Au secours des propriétaires américains

Une étude récente estime que 7,3 millions de foyers américains feront défaut sur leurs emprunts entre 2008 et 2010 et que 4,3 millions d’entre eux pourraient perdre leur maison.
Photo: Agence Reuters Une étude récente estime que 7,3 millions de foyers américains feront défaut sur leurs emprunts entre 2008 et 2010 et que 4,3 millions d’entre eux pourraient perdre leur maison.

Chaque jour, entre juillet et septembre, quelque 2700 Américains insolvables ont été expulsés de leur maison. Une réalité cruelle à laquelle les autorités américaines ont choisi de réagir avec plus de fermeté hier en annonçant un plan destiné à aider les propriétaires immobiliers en difficulté. L'objectif: prévenir les saisies de leur logement en modifiant les conditions de leur emprunt. Une bonne nouvelle qui n'a pas empêché les marchés de connaître une autre journée de déprime.

«Nous annonçons un programme important pour réduire considérablement les saisies évitables, avec une simplification et une rationalisation du programme permettant d'accorder aux propriétaires en difficulté des prêts hypothécaires qu'ils peuvent rembourser», a ainsi résumé le directeur de l'agence fédérale du financement immobilier (FHFA), James Lockhart. «C'est un but raisonnable si les propriétaires, les banques, les fournisseurs de prêts hypothécaires, les investisseurs, Fannie Mae et Freddie Mac travaillent tous ensemble», a-t-il ajouté au cours d'une conférence de presse.

Concrètement, les conditions de plusieurs centaines de milliers de prêts détenus par les géants du refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, placés en septembre sous la tutelle des autorités américaines, seront revues afin de faire passer le remboursement des ménages concernés sous le seuil de 38 % de leur revenu. La mesure est d'autant plus importante que ces deux organismes de refinancement hypothécaire garantissent ou détiennent 58 % des prêts immobiliers du pays. Fait à noter, près de 80 % des ménages américains sont propriétaires de leur logement.

«Le programme vise l'emprunteur qui a manqué trois paiements ou plus, possède et occupe le logement comme résidence principale, et n'est pas en faillite personnelle», a expliqué M. Lockhart. «L'idée est que, s'il n'est pas possible de faire baisser votre taux d'intérêt — on parle de le faire descendre jusqu'à 3 % — et si vous ne pouvez pas prolonger l'hypothèque — on pourra l'étendre jusqu'à 40 ans — et si vous n'avez pas un ratio de dette sur revenus supportable de 38 %, ils vont étudier la possibilité de réduire le principal et de ne pas vous faire payer d'intérêts», a-t-il précisé sur les ondes de la chaîne d'information financière CNBC.

Des millions de ménages

Des millions de ménages pourraient être concernés. Une étude récente de la société de recherche Moody's Economy.com estime que 7,3 millions de foyers feraient défaut sur leurs emprunts entre 2008 et 2010 et que 4,3 millions d'entre eux pourraient perdre leur maison.

Il faut dire que la baisse des prix immobiliers apparue en 2007 a considérablement compliqué la tâche de centaines de milliers d'emprunteurs, qui comptaient sur la hausse de la valeur de leur logement pour revoir à leur avantage les conditions de leur emprunt. La crise économique et la montée du chômage sont venues amplifier le phénomène.

Ce nouveau programme passe en fait par une extension du programme «L'Espoir maintenant» — qui regroupe des prêteurs, des conseillers et des investisseurs — déjà mis en place pour éviter les expulsions. Une initiative qui aurait permis d'éviter 2,5 millions de saisies immobilières depuis juillet 2007, selon ce qu'a indiqué hier la FHFA.

La crise du crédit immobilier aux États-Unis, est-il besoin de le rappeler, est à l'origine de la tourmente financière actuelle. Or, le plan de sauvetage du système financier promulgué début octobre a jusqu'à présent apporté une aide aux grandes banques. La question d'utiliser une partie de l'enveloppe de 700 milliards $US débloquée par cette loi pour aider les propriétaires en difficulté a donc été âprement discutée ces derniers temps.

Jusqu'à une date récente, le gouvernement américain se montrait toutefois franchement peu enthousiaste devant cette idée, défendue par le président élu Barack Obama pendant sa campagne. À la mi-octobre, la présidente de l'Agence fédérale de garantie des dépôts bancaires, Sheila Bair, avait cependant marqué son désaccord avec le Trésor en plaidant pour que le plan de sauvetage puisse servir à aider les banques pour modifier les conditions des prêts faites aux propriétaires en difficulté.

Wall Street plonge

Si des centaines de milliers de ménages pourront peut-être enfin souffler un peu, le répit provoqué sur Wall Street à l'annonce de ce plan a quant à lui été de très courte durée. «Ce moratoire sur les saisies va relâcher la pression, mais pas résoudre le problème», a jugé Marc Pado, de Cantor Fitzgerald. «Tout ce qui compte pour le marché, ce sont les résultats d'entreprises et la dégradation de l'économie qui se poursuit», a poursuivi Peter Cardillo, d'Avalon Partners.

La Bourse de New York a effectivement terminé en baisse, le Dow Jones Industrial Average perdant 1,99 %, pour clôturer à 8693,96 points. Le Nasdaq, a pour sa part perdu de 35,84 points, terminant à 1580,90 points. L'indice élargi Standard & Poor's 500 a cédé 2,20 %, à 898,95 points.

Attisant la nervosité, les chiffres des ventes de détail en octobre et l'indice de confiance des consommateurs sont attendus vendredi. Le marché a aussi été affecté par les craintes de déflation en Chine, qui soulignent que la crise économique sera mondiale. Analyste technique chez Schaeffer's Investment Research, Ryan Detrick a peut-être trouvé la formule qui résume le mieux l'état d'esprit général: «La réalité nous dit que nous sommes en récession. C'est pratiquement comme un abîme sans fond pour le marché. C'est: vendre d'abord, poser des questions ensuite.»

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Avec l'AFP et The New York Times