Hydro maintient sa demande tarifaire

Hydro-Québec estime que le Québec ne se dirige pas vers une récession profonde et qu’il n’y a donc pas lieu d’adoucir sa demande d’augmenter ses tarifs de 2,2 % à compter du 1er avril.
Photo: Jacques Nadeau Hydro-Québec estime que le Québec ne se dirige pas vers une récession profonde et qu’il n’y a donc pas lieu d’adoucir sa demande d’augmenter ses tarifs de 2,2 % à compter du 1er avril.

Le président d'Hydro-Québec Distribution (HQD), André Boulanger, a rejeté hier l'idée de réviser à la baisse la demande d'augmentation tarifaire de la société d'État, soutenant que la province ne se dirige pas vers une «récession profonde».

Comparaissant devant la Régie de l'énergie pour justifier la requête, M. Boulanger a reconnu qu'Hydro avait dû abaisser ses prévisions de croissance économique et de consommation électrique pour les mois à venir. Il a même convenu qu'il pourrait ne pas y avoir de hausse de la demande en 2009.

Le président d'HQD ne prévoit toutefois pas de «récession profonde», ni même de «contraction de l'économie». À ses yeux, il n'y a donc pas de raison d'adoucir la demande de la société d'augmenter les tarifs d'électricité de 2,2 % à compter du 1er avril 2009.

«Aujourd'hui, on ne la voit pas, la contraction de l'économie, a lancé André Boulanger. Les gens anticipent, les gens craignent qu'il y ait quelque chose, mais [dans] les paramètres que l'on voit aujourd'hui, on ne voit pas un phénomène qui nous dit "on va avoir une récession profonde".»

L'Association québécoise des consommateurs industriels d'électricité (AQCIE) et le Conseil de l'industrie forestière du Québec (CFIQ) estiment cependant que la requête arrive à un bien mauvais moment, vu la «situation économique difficile».

«Tous les organismes qui peuvent aider à donner un peu d'air à l'économie doivent faire leur part et, à notre sens, cela inclut la Régie de l'énergie», écrivent l'AQCIE et le CFIQ dans leur mémoire déposé devant le tribunal réglementaire, en brandissant le spectre de la fermeture d'usines.

La législation prévoit que la Régie de l'énergie se doit d'assurer «la conciliation entre l'intérêt public, la protection des consommateurs et un traitement équitable du transporteur d'électricité et des distributeurs», rappellent les deux regroupements.

Hausses variables?

De son côté, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) demande à la Régie d'appliquer la hausse de 2,2 % en fonction de ce qu'il en coûte à Hydro pour desservir chaque catégorie de clients. Comme il est moins coûteux d'alimenter les entreprises que les consommateurs résidentiels, l'augmentation devrait être de 3,6 % pour ces derniers, mais de seulement 0,2 % pour les PME et de 0,7 % pour les grandes sociétés, selon la FCEI.

Or, l'année dernière, le gouvernement de Jean Charest a adopté un décret pour ordonner à la Régie d'appliquer de façon uniforme, pour toutes les catégories de clients, la hausse de 2,9 % entrée en vigueur le 1er avril 2008.

L'organisme Option Consommateurs se dit «inquiet» de la possibilité que les tarifs d'électricité augmentent davantage pour les consommateurs résidentiels que pour les clients commerciaux et industriels.

«En mettant fin à l'interfinancement [entre les différentes catégories de consommateurs], on sabrerait le pacte social qui était à l'origine de la nationalisation du secteur de l'électricité», a affirmé Olivier Bourgeois, analyste en énergie chez Option consommateurs. Même à 2,2 %, l'organisme trouve «déraisonnable» l'augmentation demandée.

Les associations de consommateurs déplorent par ailleurs que HQD justifie la majeure partie de sa demande de hausse tarifaire par de nouvelles normes comptables qui n'entreront en vigueur qu'en 2011. Ces changements conduiront à d'autres hausses annuelles de deux pour cent des tarifs jusqu'en 2011, prévoit HQD.

Parmi les autres motifs de la requête figurent les coûts élevés des programmes d'efficacité énergétique et le bond des prix du carburant utilisé dans les génératrices qui alimentent en électricité certaines régions éloignées. Or, les cours du pétrole ont chuté de manière importante depuis les sommets de cet été.

Hydro tirerait des revenus additionnels de 141 millions de dollars en 2009-10 si elle obtenait le droit d'augmenter ses tarifs de 2,2 % le 1er avril. Il en coûterait 1,13 $ de plus par mois pour un logement moyen, de 2,70 $ pour une petite maison et de 4,87 $ pour une grande maison, selon la société d'État.

Depuis le dégel des tarifs d'électricité, en 2004, ceux-ci ont connu une hausse totalisant près de 17 %.

Si l'on se fie aux profits dégagés au premier semestre — 1,2 milliard, en hausse de 42 % par rapport à l'année dernière —, Hydro-Québec se dirige vers des résultats records en 2008-09.

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