Stornoway précise son projet de mine de diamant

Environ 12 000 carats de diamant ont été extraits depuis le début des travaux d’exploration.
Photo: Environ 12 000 carats de diamant ont été extraits depuis le début des travaux d’exploration.

Telle qu'évaluée en fonction de ses réserves, la mine de diamant que songe à construire la société Stornoway dans le nord du Québec, près des monts Otish, n'aurait qu'une durée de vie de six ans, mais le promoteur veut sonder le gisement davantage pour voir s'il peut l'étirer à dix ans.

Le projet d'exploration, en marche depuis plusieurs années déjà, est une coentreprise à parts égales avec SOQUEM, une filiale de la Société générale de financement (SGF). Il est situé à environ 300 kilomètres au nord de Chibougamau, dans la région des monts Otish.

Mais Stornoway, une société de Vancouver qui agit comme maître d'oeuvre, donne de plus en plus de détails au sujet du projet et a récemment avancé que la mine, si construite, pourrait entrer en production dès 2012 ou 2013. Les coûts de construction s'élèveraient à 308 millions.

«Avant de prendre une décision au sujet de la construction d'une mine, nous voulons nous assurer que les réserves sont d'au moins dix ans. Nous pensons que cela est faisable. Lorsqu'on amorce la production d'une mine, on cherche toujours à prolonger sa vie», a dit le président de Stornoway, Matt Manson, lors d'un entretien cette semaine. Pour l'instant, il est encouragé par le déroulement du processus d'évaluation et la qualité des diamants.

Stornoway a souvent dit que le plan de mine combine une exploitation à ciel ouvert par sous-niveau et une exploitation souterraine en chambre ouverte.

Les diamants puisés dans le sol québécois seraient revendus sur le marché du luxe — autrement dit, l'industrie des bijoux — et non pas celui des usages industriels. M. Manson a dit que, si la crise financière empêche Wall Street de s'acheter des BMW, les courtiers «continuent quand même de se fiancer».

Environ 12 000 carats de diamant ont été extraits depuis le début des travaux, et l'an dernier Stornoway en a découvert un de 21 carats.

En guise de comparaison, l'énorme mine Diavik, dans les Territoires du Nord-Ouest, a commencé la production en 2003 et compte aller au-delà de 2020.

La route 167

Si l'entreprise hésite entre 2012 et 2013, c'est qu'il n'y a présentement aucune route entre le site du gisement et la civilisation. L'accès se fait présentement par avion l'été, et se ferait par une route de glace l'hiver. Un accès quatre saisons, par route, réduirait de 8 % les coûts d'exploitation.

La compagnie se réjouit toutefois du fait que le gouvernement Charest planche sur un nouveau parc national dans ce secteur (le parc Albanel-Témiscamie-Otish), ce qui, logiquement, s'accompagnerait d'une route. Cette route serait donc à la disposition des amateurs de plein air mais aussi des entreprises de ressources naturelles. «Quatre projets miniers [dont un d'uranium] bénéficieraient de cette route», a dit M. Manson.

En temps normal, la construction d'une route minière est prise en charge par le promoteur. Or, dans ce cas-ci, la construction d'une route dans le contexte d'un parc national fait dire à l'industrie que le gouvernement devrait payer la note. Une étude de faisabilité de 900 000 $ est en cours, dont une tranche de 262 000 $ est prise en charge par Québec.

Dans un communiqué publié en septembre 2007, le ministère des Transports et celui des Affaires municipales écrivaient que «la Ville de Chibougamau et la communauté crie de Mistissini envisagent positivement le prolongement de la route 167 puisque cela augmentera les retombées locales et régionales».

«Il s'agit ici d'un projet de route multiressource qui aura un impact majeur sur le développement futur de la région. Rappelons l'immensité de la région du Nord-du-Québec qui, avec ses 840 000 km2, représente pas moins de 55 % du territoire du Québec et recèle un large potentiel de développement économique. Un tel lien routier est un exemple de projet rassembleur puisqu'il réunit les partenaires de tout horizon et permet le développement de ce potentiel dans un souci de développement durable», avait affirmé la ministre des Transports, Julie Boulet.

Les écologistes

Les groupes écologistes, qui comptent se présenter lors des éventuelles audiences publiques portant sur la route, notent toutefois qu'il y a plusieurs choses à considérer lors de la construction d'une route qui traverse un parc national.

«On chercherait à diminuer la longueur de la route à l'intérieur du parc et on se pencherait aussi sur la charge maximale des camions et leur vitesse», a dit Mélanie Desrochers, responsable de la commission des aires protégées chez Nature Québec. «On reconnaît la nécessité d'un accès, mais ça ne peut pas être une route comme toutes les autres.»

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