Une récession à l'américaine

Washington — Les États-Unis ont une définition de la récession qui leur est propre et laissent à un groupe d'experts le soin de trancher si et quand leur économie en traverse une.

Cette tâche revient depuis 1961 au comité des cycles économiques du Bureau national de recherche sur l'économie (en anglais, National Bureau of Economic Research, ou NBER), organisme de référence pour qualifier les variations de l'économie américaine.

Le NBER, qui a vu le jour en 1920, a publié ses premières données sur les cycles de déclin de l'économie des États-Unis en 1929, année du krach boursier à l'origine de la Grande Dépression.

Ce comité rejette la définition classique d'une récession (une période de deux trimestres consécutifs ou plus de baisse du produit intérieur brut), la jugeant trop limitée. Pour le NBER, qui prend en compte dans ses analyses plusieurs indicateurs mensuels, parmi lesquels le revenu moyen disponible, le taux de chômage, la production industrielle et les ventes en volume, une récession est l'intervalle entre un pic et un creux de l'activité économique.

Les autorités américaines sont d'ailleurs très réticentes à utiliser le mot récession, renvoyant aux économistes la responsabilité de statuer sur la chose tout en signifiant ensuite que leurs travaux n'apportent finalement que la confirmation de ce que tout le monde sait déjà, ainsi que l'a fait hier de manière exemplaire le secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson. Celui-ci a réussi à se sortir de l'exercice sans prononcer le mot fatidique, ne parlant que de «ralentissement».

La Banque centrale observe la même pudeur. Si certains de ses membres (rares) ont effectivement déclaré haut et fort que l'économie était en récession, son président, Ben Bernanke, ne manque pas d'images lui permettant d'éviter de dire l'indicible. Dans les minutes de la dernière réunion de son Comité de politique monétaire publiées le 19 novembre, un document d'une dizaine de pages, la Fed réussit même l'exploit de ne pas employer le mot banni, alors même qu'elle y envisage un possible recul du PIB pour l'ensemble de l'année 2009.

S'en tenant à la définition classique de la récession, nombre d'économistes estiment désormais que le recul du PIB américain engagé au troisième trimestre pourrait s'étendre jusqu'au printemps 2009, la reprise ne devant intervenir au plus tôt qu'au deuxième trimestre.

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