Le secteur automobile européen attend des mesures de soutien

Paris — Confronté au recul des marchés, le secteur automobile européen attend des mesures de soutien, alors que le principe d'une aide fédérale pour les constructeurs nationaux en difficulté suscite une vive polémique aux États-Unis.

Les constructeurs européens ont demandé en octobre une aide chiffrée à 40 milliards d'euros sous la forme de prêts à taux réduit et ont souhaité parallèlement des primes pour inciter les consommateurs à remplacer leurs voitures.

La Banque européenne d'investissement (BEI) va proposer «d'augmenter son volume de prêts de 20 à 30 % en 2009 et 2010, c'est-à-dire de 10 à 15 milliards d'euros par an», a annoncé hier un porte-parole de l'institution. Une partie de ces nouveaux prêts seront destinés à l'industrie automobile, mais le montant n'en a pas été précisé.

La proposition sera examinée par les ministres européens des Finances le 2 décembre.

La ministre française de l'Économie, Christine Lagarde, a indiqué hier que le soutien à l'industrie automobile serait «d'abord prescrit au niveau européen, et ensuite sur le plan national». «C'est plutôt la Banque européenne d'investissement qui va se mobiliser», a-t-elle ajouté.

Le commissaire européen à l'Industrie, Günter Verheugen, avait appuyé fin octobre l'idée de prêts aidés, à l'issue d'une rencontre avec les constructeurs automobiles, indiquant qu'elle rencontrait «beaucoup de sympathie» à la Commission européenne et chez les États membres.

«Nous avons besoin de soutien financier», avait alors résumé le patron du groupe PSA Peugeot Citroën, Christian Streiff, actuel président de l'Association de constructeurs européens (ACEA).

Ces aides pourraient notamment concerner le développement de véhicules propres. Le président français Nicolas Sarkozy avait estimé lors du salon mondial de l'automobile de Paris qu'on «ne pouvait pas dire à nos constructeurs voilà les objectifs sur la protection de l'environnement» et qu'«en même temps, on ne les aide pas à les obtenir».

Il avait alors annoncé un plan gouvernemental de 400 millions d'euros sur quatre ans pour favoriser la recherche et le développement sur les véhicules «propres».

Outre-Atlantique

La situation en Europe n'est pas aussi grave qu'outre-Atlantique, mais «nous ne pouvons pas ne pas voir ce que font les Américains», a affirmé la semaine dernière le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, en se montrant favorable à des mesures «coordonnées» d'aide à l'automobile.

La Commission européenne devrait présenter des mesures de soutien au secteur le 26 novembre, dans le cadre de ses propositions pour un plan de relance de l'économie européenne.

Hier, le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, a toutefois exclu de lancer un programme de soutien pour «l'ensemble» de l'industrie automobile allemande, alors qu'une réunion de crise se tenait sur le dossier Opel, la filiale allemande de l'américain General Motors. L'Allemagne décidera avant Noël d'octroyer éventuellement des garanties au constructeur en difficulté, a annoncé hier la chancelière Angela Merkel après avoir rencontré les dirigeants d'Opel.

Aux États-Unis, après l'enveloppe de 25 milliards $US de prêts décidée en septembre, une nouvelle tranche de 25 milliards doit être discutée au Congrès, alors que les trois grands constructeurs américains (General Motors, Ford et Chrysler) sont en plein marasme.

Mais démocrates et républicains s'opposent sur le sujet même si le président élu Barack Obama s'est prononcé en faveur d'un plan de sauvetage du secteur automobile, assorti de conditions.