Automobile - La faillite des trois grands n'est «pas envisageable»

Washington — La présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, a estimé hier qu'une faillite des constructeurs automobiles américains n'était pas «envisageable», estimant que la «façon de procéder» était une ligne de crédit à court terme.

«Je crois qu'une intervention [en faveur de Ford, General Motors et Chrysler] va avoir lieu, soit de la part de l'administration, soit par la voie législative», a déclaré Mme Pelosi lors d'une conférence de presse au Capitole. «Je crois qu'il est clair qu'une [mise sous la protection de la loi sur les] faillites n'est pas envisageable: ce qu'elle permet en un an, nous pouvons y arriver en quelques semaines, c'est pour cela que la façon de procéder est une ligne de crédit à court terme», a-t-elle affirmé.

«Je ne pense pas que quiconque veuille voir la faillite» de l'industrie automobile, a-t-elle ajouté. Elle a indiqué qu'il était notamment essentiel que les constructeurs révisent leur modèle économique et le système de rémunération. Les constructeurs doivent notamment proposer des modèles plus économiques.

Mme Pelosi a assuré qu'elle avait bien reçu les plans de redressement des trois grands constructeurs automobiles, mais qu'elle n'avait pas encore eu le temps de les examiner en détail.

General Motors

Le constructeur automobile américain General Motors a présenté hier les grandes lignes du plan de restructuration exigé par le Congrès, auquel il demande jusqu'à 18 milliards $US de financements publics, dont 12 milliards pour éviter un dépôt de bilan l'an prochain. Le groupe, considéré comme le plus menacé des trois constructeurs automobiles nationaux par une crise de liquidités à court terme, a détaillé sur son site Internet les points-clés de son plan de restructuration.

Le groupe pense redevenir rentable une fois son plan de restructuration mené à bien et à condition que le marché nord-américain se situe au niveau de 12,5 millions à 13 millions de véhicules vendus par an. GM estime que le marché pourrait tomber à 12 millions d'unités en 2009. GM prévoit de commencer à rembourser ses financements à partir de 2011 et d'avoir tout remboursé «d'ici 2012».

Dans la foulée, le constructeur a lancé une réflexion sur l'avenir de ses marques Saab et Saturn, car il souhaite concentrer ses efforts sur le développement de ses marques phares, a-t-il indiqué hier. GM, qui est souvent critiqué pour le trop grand nombre de ses marques, avait déjà mis en vente, sans succès jusqu'ici, sa marque de gros 4x4 Hummer. «Aux États-Unis, GM va concentrer ses efforts de développement des produits et de marketing sur quatre marques centrales: Chevrolet, Cadillac, Buick et GMC», a ajouté le groupe. Saturn a représenté depuis le début de l'année 6,4 % des ventes mondiales du groupe, et Saab, seulement 0,7 %.

GM prévoit également de supprimer jusqu'à 31 500 emplois supplémentaires en Amérique du Nord à l'horizon 2012.

Ford

Pour sa part Ford a présenté un plan de restructuration afin d'obtenir une ligne de crédit de neuf milliards $US, incluant un salaire annuel de 1 $US pour son p.-d.g. et de nouvelles concessions syndicales. Ford réclame une ligne de crédit d'un montant de neuf milliards de dollars, auquel il ne toucherait qu'en cas de besoin. Mais le groupe, considéré comme le moins mal en point des trois grands, a souligné «avoir espoir de réussir sa restructuration sans toucher au crédit que le Congrès déciderait de débloquer».

Du côté de ses dépenses, Ford a précisé être «actuellement engagé dans des discussions avec le syndicat de branche UAW dans l'objectif de réduire encore sa structure de coûts». Le p.-d.g. Alan Mulally, qui avait perçu 28 millions $US de rémunérations l'an passé, s'est dit prêt à toucher 1 $US symbolique de revenus par an.

Du côté de sa gamme, Ford a promis d'investir 14 milliards en nouvelles technologies pour accélérer la sortie de véhicules propres, et notamment des voitures tout électriques à partir de 2010.

Chrysler

Enfin, Chrysler a indiqué dans son plan de restructuration qu'il n'allait pas survivre sans aide publique, mais qu'il comptait sur l'amélioration de sa gamme pour assurer la viabilité du groupe. Chrysler a chiffré à 2,5 milliards $US sa trésorerie disponible à la fin de l'année, deux semaines après avoir indiqué qu'il allait consommer en 2009 cinq à sept milliards de dollars de liquidités. Ces chiffres ont fait dire au groupe que «sans une rallonge en capital, la liquidité de Chrysler pourrait tomber sous le niveau nécessaire pour assurer l'avenir de la société lors du premier trimestre 2009».

En chute

Le marché automobile américain a encore lourdement dégringolé en novembre, avec des chutes des immatriculations supérieures à 30 % pour les principaux constructeurs, qu'ils soient américains ou étrangers, sous l'effet d'une crise économique qui s'intensifie chaque jour. Les analystes du cabinet spécialisé Edmunds, l'une des références pour le secteur, tablaient sur une baisse globale du marché de 27,6 % sur un an.

Avec environ 430 000 véhicules vendus le mois dernier, le marché américain a enregistré sa «pire performance en 50 ans si l'on prend en compte l'évolution démographique», a souligné le numéro un américain General Motors. GM a fait état d'un plongeon de 41 % de ses ventes par rapport à leur niveau de novembre 2007, Ford de 30 %, Chrysler de 47 %. Les japonais Toyota et Honda ont publié des reculs de respectivement près de 34 % et 32 %.

Les trois grands de Detroit ont blâmé en premier lieu l'environnement économique pour ces chiffres désastreux, même si la direction de Ford a concédé qu'«il existe un ensemble de facteurs» derrière cette baisse. «Il serait injuste de ne citer que la crise économique», a-t-elle ajouté.

D'après l'Agence France-Presse

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