Les Bourses regagnent du terrain

Un grand nombre de marchés boursiers, à l'exception de la Bourse de Toronto, ont regagné hier un peu du terrain perdu la veille, alors que tout le monde continue de se demander quelles seront la durée et la gravité de la récession économique en cours.

L'indice Dow Jones a rebondi de 270 points à Wall Street en clôturant à 8419,09 points, soit 3,31 % de mieux que la veille où il avait chuté de 7,7 %. Plus représentatif parce que reposant sur un plus large et un meilleur échantillon, l'indice Standard & Poor's 500 a aussi repris presque 4 % (32 points) en concluant la journée à 848,81 points.

Les Bourses européennes ont suivi la même trajectoire, Francfort reprenant 3,12 % par rapport à la veille, Paris 2,35 % et Londres 1,45 %. N'ayant pas encore eu le temps de réagir au difficile début de semaine de leurs homologues américaine et européennes, les Bourses asiatiques ont de leur côté sévèrement piqué du nez, Tokyo cédant 6,35 %, et Hong Kong, 4,98 %.

La Bourse de Toronto n'a pas réussi, quant à elle, à freiner complètement sa glissade de la veille. Entraîné hier par un recul des titres des banques qui était plus fort que la remontée des valeurs des secteurs de l'énergie et de l'or, l'indice S&P/TSX a clôturé à 8327,81 points, soit 78,40 points (0,93 %) de moins que lundi qui avait été une très mauvaise journée avec un repli de 9,3 %. Le dollar canadien a accusé le coup en perdant 0,37 ¢US et en repassant sous la barre des 80 ¢US (79,84 ¢US).

Incertitude

Toutes ces sautes d'humeur des marchés boursiers trahissent une grande incertitude quant à la gravité et à la durée des crises financière et économique en cours dans le monde.

La récession s'annonce plus sévère qu'on le pensait encore il n'y a pas si longtemps, a constaté à son tour la Banque Laurentienne dans une étude dévoilée hier. L'ensemble de l'année 2009 devrait même se conclure par un recul de 1,2 % de l'économie américaine, prédit-elle. Le repli économique devrait être moins important, mais tout aussi réel au Canada (-0,5 %) et au Québec (0,3 %), prévient-elle.

La dégringolade boursière de lundi avait été causée à Wall Street par l'annonce d'une série de mauvaises nouvelles, dont la confirmation officielle de l'entrée de l'économie américaine en récession depuis le mois de décembre de l'année dernière. Le président de la Réserve américaine, Ben Bernanke, en avait profité pour annoncer que la banque centrale comptait bien continuer d'injecter des liquidités dans l'économie afin d'aider à dégeler le marché financier. Cette action, a-t-il dit, pourrait prendre la forme d'une nouvelle baisse de son taux directeur, qui est déjà actuellement à seulement 1 %, mais pourrait passer par de nombreux autres moyens, dont l'achat de bons du Trésor à long terme et l'apport de nouvelles facilités de garantie.

Confrontés eux aussi à la récession, les gouvernements européens et leurs banques centrales ont également mis en place de telles politiques. L'embellie d'hier sur les places boursières européennes était notamment attribuable au fait que l'on s'attende à ce que la Banque centrale européenne baisse cette semaine de 0,50 ou 0,75 point de pourcentage son taux directeur, actuellement fixé à 3,25 %.

Ces actions musclées des banques centrales, qui doivent s'accompagner de plans de relance économique de centaines de milliards des gouvernements, s'expliquent par la gravité de la crise financière mondiale et la peur des pays de voir leurs économies connaître le même sort que le Japon dans les années 90, c'est-à-dire basculer dans une déflation dont il serait ensuite extrêmement difficile de se sortir.

Déflation ou inflation?

«La priorité absolue doit aller à faire repartir le système», estime Maurice Marchon, professeur d'économie appliquée à HEC Montréal. Plus la récession se prolonge, et plus il sera difficile d'en sortir».

Les banques centrales, notamment la Réserve fédérale américaine, ont su jusqu'à présent déployer une belle imagination pour convaincre les banques et autres institutions financières de se remettre enfin à prêter de l'argent aux entreprises et aux consommateurs, observe Martin Lefebvre, économiste principal au Mouvement Desjardins. En attendant que ces milliards en nouvelles liquidités fassent effet, les gouvernements doivent eux aussi pousser à la roue. «Les entreprises et les consommateurs pourraient bien profiter de la crise pour réduire leur propre niveau d'endettement, observe-t-il. C'est une raison de plus pour que les gouvernements fassent le contraire, sinon on court à la catastrophe.»

Est-ce que tous ces milliards injectés dans l'économie ne risquent pas, lorsqu'ils auront commencé à faire effet, de ramener l'inflation au galop et d'amener l'apparition des nouvelles bulles spéculatives? «En théorie, oui, admet Martin Lefebvre. Mais compte tenu de l'ampleur de la récession et du retard de croissance qu'elle amène, on aura le temps pour voir venir le problème et adopter des politiques plus restrictives.»

L'économiste Maurice Marchon abonde en ce sens. «Si l'on a su aussi rapidement mettre en place des moyens de stimuler le secteur financier, on saura les retirer tout aussi vite lorsque l'on sentira monter un nouveau vent d'exubérance.» De plus, des leçons auront été tirées de la crise, pense-t-il. Les pouvoirs publics ne permettront plus les dérapages du passé.

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