses revenus ont chuté de 4 % pour tomber à 21,5 milliards, le bénéfice par action est passé de 4,19 $ à 3,38 $, le rendement des capitaux propres attribuables aux actionnaires ordinaires a perdu 660 points de base pour se retrouver à 18 %. Seul le ratio du capital de première catégorie, à 9 %, est demeuré supérieur à l'objectif prévu en début d'exercice.

En publiant ses résultats financiers hier, la Banque Royale explique la situation en avançant des arguments invoqués par toutes les autres banques canadiennes depuis deux semaines. Dans le cas de la Royale, on annonce la comptabilisation de réductions de valeur de 2,78 milliards avant impôts et la hausse de la dotation à la provision pour pertes sur créances, hausse liée principalement à ses services bancaires aux États-Unis. Ces facteurs ont été en partie neutralisés par des gains de 533 millions découlant d'ajustements à la valeur des titres de créance de RBC et par la réduction de 542 millions de la provision au titre du litige lié à Enron.

Gordon Nixon, président et chef de la direction, a commenté ces résultats dans les termes suivants: «L'extrême volatilité des marchés financiers et le repli de l'économie mondiale ont posé des défis pour les banques à l'échelle mondiale. Bien que nous n'ayons pas pu nous soustraire aux conditions difficiles du marché, nous avons pu composer avec ces perturbations grâce à notre stratégie disciplinée, à notre gestion rigoureuse des risques, à notre solide bilan financier et à nos activités diversifiées.» Pour le quatrième trimestre, cette banque a vu son bénéfice net fondre de 15 %, passant de 1,3 milliard l'an passé à 1,1 milliard cette année.

Les six grandes banques

Une compilation des résultats des six plus grandes banques canadiennes pour l'exercice 2008 montre que leur bénéfice net a régressé de 38,2 %, passant de 19,7 milliards en 2007 à 12,18 milliards cette année, soit un recul de 7,5 milliards.

Toutes affichent un recul de leur bénéfice net, à l'exception de la Banque nationale dont le bénéfice net a crû de 43,4 % cette année, ce qui s'explique par le grand nettoyage qu'elle a fait à son bilan dans le quatrième trimestre de l'exercice précédent. Le pire résultat, cette année, est celui de la CIBC qui, après un bénéfice net de 3,3 milliards l'an passé, se retrouve cette année avec une perte nette de 2,1 milliards, soit une détérioration de 164 %. La Banque Scotia a déclaré un bénéfice net de 3,8 milliards, en baisse de 22,5 %. Les banques TD et CIBC ont respectivement enregistré un recul de 8,5 % et 7,2 %.

Au quatrième trimestre, le bénéfice net combiné des six banques atteint 3,5 milliards, contre 4, soit un recul de 23,6 %. C'est la Scotia qui affiche la baisse la plus importante, 67 %, son bénéfice net passant de 954 millions à 315 millions. La CIBC la suit de près avec un recul de 50,7 %, son bénéfice net étant tombé à 436 millions. Dans le cas de la Banque Nationale, il y a une amélioration de 140 %, puisqu'elle avait enregistré une perte de 175 millions l'an passé et affiche cette année un gain de 70 millions.

Bref, l'ensemble de ces résultats montre bien que la crise financière est bien réelle et affecte toutes les banques canadiennes, même si elles sont parmi les plus solides au monde. En fait, la plupart des institutions financières au Canada sont affectées directement ou indirectement. On pense entre autres aux papiers commerciaux adossés à des actifs, qui ne peuvent être vendus et continuent d'alourdir de nombreux bilans, notamment celui de la Caisse de dépôt.

En publiant ses résultats financiers hier, la Banque Royale ne fait vraiment rien miroiter quant à la possibilité d'une reprise rapide des activités financières. Elle mentionne que l'économie canadienne est probablement entrée en récession au dernier trimestre 2008, et elle prévoit un taux de croissance en 2009 de seulement 0,3 %, en raison de la baisse de la demande sur le marché intérieur, c'est-à-dire un ralentissement des dépenses de consommation reflétant un faible repli sur les marchés de l'emploi et de l'habitation. La banque n'a évidemment aucune crainte en ce qui concerne les pressions inflationnistes et s'attend même à ce que la Banque du Canada abaisse son taux directeur à 1,75 % avant la fin de l'année; ce taux est présentement à 2,25 %.

En outre, la Royale prévoit une croissance négative de 1 % de l'économie américaine en 2009. Pis encore, elle s'attend à une détérioration de la conjoncture économique et pense que la volatilité des marchés financiers continuera à freiner la consommation et les dépenses des entreprises, ce qui devrait intensifier la récession aux États-Unis. La Réserve fédérale devrait bientôt porter son taux directeur à 0,5 %; celui-ci est présentement à 1 %.

Le repli des économies mondiales, selon la Royale, sera plus prononcé en 2009, particulièrement dans la zone euro, en raison du ralentissement continu des économies d'outre-mer. Les économies émergentes, en particulier la Chine, devraient connaître un taux de croissance très modéré, à cause de l'incertitude des marchés financiers et de la conjoncture de récession dans les pays industrialisés.

À moyen terme (trois à cinq ans), la Royale s'attend à des changements d'ordre cyclique et structurel plus importants au sein de l'industrie des services financiers, notamment des coûts de financement plus élevés, une hausse des niveaux de capital, l'incidence du désendettement des bilans et la réalisation de taux de pertes supérieurs à la moyenne par rapport aux taux planchers historiques enregistrés récemment.

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