Paulson renonce au coeur de son plan de sauvetage

«Nous continuons d’explorer des moyens de réduire les risques de saisies immobilières», a déclaré Henry Paulson hier.
Photo: Agence France-Presse (photo) «Nous continuons d’explorer des moyens de réduire les risques de saisies immobilières», a déclaré Henry Paulson hier.

Washington — Le secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson, a renoncé hier à son plan de rachat d'actifs invendables des banques, estimant qu'il était plus simple et plus efficace d'investir directement au capital de ces mêmes institutions.

«En consultation avec la Réserve fédérale, je suis arrivé à la conclusion que la mesure la plus efficace et la plus rapide pour améliorer les conditions du marché du crédit était de renforcer les bilans des banques en achetant directement des actions dans ces banques», a dit M. Paulson.

Le ministre, un ancien de la banque d'affaires Goldman Sachs, avait longtemps été opposé à une telle nationalisation partielle du secteur financier. Il avait finalement changé d'avis à la mi-octobre en annonçant un programme de prise de participation directe de l'État fédéral dans les banques à hauteur de 250 milliards $US. La moitié de cette somme a déjà été allouée à neuf des plus grandes banques du pays, et près de 2000 établissements de dépôt sont éligibles pour la seconde tranche.

La réalisation complète de ce programme «prendra du temps», «mais nous sommes en bonne voie pour le mener à bien», a dit M. Paulson.

Présenté initialement par le ministre comme la panacée pour résoudre la crise, le plan de rachat des actifs invendables accumulés par les banques pendant la dernière bulle immobilière avait suscité de nombreux doutes sur sa faisabilité parmi les membres du Congrès et les économistes.

Jugeant suffisants les 700 milliards $US libérés début octobre par le Congrès pour permettre aux autorités de stabiliser le système financier, M. Paulson a détaillé les principales pistes auxquelles réfléchit le Trésor pour utiliser au mieux le reste de cette enveloppe.

«Maintenant que nous ne prévoyons plus d'acheter des actifs invendables liés à des prêts immobiliers, nous allons prendre en considération les besoins en capital des institutions financières non bancaires», laissant entrevoir une aide pour des assureurs ou des groupes de services financiers. Mais il a exclu que ces aides puissent être élargies aux constructeurs automobiles.

Le Trésor étudie aussi des mesures «destinées à soutenir l'accès des consommateurs au crédit en dehors du système bancaire», a ajouté M. Paulson, en citant notamment le marché du crédit automobile, celui des prêts étudiants et celui du crédit par carte bancaire. De telles mesures permettraient de relancer la consommation, moteur traditionnel de l'économie américaine, alors que la confiance des consommateurs s'est effondrée en octobre, et que les dépenses des ménages ont entamé un mouvement de baisse dont rien ne permet de prévoir la fin.

«Nous continuons d'explorer des moyens de réduire les risques de saisies immobilières», a dit le ministre. Les mesures annoncées la veille par les autorités pour restructurer les prêts immobiliers des propriétaires en difficulté ne comprenaient pas un financement par les pouvoirs publics, contrairement à ce que réclame une partie de la classe politique.

Pas seuls responsables

Par ailleurs, Henry Paulson a estimé que les États-Unis ne pouvaient pas être tenus seuls responsables de la crise économique et financière actuelle. «Pendant plusieurs années, des déséquilibres mondiaux persistants et croissants ont favorisé un accroissement spectaculaire des flux de capitaux, des taux d'intérêt bas, une prise de risque excessive et une recherche mondiale de rentabilité. Ces excès ne peuvent pas être attribués à une seule nation», a expliqué M. Paulson lors d'une conférence de presse.

Selon lui, «il ne fait pas de doute que l'épargne basse aux États-Unis est un facteur important, mais le manque de consommation et l'accumulation de réserves en Asie et dans les pays exportateurs de pétrole et les problèmes structurels en Europe ont aussi contribué aux déséquilibres. Si nous nous attaquons seulement aux problèmes de régulations particuliers, aussi critiques qu'ils soient, sans nous attaquer aux déséquilibres mondiaux qui ont alimenté les excès récents, nous aurons manqué une occasion d'améliorer spectaculairement les fondations pour que les marchés mondiaux et la vitalité économique repartent de l'avant», a estimé M. Paulson.

De l'avis de nombre d'économistes, la crise financière actuelle est née aux États-Unis de l'excès de prêts immobiliers consentis à des emprunteurs peu fiables. Les pertes enregistrées sur ces prêts ont été disséminées dans l'ensemble du système financier de la planète via la distribution par les banques de Wall Street de produits dérivés de ces créances.