Une dernière hausse avant la récession

L'activité économique a connu un léger regain au troisième trimestre. Après un premier semestre anémique, le PIB canadien a doublé le scénario de croissance esquissé par les analystes pour juillet-septembre. Les prévisionnistes n'en démordent toutefois pas. Il s'agit du dernier sursaut avant une récession qui devrait être légère au Canada.

«Le PIB canadien a progressé de 0,3 % au troisième trimestre, après avoir essentiellement stagné au cours de la première moitié de l'année», a résumé Statistique Canada. En rythme annuel, la hausse se chiffre à 1,3 %, soit près du double du consensus des prévisionnistes (0,7 %), et se compare à une contraction de 0,5 % mesurée au sud de la frontière.

Même s'il s'agit de la progression la plus rapide en un an, la croissance du PIB au troisième trimestre masque un ralentissement de la demande intérieure, principal moteur de l'économie canadienne. «La croissance économique a été faible depuis le début de l'année, en raison du fléchissement de la demande étrangère et du ralentissement de la croissance de la demande intérieure», a souligné l'agence fédérale. «Les exportations ont diminué pour un cinquième trimestre d'affilée, et la croissance de la demande intérieure finale a décéléré pour s'établir à 0,1 %, principalement en raison du ralentissement des dépenses de consommation.»

La progression des dépenses personnelles a ralenti à 0,2 % au cours de la période juillet-septembre. «Il s'agit d'une troisième décélération trimestrielle consécutive et du plus faible taux de croissance enregistré depuis le quatrième trimestre 2003», a ajouté Statistique Canada. Cette faiblesse a été généralisée, touchant tant les biens que les services. Toutefois, malgré leur faiblesse, les dépenses personnelles ont progressé plus rapidement que le revenu personnel, ce qui a provoqué une baisse du taux d'épargne, à 3 %.

Faiblesses

Ainsi, «de sérieuses faiblesses sont apparentes», a retenu Benoit P. Durocher, économiste senior au Mouvement Desjardins. L'analyste retient le ralentissement des dépenses de consommation, qui traduit une détérioration de la confiance des ménages. «Or, l'amplification de la crise financière cet automne a entraîné de nouvelles baisses de la confiance au cours des derniers mois, de sorte que les perspectives concernant la consommation demeurent faibles.» S'ajoute le fait que près de la moitié de la croissance au troisième trimestre provient d'une augmentation des stocks des entreprises.

Pour l'analyste de Desjardins, l'économie canadienne va s'engager dans une récession au quatrième trimestre 2008. Pour Stéfane Marion, économiste en chef adjoint de la Financière Banque Nationale, il sera difficile pour le Canada d'éviter une récession technique, d'autant plus que la conjoncture économique aux États-Unis s'est détériorée. M. Marion s'en tient toutefois à son plus récent scénario, à savoir une contraction du PIB d'environ 1 %, en rythme annuel, à la fois pour le présent trimestre et pour le premier trimestre 2009.

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