Allocution de Louis Vachon - Les banques permettront au Canada d'encaisser la crise

Le Canada a eu la bonne idée de se doter d'un système bancaire solide qui, sans être une police d'assurance contre la crise économique qui balaie le globe, devrait lui permettre d'encaisser le plus gros du choc sans trop de dégâts. C'est du moins l'avis du président et chef de la direction de la Banque Nationale, Louis Vachon. En contrepartie, les États-Unis doivent se préparer à un long chemin de croix. L'occasion de forcer les institutions financières à revoir leurs façons de faire en s'inspirant de ce qui se fait déjà au nord de la frontière.

N'en demeure pas moins LA question qui en inquiète plusieurs: Le Canada parviendra-t-il à éviter la récession qui frappera son plus important partenaire économique? «On va en être bien près», a d'abord lancé M. Vachon hier, au cours d'une allocution prononcée à l'invitation de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. «Il y aura une croissance très, très faible, a-t-il ajouté. Mais prédire s'il va y avoir un effet externe qui va entraîner deux trimestres de croissance négative, c'est difficile. Jusqu'à maintenant, on se défend très, très bien. Encore au mois d'octobre, on a créé des emplois.»

«On n'est pas naïfs pour autant, a poursuivi M. Vachon. On sait qu'il y a un tsunami économique qui s'en vient vers le Canada. Si on se voit comme une île, on peut se demander si le tsunami aura un pied de hauteur ou dix pieds de hauteur. Est-ce que ce sera une récession? On verra.»

Élément rassurant aux yeux de M. Vachon, le système bancaire canadien est «celui qui a continué de fonctionner le mieux» depuis le début de la crise. Une réalité confirmée par le Forum économique mondial, qui a jugé récemment que les banques canadiennes étaient les plus sûres de tout le groupe des pays du G7. Selon le dirigeant de la Banque Nationale, cela est notamment dû au fait qu'elles ont su développer une culture favorisant une bonne relation entre le client et l'institution, relation qui permet une meilleure connaissance mutuelle.

La réglementation financière mise en place fait aussi en sorte que «l'effet de levier» est beaucoup moins important que dans d'autres pays. Aux États-Unis, entre autres, certaines banques ont un endettement qui va jusqu'à 40 fois les capitaux propres, alors qu'ici, le levier oscille plutôt autour de 15 fois. Qui plus est, «le régime fiscal au Canada encourage l'épargne et non l'endettement, a-t-il souligné. Par exemple, les intérêts sur l'hypothèque ne sont pas déductibles d'impôts. Aux États-Unis, oui. Certains en sont donc venus à se dire qu'il s'agissait d'un actif, un abri fiscal, et non d'une dette à rembourser».

Coup dur au Sud

Le Canada est donc en meilleure posture que son voisin américain, où la marche sera pénible. «La reprise économique risque d'y être très longue et très lente, estime Louis Vachon. Elle devrait prendre plusieurs années. Il faudra pour ça que les consommateurs réduisent leur niveau d'endettement.» D'ici là, la première puissance économique du globe pourrait y laisser l'équivalent de 10 % de son PIB, soit environ 1000 milliards.

Cette remontée, si on souhaite qu'elle soit durable, nécessitera aussi une révision en profondeur des façons de faire des institutions financières. Depuis 20 ans, a rappelé M. Vachon, les emprunteurs cherchaient bien souvent une façon d'éviter le bilan d'une banque, par exemple en allant directement sur les marchés de capitaux. C'est ce qu'on appelle la «désintermédiation».

«Entre la personne qui faisait le prêt et la personne ultime qui avait le risque du crédit, il y avait probablement deux ou trois intermédiaires, a-t-il illustré hier. La réalité, c'est qu'on est passé d'un système de désintermédiation à un système de déresponsabilisation. Celui qui faisait les prêts s'en foutait parce que ce n'était pas lui qui prenait le risque à la fin de la journée, c'était quelqu'un qui était un peu plus loin dans la chaîne de titrisation. Ce modèle d'affaires là, il n'existera plus. Il va y avoir un lien beaucoup plus important entre la banque et le client.» Selon lui, les institutions devraient ainsi tendre à se «canadianiser».

Bref, la crise devrait permettre de «renforcer» le modèle d'affaires mis en place en sol canadien. Au sud de la frontière, on devrait d'ailleurs voir émerger une réglementation beaucoup plus stricte. Une bonne nouvelle pour les institutions d'ici. «Beaucoup de nos compétiteurs étrangers étaient peu ou pas réglementés. Je peux vous assurer que ces banques vont soit disparaître, soit devenir réglementées, a ainsi souligné le dirigeant de la Banque Nationale. Sur une base relative, cette nouvelle réglementation devrait nous avantager, parce que pendant plusieurs années, on se retrouvait à compétitionner contre des gens qui n'avaient pas le même cadre réglementaire.»

Et maintenant que la situation dans le domaine des prêts interbancaires revient progressivement à la normale, en partie en raison des actions musclées des gouvernements, il faudra s'attaquer à la remise en circulation de liquidités. «Les banques centrales injectent des liquidités, mais elles ne se retrouvent pas dans l'économie parce que les banques en manquent ou ont peur d'en manquer, alors elles les gardent, a constaté M. Vachon. Il faudrait prendre des mesures, comme l'injection de capital, pour s'assurer que le système bancaire recommence à jouer son rôle de système sanguin de l'économie et recommence à faire circuler les liquidités.»

Surtout, il sera impératif de forcer tout un chacun à revenir à sa mission de base: «Une banque, avant tout, ce n'est pas une machine à faire des profits. Le rôle principal d'une banque dans une économie, c'est d'être un outil de développement économique. Et c'est un outil essentiel.»
1 commentaire
  • Stéphane Doré - Inscrit 13 novembre 2008 00 h 54

    Pétage de bretelles en règle!!

    Si les banques canadiennes sont si fortes que ça, pourquoi diable Flaherty leur a racheté pour plus de 75 MILLIARDS !!! de prêts hypothécaires??? Et si le marché résidentiel devient baissier ici aussi (d'ailleurs ça a commencé à Vancouver) que va-t-il se passer?

    ...ça ne sent pas bon!!! Ça a été fait derrière des portes closes, et de plus on est pas en session du parlement en raison des élections! (Tiens donc! Hasard ou pas?)

    Non, ça ne sent pas bon. Parions que dans une année ou deux, quelques milliards s'ajouteront à la dette nationale canadienne, gracieuseté de la prodigalité de M.Flaherty envers les "solides" banques canadiennes.