Le verdict est tombé: les États-Unis sont en récession

Un courtier de Wall Street fait une pause. Les places boursières ont piqué du nez hier, sous le coup de nombreuses mauvaises nouvelles économiques. À Toronto, notamment, le TSX a connu sa pire performance depuis octobre 2007.
Photo: Agence Reuters Un courtier de Wall Street fait une pause. Les places boursières ont piqué du nez hier, sous le coup de nombreuses mauvaises nouvelles économiques. À Toronto, notamment, le TSX a connu sa pire performance depuis octobre 2007.

Les places boursières partout dans le monde piquaient déjà du nez dans un bassin de mauvaises nouvelles hier lorsque le verdict tant attendu est finalement tombé: les États-Unis, a confirmé hier le bureau chargé d'étudier les cycles, sont en récession depuis décembre 2007.

Ce constat du National Bureau of Economic Research, un organisme privé situé à deux pas de Harvard, est venu s'ajouter à un cours du pétrole en chute libre, à un nouvel affaiblissement du secteur manufacturier américain et à d'autres données montrant que les directeurs d'achats dans plusieurs pays ont rarement été plus inquiets.

Au final, le TSX, qui a perdu 43 % depuis son sommet le 18 juin dernier, a glissé de 9,3 %. Incapable de s'inspirer des données montrant une croissance de 1,3 % de l'économie canadienne au troisième trimestre, la Bourse a signé sa pire performance depuis octobre 1987.

L'indice TSX a particulièrement souffert hier du nouveau recul du cours du pétrole brut. Sur le Nymex, le contrat de brut léger pour livraison en janvier a perdu 5,15 $US, à 49,28 $US.

Tous les sous-indices du TSX ont terminé la séance en baisse. Le secteur de l'énergie a plongé de 13 %, celui des matériaux, 14 %, alors que celui des services financiers a reculé de 8 %. Certains ont mieux réagi. Parmi les détaillants de produits quotidiens, Loblaw, George Weston et Metro ont réussi à éviter le rouge.

À Wall Street, où les gains de la semaine dernière avaient semé l'espoir chez certains, le Dow Jones, le S&P500 et le Nasdaq ont essuyé des pertes de 7 à 9 %.

«Le comité a déterminé que le sommet de l'activité économique aux États-Unis a eu lieu en décembre 2007», a écrit le NBER, auquel participe la communauté universitaire. «Ce sommet marque la fin d'une expansion qui a commencé en novembre 2001 et le début d'une récession. L'expansion a duré 73 mois; la précédente expansion au cours des années 90 avait duré 120 mois.»

Si l'annonce du NBER n'a surpris personne, tout le monde se demande si cette récession, qui frappe la plus grosse économie du monde, sera courte ou longue. Une des principales variables qui devra obligatoirement s'améliorer porte sur le prix des maisons aux États-Unis, qui demeurent en très mauvaise posture.

Le NBER a précisé que les ventes de biens, au détail et en gros, ont touché leur sommet en juin 2008 et que la production industrielle a touché le sien en janvier.

«Il ne faisait aucun doute que l'économie américaine était déjà en récession», a écrit l'équipe d'économistes du Mouvement Desjardins. «Les effets de l'annonce d'aujourd'hui sur les marchés financiers et sur les décisions du gouvernement et de la Réserve fédérale seront donc limités. La difficulté est maintenant de savoir quand cette récession prendra fin. Le NBER est encore plus prudent avec ce type d'annonce.»

Il est convenu qu'une récession s'estompe au bout de six à dix-huit mois. Celle que le NBER vient de mettre au jour est déjà vieille de douze mois.

Au Canada, la dernière récession remonte à 1991-92, et le gouvernement fédéral n'exclut pas que l'économie canadienne subisse le même sort que les États-Unis. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a estimé la semaine dernière que ses 30 pays-membres — ce qui inclut le Canada — sont déjà en récession.

Il existe plusieurs moyens de définir une récession, mais la plus populaire est celle des deux trimestres de décroissance. Pour sa part, le NBER la voit comme un phénomène «présent dans toute l'économie, d'une durée de plus de quelques mois et observable dans la production, l'emploi et le revenu disponible».

Difficultés du manufacturier

La journée d'hier a été pleine de mauvaises nouvelles. En matinée, le U.S. Institute for Supply Management a publié des données peu reluisantes pour le secteur manufacturier. L'indice PMI, qui mesure des variables comme les nouvelles commandes, les stocks et l'emploi, s'est élevé à seulement 36,2, soit son plus bas niveau depuis 1982.

En Europe, le PMI a touché un creux historique, alors qu'en Chine, la baisse de l'indice a été la plus forte depuis sa création en 2004.

Un économiste de la Banque de Montréal a assuré que la dégringolade du PMI sous la barre des 41 en sol américain était «conforme» à ce qui s'est passé lors des dernières récessions.

«Ça signifie que la demande pour les ressources naturelles risque de diminuer au cours des prochains mois», a ajouté Pierre Lapointe, de la Financière Banque Nationale. Les ressources naturelles sont un pilier de l'économie canadienne et de la Bourse de Toronto.

À voir en vidéo