Desjardins appelle Ottawa à la vigilance

Monique Leroux a prononcé hier sa première grande conférence devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain depuis son élection à la présidence du Mouvement Desjardins.
Photo: Jacques Nadeau Monique Leroux a prononcé hier sa première grande conférence devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain depuis son élection à la présidence du Mouvement Desjardins.

Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins, insiste auprès du gouvernement fédéral pour qu'il continue de faire preuve d'une grande vigilance «pour éviter que les institutions financières canadiennes ne soient désavantagées par rapport à leurs concurrentes étrangères qui bénéficient d'un soutien très musclé de la part de leurs gouvernements respectifs, que ce soit en matière de garanties de prêts ou en matière de mesures de soutien au capital».

Sa crainte, en somme, serait qu'on en arrive à la situation paradoxale d'un avantage dans l'accès au marché des capitaux en faveur des institutions financières des pays où la crise a fait le plus de dégâts. Un tel avantage découlerait des mesures d'appui considérables obtenues de leurs gouvernements respectifs, alors qu'au Canada, parce que le système bancaire n'a pas subi de telles secousses, le gouvernement n'aurait pas trouvé utile d'accorder un appui comparable à ses institutions financières, comprenant les banques, les caisses populaires et les «credit unions». Bien sûr, le Mouvement Desjardins exprime sa satisfaction de se voir désormais inclus parmi les institutions financières qui pourront, au besoin, bénéficier de ces mesures, voyant ainsi pleinement reconnu son rôle dans le système financier canadien.

À ce jour, Mme Leroux considère que le gouvernement fédéral a adopté des mesures adéquates pour faire face à la situation, y compris les nouvelles annonces faites hier par le ministre des Finances. «Mais, ajoute-t-elle, la situation peut évoluer et, dans ce contexte, le travail de surveillance doit être fait de façon continue par les autorités réglementaires.» Pour l'instant toutefois, précise la présidente, «dans l'environnement mondial difficile que nous connaissons, le Canada occupe une place relativement enviable, et de façon générale le système financier canadien est solide». Selon elle, le mouvement coopératif offre en particulier un certain nombre d'avantages, notamment celui de ne pas avoir d'actions sur les marchés; il ne peut pas, ainsi, faire l'objet d'une «prise de contrôle inappropriée».

Dans ce contexte de crise financière mondiale, Mme Leroux ne pouvait faire autrement que d'en parler à l'occasion de cette première grande conférence devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain depuis son élection à la présidence de Desjardins. Ses propos ont été d'ailleurs tenus sous le signe de la prudence. «Dans le contexte de la crise, j'estime qu'il nous faut garder le cap sur nos objectifs et ne pas perdre de vue le long terme. J'estime en outre qu'en vertu de nos rôles respectifs au sein de nos entreprises et dans l'économie, nous avons une responsabilité partagée à l'égard de la confiance. Tout en faisant une lecture réaliste de la situation, nous devons demeurer en mode de recherche de solutions», a-t-elle expliqué.

Mme Leroux n'a fait aucune allusion dans son exposé aux mesures prises par Desjardins à l'égard des fonds de couverture. Aux journalistes, elle a rappelé que, dès le mois d'août 2007, un processus de suivi des différents fonds a été amorcé et qu'il y a eu un processus de désinvestissement en fonction du protocole des risques qu'il y a à l'interne. «On est dans un processus normal eu égard à la volatilité des marchés, dans un contexte où on veut protéger le capital garanti de nos membres. Notre capital est garanti pour l'ensemble des produits qui ont été offerts à nos membres», a-t-elle précisé. André Chapleau, le porte-parole du Mouvement, a poursuivi en disant que, quand les rendements baissent dans les fonds de couverture, tout de suite la sonnette d'alarme est tirée. Alors, on désinvestit et on met l'argent dans «des titres pépères» pour le protéger, mais les membres voient leur capital entièrement protégé si au départ il est garanti, ce qui n'est pas le cas dans les fonds communs de placement, où des baisses importantes ont pu avoir lieu ces dernières semaines. Bref, si perte il y a lorsque le capital est garanti, c'est l'institution financière qui l'assume.

Pour ce qui est de la suite de cette crise, Mme Leroux dit mettre de grands espoirs dans un nouveau leadership venant des États-Unis qui pourrait s'articuler autour de la vision suivante: «Si la crise actuelle a pour effet de convaincre de l'importance de la coopération, si elle entraîne la mise en place de mécanismes multilatéraux qui permettront d'agir plus efficacement à l'avenir, elle aura eu au moins une conséquence positive. Je souhaite enfin que les leçons que nous saurons tirer de l'expérience des derniers mois nous aideront à mettre en place des mécanismes qui permettront dans l'avenir de mieux gérer la relation entre l'innovation financière, la gestion des risques, l'encadrement réglementaire et la reddition de comptes.»