États-unis - Bataille au Congrès pour l'industrie automobile

Washington — Le Congrès américain sortant se réunit depuis hier pour discuter d'une éventuelle rallonge de 25 milliards $US pour les trois grands constructeurs américains en plein marasme, malgré une forte opposition des républicains, notamment au Sénat.

Affaiblis par la crise du crédit et la chute de leurs ventes, les trois grands constructeurs américains, basés dans la région de Detroit, dans le Michigan, Ford, General Motors et Chrysler, attendent beaucoup des débats cette semaine au Congrès.

«Un simple trait de crayon suffirait à régler la question», a déclaré le leader de la majorité démocrate Harry Reid en ouvrant la session du Sénat sortant hier. «Nous voyons venir un potentiel effondrement de l'industrie automobile, avec des conséquences pour des millions de travailleurs américains et des dommages à venir pour notre économie», a-t-il ajouté.

À la Chambre, la Commission des services financiers présidée par Barney Frank doit tenir une audience demain sur la possibilité d'étendre le plan de sauvetage de 700 milliards $US, principalement destiné à remettre le système financier à flot, au renflouement des trois groupes automobiles, surnommés les Big Three.

Au Sénat, la Commission bancaire présidée par le démocrate Chris Dodd tiendra à son tour aujourd'hui une audience sur l'état de l'industrie automobile américaine.

Les dirigeants des trois groupes, qui ont déjà rencontré début novembre les leaders démocrates du Sénat pour plaider leur cause, sont attendus aujourd'hui devant la Commission bancaire. Les sénateurs doivent également entendre Ron Gettelfinger, président de l'UAW, le principal syndicat de l'automobile.

Mais plusieurs sénateurs républicains, dont le vote est indispensable, ont déjà manifesté leur hostilité au projet d'une rallonge de 25 milliards $US.

Richard Shelby (Alabama) dont l'État abrite des usines du constructeur allemand Daimler, du japonais Honda, et du coréen Hyundai, a farouchement mis son veto aux projets des démocrates.

«General Motors a fonctionné sur un mauvais modèle, a eu une mauvaise direction et aucun schéma d'innovation. Maintenant on parle d'injecter 25 milliards, et encore 25 milliards. Qui sait quand cela s'arrêtera?», a-t-il déclaré à la presse.

Le sénateur James DeMint (Caroline du Sud), dont l'État abrite une usine BMW, est lui aussi contre l'octroi de nouveau fonds.

La semaine dernière, le sénateur républicain de l'Iowa, Chuck Grassley, a suggéré dans une lettre adressée aux patrons des Big Three qu'ils baissent leurs propres salaires pour faire face à la crise du secteur.

L'administration Bush qui vit ses dernières semaines au pouvoir est elle aussi prête à faire barrage au projet.

La Maison-Blanche a assuré hier que l'administration ne voulait pas la faillite de l'industrie automobile américaine mais que les constructeurs devaient se contenter des fonds déjà mis à leur disposition.

«Nous pensons que cette aide doit provenir du programme créé par le Congrès qui était spécifiquement destiné à l'aide aux constructeurs automobiles», a souligné la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino.

Mme Perino a également indiqué que la Maison-Blanche était en discussion avec des «membres du Congrès» sur cette question, mais attendait toujours les propositions des démocrates.

Le Congrès avait voté en septembre l'octroi de 25 milliards $US de prêts à taux réduits en faveur de l'industrie automobile, mais ces aides n'ont pas encore été versées.

Le président élu Barack Obama s'est en tout cas prononcé dimanche pour un plan de sauvetage du secteur automobile. «Si le Congrès n'adopte pas un plan immédiat pour donner à l'économie l'encouragement dont elle a besoin, ce sera ma première décision en tant que président», a-t-il promis. M. Obama doit prendre ses fonctions le 20 janvier.