La Financière Manuvie doit se recapitaliser

En octobre, lorsque l'action oscillait autour de 30 $, la Financière Manuvie estimait qu'elle n'avait pas à lever de capital. Aujourd'hui, avec une action à moins de 20 $, la détérioration accélérée des marchés financiers ces deux derniers mois force le plus important assureur au pays à émettre pour plus de deux milliards de dollars en nouvelles actions ordinaires.

À la mi-octobre, lors de l'annonce de l'inscription d'une charge de 250 millions devant amputer ses résultats du troisième trimestre, le président de la Société Financière Manuvie (SFM) insistait pour dire que l'institution était bien capitalisée. «Nous n'avons pas l'intention de lever du capital», déclarait Dominic D'Alessandro à des analystes financiers. L'action de Manuvie remontait alors à 30,50 $. Aujourd'hui, près de deux mois plus tard, Manuvie annonce procéder à une émission de 2,13 milliards de dollars d'actions ordinaires, à un prix unitaire de 19,40 $. «Au cours de la période de deux mois terminée le 30 novembre 2008, les marchés boursiers ont chuté de 21 % au Canada, de 23 % aux États-Unis et de 24 % au Japon», a rappelé hier le plus important assureur au pays.

Ainsi, huit investisseurs institutionnels ont accepté de se porter acquéreurs de 1,23 milliard de dollars d'actions sous la forme d'un placement privé. L'autre milliard est l'objet d'une prise ferme dans le cadre d'un appel public à l'épargne. Cette prise ferme pourrait passer à 1,15 milliard si les options octroyées au syndicat souscripteur sont levées. Dans les deux cas, les actions sont offertes au prix unitaire de 19,40 $, soit 5 % de moins que le cours de fermeture lundi et 52 % inférieur à celui du début d'octobre.

Des tensions sur les marchés

Dans un sens plus large, Manuvie a fait référence aux chutes inégalées des marchés boursiers mondiaux qui, pendant la période de 11 mois terminée le 30 novembre 2008, ont reculé de 33 % au Canada, de 39 % aux États-Unis et de 45 %, en moyenne, en Asie. Déjà, à la mi-octobre, l'institution avertissait que ces tensions sur les marchés rendaient trop onéreuses les opérations de couverture de ses risques. Hier, elle soulignait qu'elle prévoit augmenter les provisions relatives aux garanties des rentes à capital variable pour les porter à quelque cinq milliards au 31 décembre 2008, ce qui représente une hausse par rapport à leur niveau de 526 millions au début de l'exercice. «La SFM prend cette mesure même si les arrérages potentiels payables au titre de ces garanties seraient versés dans 7 à 30 ans», a-t-elle souligné.

«Par conséquent, si les marchés boursiers demeurent dans leur état actuel, il est attendu que les provisions pour rentes à capital variable soient augmentées d'environ 2,7 milliards, ce montant étant enregistré au quatrième trimestre. Principalement à cause de l'augmentation prévue des provisions relatives aux rentes à capital variable, mais aussi en raison de l'incidence de l'effondrement des marchés boursiers sur les placements et autres sources de revenus, une perte d'environ 1,5 milliard est prévue au quatrième trimestre», a ajouté l'institution, qui prévoit ainsi enregistrer une première perte trimestrielle de son histoire.

Toujours en supposant que la détérioration des marchés ne se poursuivra pas en décembre, Manuvie pense terminer l'exercice 2008 avec un bénéfice net de 900 millions, contre 4,23 milliards en 2007. «Il est important de noter que l'augmentation des provisions représente une charge sans effet sur la trésorerie, qui a été estimée comme si la détérioration des marchés boursiers était permanente. Bien qu'elle soit conservatrice, cette façon de faire nous assure d'avoir un bilan solide», a fait remarquer M. D'Alessandro. «Si les marchés se redressent, comme on peut s'y attendre, ces provisions seront portées aux résultats.»

Crédit

En parallèle à l'émission d'actions ordinaires, Manuvie a renégocié à la baisse ses facilités de crédit structurées le mois dernier auprès de banques canadiennes. Cette facilité passe de trois à deux milliards. «Compte tenu des 2,13 milliards de dollars d'actions ordinaires, de la facilité de crédit restante s'élevant à deux milliards et de l'état des marchés boursiers mondiaux à la fin de novembre 2008, le ratio du capital consolidé (ou ratio du montant minimal permanent requis pour le capital et l'excédent), pro forma de l'entreprise se situe à environ 235 %, soit l'un des niveaux les plus élevés de son histoire», peut-on lire, dans le communiqué.

Au 30 septembre 2008, les fonds gérés par la Financière Manuvie et ses filiales se chiffraient à 385,3 milliards de dollars.

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