Bras de fer avec le Congrès sur l'automobile

Washington — Le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, a exclu hier de consacrer une partie des 700 milliards confiés par le Congrès pour aider les banques au sauvetage de l'industrie automobile, prenant le risque d'une confrontation avec les élus démocrates.

«Il faut une solution» pour les trois grands groupes de Détroitt — Ford, General Motors et Chrysler — qui font face à des difficultés financières extrêmes, mais le plan de sauvetage conçu par le Trésor «a pour but de s'adresser au secteur financier», a souligné M. Paulson devant la presse.

L'administration de George W. Bush, au pouvoir jusqu'au 20 janvier, avait été appelée par de nombreux responsables politiques à laisser les constructeurs automobiles accéder aux fonds du programme de sauvetage du secteur financier, éventuellement par le biais de leurs filiales financières. La présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi avait souligné mardi l'urgence «de modifier la législation» en ce sens, «afin d'éviter la faillite d'un, voire de plusieurs constructeurs automobiles américains, ce qui aurait un impact dévastateur sur [l']économie. Le Congrès et l'administration Bush doivent prendre des mesures immédiates», avait-elle insisté, sans détailler de proposition.

M. Paulson n'a pas été convaincu. «Je me concentre sur le secteur financier, sur le fait de faire marcher le crédit, de faire marcher l'activité de prêt. Je ne peux pas imaginer que rien d'autre ait un impact plus important et un impact plus stimulant que de faire que le crédit fonctionne à nouveau, que le prêt fonctionne à nouveau», a-t-il répondu.

Des pertes de 30 milliards

Les deux principaux constructeurs du pays, General Motors et Ford, ont accumulé à eux deux près de 30 milliards $US de pertes nettes cette année. Chrysler, qui n'est plus coté, ne publie plus de résultats, mais ne se porte pas mieux.

Le Congrès a bien voté le 27 septembre une enveloppe de 25 milliards pour aider le secteur à réorienter sa production vers des modèles plus écologiques. Mais la date de versement de ces prêts n'a pas été fixée et ces sommes paraissent désormais insuffisantes au vu de l'ampleur des problèmes. Deutsche Bank estime que GM aurait besoin à lui seul de 35 milliards pour renflouer ses caisses et financer sa restructuration d'ici à 2010.

GM, qui emploie un quart de million de personnes aux États-Unis, évoque désormais la perspective d'un dépôt de bilan, une fois épuisée sa trésorerie, ce qui pourrait intervenir dès les premiers mois de 2009. Pour le p.-d.g. de GM, Rick Wagoner, c'est la survie de «l'industrie américaine dans son ensemble» qui est menacée sans une aide fédérale.

Les défenseurs des constructeurs automobiles américains plaidaient que ceux-ci pouvaient être éligibles au «plan Paulson» en raison de l'importance de leurs activités dans les services financiers. GM contrôle 49 % du groupe GMAC, une société présente dans le crédit automomobile, mais aussi dans le crédit immobilier. Les 51 % restants appartiennent au premier actionnaire de Chrysler, le fonds Cerberus.

Ford et Chrysler contrôlent à 100 % respectivement, Ford Motor Credit et Chrysler Financial.

Ces filiales, autrefois prospères, ont été durement affectées par la crise du crédit, comme toutes les institutions financières ne pouvant s'appuyer sur une base de dépôt. Selon l'agence de notation financière Standard and Poor's, GMAC est devenu «un fardeau important» pour General Motors, et sa survie est menacée.

Quant à l'idée de transformer ces filiales en banques, pour qu'elles accèdent au plan de sauvetage, l'agence de notation Fitch Ratings la juge irréaliste: il y a selon elle «un certain nombre d'obstacles [...], en particulier dans l'actionnariat actuel, ainsi que la levée de capitaux pour satisfaire aux exigences» d'un tel statut.