La Fed devra maintenant innover

«La possibilité d’utiliser une politique classique d’action sur les taux pour soutenir l’économie est évidemment limitée à ce stade», a déclaré Ben Bernanke hier.
Photo: Agence Reuters «La possibilité d’utiliser une politique classique d’action sur les taux pour soutenir l’économie est évidemment limitée à ce stade», a déclaré Ben Bernanke hier.

Washington — Le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, a estimé hier qu'une nouvelle baisse des taux était certes possible, mais qu'une telle mesure touchait à ses limites et que la Fed risquait de devoir encore innover pour soutenir l'économie.

«Bien qu'il soit certainement faisable d'abaisser encore» le taux directeur de la Fed, actuellement fixé à 1 %, «la possibilité d'utiliser une politique classique d'action sur les taux pour soutenir l'économie est évidemment limitée à ce stade», a déclaré M. Bernanke lors d'un discours à Austin.

Cette possibilité est d'autant plus réduite que le taux d'intérêt interbancaire au jour le jour, que la banque centrale essaie de contrôler, est dans les faits inférieur à l'objectif fixé par la Fed, a ajouté M. Bernanke, selon le texte de son allocution distribué à la presse.

La banque centrale n'est cependant pas sans armes et dispose «de nombreux moyens» d'action, a ajouté son président, évoquant notamment la possibilité que la Fed intervienne sur le marché pour acheter «en quantité importante» des bons du Trésor à long terme afin d'agir sur la courbe des taux. En deuxième lieu, la Fed pourrait «apporter des facilités de garantie non seulement à des institutions financières, mais aussi directement à certains marchés financiers, comme [elle l'a] fait récemment pour le marché des billets de trésorerie», a-t-il déclaré.

Pour M. Bernanke, l'effort considérable fourni par la Fed et le département du Trésor américain afin d'assurer un afflux de liquidités suffisant au système financier «n'a à l'évidence pas encore fait revenir les marchés du crédit à un fonctionnement normal.»

Pour cela, les institutions financières «elles-mêmes devront s'attaquer aux sources de la tension financière en levant de nouveaux capitaux, en restructurant leurs comptes de bilan et en améliorant leur gestion du risque», a-t-il dit. «C'est un processus qui prendra du temps», mais elles devraient y parvenir à l'aide des liquidités que la Fed met à leur disposition, a-t-il ajouté.

En ce qui concerne les perspectives économiques, le chef de la Fed a estimé que l'inflation aux États-Unis reviendrait en 2009 à un niveau acceptable pour son institution. Du fait de la forte baisse des prix des matières premières, «l'inflation globale semble devoir baisser fortement au cours de l'année prochaine jusqu'à des niveaux conformes avec la stabilité des prix», a-t-il jugé, alors que plusieurs voix se sont levées pour avertir du danger d'une déflation.

M. Bernanke a par ailleurs estimé que la question de «l'existence d'institutions trop grandes pour pouvoir faire faillite», sous peine de mettre en danger l'ensemble du système financier (comme ce fut le cas pour l'assureur AIG, secouru par les autorités américaines), «devra bien sûr être abordée» à l'avenir. «La bonne façon de le faire sera par le biais de changements dans la régulation» et «d'améliorations dans l'infrastructure financière», afin d'empêcher l'histoire de se répéter, a-t-il dit.

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