La CIBC reste optimiste

Jeff Rubin a beau multiplier les révisions à la baisse de ses cibles depuis deux mois, il ne perd pas son optimisme. L'économiste en chef et stratège de Marchés Mondiaux CIBC entrevoit l'atteinte imminente d'un creux en Bourse et croit que l'exercice 2008 devrait se terminer sans autre choc systémique.

Celui qui mise sur l'effondrement des cours pétroliers pour anticiper un retour à la croissance économique a réitéré son optimisme hier, quoique le ton du propos se voulait plus prudent. Pour Jeff Rubin «des signes encourageants indiquent que les marchés boursiers seraient presque au plus bas et que 2008 s'achèvera sans autre effondrement». L'économiste en chef et stratège de Marchés mondiaux CIBC s'inspire cette fois de la baisse de tension observée sur le marché du financement interbancaire.

Partant de ses sommets de l'été, le London interbank offered rate (Libor) «a amorcé un retournement à la suite des fortes réductions des taux d'intérêt et de l'injection de milliards de dollars en liquidités et en garanties de la part des banques centrales. Par conséquent, les prêts interbancaires montrent de nouveau des signes de vie encourageants, après avoir affiché une croissance nulle au printemps et pendant l'été», a écrit l'économiste dans un communiqué.

M. Rubin applaudit également au plan de stimulation de 586 milliards adopté par le gouvernement chinois, qui devrait ajouter au moins «3 % à la croissance de ce pays d'ici les deux prochaines années». Il estime que les États-Unis — déjà en récession à l'instar des pays de la zone euro, du Japon et de la plupart des pays de l'OCDE — sont sur le point d'accoucher de leur propre plan de relance.

La Bourse de Toronto

Si la Bourse est à son creux, ou près de son seuil dans l'actuelle phase de correction, le rebond de l'indice baromètre de la Bourse de Toronto devient cependant plus difficile à prévoir. S'inspirant de l'histoire «malheureusement depuis 1956, le marché n'aura réussi qu'une seule fois à regagner en moins de deux ans son sommet antérieur dans l'histoire des neuf retournements de plus de 20 % de la Bourse de Toronto. En moyenne, il faut environ trois ans à la Bourse de Toronto pour récupérer pleinement d'un marché baissier», a-t-il souligné.

Revenant à ses cibles, Jeff Rubin maintient que le S&P/TSX devrait fermer l'année 2008 autour de 9500 points, pour mettre un terme à 2009 à 12 000 points, soit une hausse de 26 % entre ces deux niveaux. L'indice de référence de Bay Street a clôturé hier à 9424,00, en baisse de 264,80 points par rapport à lundi.

Afin d'illustrer l'optimisme devenu prudent de Jeff Rubin, précisons que l'analyste annonçait en septembre dernier une révision à la baisse de ses cibles. Sa cible de fin 2008 pour le TSX était alors ramenée de 14 300 à 13 000 et celle de la fin de 2009, de 15 250 à 14 000. Les nouvelles balises font ressortir une révision à la baisse de 34 %, en deux mois, pour l'objectif de 2008, de 21 % pour celle de 2009.

Immobilier

Cette même prudence prévaut face à la conjoncture du marché immobilier en 2009. Dans un sondage effectué par le cabinet PricewaterhouseCoopers, les acteurs sur la scène immobilière canadienne soutiennent que la crise immobilière aux États-Unis ne devrait pas déborder ou avoir un effet de contagion au Canada. Le marché des propriétés, y compris les propriétés résidentielles, est près de son équilibre, avec un taux d'occupation élevé et un développement maîtrisé. Au Canada, la taille des institutions financières et la rigueur de l'encadrement réglementaire ont permis d'éviter les excès observés dans les pratiques de prêts hypothécaires aux États-Unis.

Et même si l'on fait face à un certain resserrement du marché du crédit, avec un financement plus long à obtenir et à un coût plus élevé, la tension n'a rien de comparable, ici, à ce qui se passe dans des marchés plus secoués. «En fait, le Canada se classe au troisième rang au monde, derrière l'Asie Pacifique et le Moyen-Orient, avec une croissance allant de modérée à élevée de la disponibilité des capitaux destinés au marché immobilier», peut-on lire dans les conclusions du cabinet.