Bisbille entre Quebecor et Quebecor World

La décision de Quebecor World d'acheter une nouvelle presse pour l'impression d'encarts publicitaires a fait sortir de leurs gonds les dirigeants de Quebecor.

Quebecor Media, filiale de Quebecor, a même présenté une requête en Cour supérieure du Québec dans le but d'empêcher cette transaction, affirmant que celle-ci allait lui causer des «dommages sérieux».

Entente verbale

L'objet du litige remonte au début 2005, alors que Quebecor Media et Quebecor World faisaient toutes deux partie du groupe Quebecor. En vertu d'une entente verbale convenue entre les deux entreprises, Quebecor World devait utiliser 90 % de la capacité excédentaire de l'Imprimerie Mirabel, construite par Quebecor Media pour y produire les quotidiens Le Journal de Montréal et Ottawa Sun, de même que des hebdomadaires.

En retour, Quebecor World devait verser 29 millions pour les 36 premiers mois de l'entente, selon une lettre d'entente rédigée en septembre 2007.

Or, Quebecor World n'a jamais signé la lettre d'entente. En janvier 2008, l'imprimeur commercial s'est mis à l'abri de ses créanciers et Quebecor a rompu tous les liens avec lui.

Pour Quebecor Media, l'entente verbale demeurait néanmoins valide puisque les deux entreprises ont convenu, en octobre 2007, de réaliser à l'Imprimerie Mirabel l'impression d'annuaires de la firme américaine Yellow Book pour le compte de Quebecor World. Le hic, c'est que le contrat a été résilié en octobre 2008.

Dans sa requête, Quebecor Media soutenait que l'achat d'une nouvelle presse par Quebecor World, au coût de plusieurs millions de dollars, allait l'empêcher de «maximiser les revenus provenant de ses propres presses».

Quebecor Media déboutée

Dans une décision rendue le 21 novembre, le juge Robert Mongeon a débouté Quebecor Media et a autorisé Quebecor World à acquérir la presse.

Un tribunal américain a fait de même pour deux autres presses destinées à des imprimeries situées aux États-Unis. Le tout a coûté environ 50 millions $US à Quebecor World. Quebecor Media avait payé 51 millions $US au même fabricant américain (Manroland) pour ses propres presses de l'Imprimerie Mirabel.

Le juge Mongeon a statué que la décision de Quebecor World de ne pas signer la lettre d'entente avait pour effet d'annuler l'entente verbale de 2005. Et même si celle-ci était demeurée en vigueur, rien d'empêchait Quebecor World d'acquérir ses propres presses, a-t-il tranché.

Des chemins séparés

Cette dispute n'est qu'un signe de plus que Quebecor World et Quebecor prennent des chemins séparés. Cet automne, l'imprimeur a déménagé son siège social hors de l'édifice qui abrite celui de Quebecor.

En janvier, le conglomérat montréalais avait annoncé qu'il retirait à Quebecor World le droit d'utiliser la raison sociale «Quebecor», dans le but «d'éliminer toute confusion dans l'esprit des gens». La requête est restée lettre morte jusqu'à présent.

L'action de Quebecor a clôturé hier à 15,85 $, en baisse de 3 %, alors que celle de Quebecor World a terminé la séance à 5 ¢, en baisse d'un demi-cent, à la Bourse de Toronto.

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