Un syndicat automobile qui vit des heures sombres

Ron Gettelfinger écoute le témoignage des patrons américains de l’automobile devant le Congrès.
Photo: Agence Reuters Ron Gettelfinger écoute le témoignage des patrons américains de l’automobile devant le Congrès.

Detroit — Ron Gettelfinger, patron charismatique du syndicat automobile UAW, a connu bien des luttes au cours de sa carrière, mais assiste aujourd'hui impuissant à la chute d'un secteur jadis à la pointe du progrès social aux États-Unis.

L'ancien ouvrier spécialisé qui montait des châssis à la chaîne est désormais aux côtés des patrons des grands constructeurs automobiles, venus implorer les membres du Congrès pour qu'ils financent le sauvetage d'une industrie qui emploie, directement ou indirectement, un ouvrier sur 10 aux États-Unis.

L'union sacrée avec les patrons des «Big Three» de Detroit (les «trois grands», General Motors, Ford et Chrysler) est imposée par les circonstances, alors que le secteur fait face à sa plus grave crise depuis l'invention de l'automobile. «Regardez les millions d'emplois qui vont disparaître dans ce pays si nous perdons cette industrie», soulignait mercredi M. Gettelfinger, 64 ans, silhouette athlétique et fine moustache, qui fait volontiers l'impasse sur les pots avec les camarades pour passer plus de temps en famille.

Il a toujours affirmé que les syndicats sont les seuls à pouvoir garantir un niveau de vie décent à la classe ouvrière, dans un pays où il ne cesse de s'éroder, sauf pour les plus riches.

Un rêve qui sombre

Mais depuis son bureau au siège de l'UAW, qui surplombe la rivière de Detroit, il a été aux premières loges pour voir sombrer le rêve américain des cols bleus.

Grâce à son pouvoir de déclencher des grèves massives, l'UAW était arrivé dans les années 1930 et 1940 à obtenir pour ses adhérents de bonnes conditions salariales qui se sont traduites par l'émergence d'une véritable classe moyenne des ouvriers de l'automobile aux États-Unis.

Mais les suppressions de postes se sont comptées par centaines de milliers et les fermetures d'usines se sont succédé ces dernières années, et les syndicats sont désormais priés de participer à l'effort collectif.

Et l'UAW, qui représente 139 000 travailleurs actifs, est souvent critiqué pour le niveau élevé des retraites et de la couverture maladie que les prédécesseurs de M. Gettelfinger ont obtenu pour leurs adhérents, des coûts considérés comme un lourd handicap face à la concurrence.

Mercredi, le syndicat a tenu une réunion d'urgence pour réfléchir aux efforts qu'il était prêt à faire pour éviter qu'un, voire plusieurs, des «Big Three» ne dépose son bilan. «Nous sommes prêts à faire un pas supplémentaire», notamment en acceptant des modifications des conventions d'entreprises, a dit M. Gettelfinger, qui ne s'est pas non plus opposé catégoriquement aux suppressions d'emplois. «C'est une question que nous allons devoir régler», a-t-il dit.

C'est en 1964 que Ron Gettelfinger a démarré sa carrière syndicale, avant d'obtenir un diplôme de comptable en 1976. Il est arrivé à la tête de l'UAW en 2002 et s'en est souvent pris à la concurrence des constructeurs japonais, y compris ceux qui emploient des ouvriers dans leurs usines américaines mais qui refusent la syndicalisation de leurs employés et sont loin de leur accorder les mêmes avantages sociaux que les constructeurs de Detroit.

Aujourd'hui, alors qu'il voit le secteur péricliter, M. Gettelfinger est triste de constater le peu d'empressement du gouvernement fédéral à financer le sauvetage de ce qu'il considère comme «la colonne vertébrale de notre économie».

Car, même si les beaux jours sont depuis longtemps terminés, il reste persuadé qu'«on peut encore faire repartir cette industrie».

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