Principes d'autodéfense contre la fraude

Les aînés sont victimes de près de 40 % des cas de fraude rapportés au Québec, alors qu’ils ne constituent que 12 % de la population.
Photo: Agence Reuters Les aînés sont victimes de près de 40 % des cas de fraude rapportés au Québec, alors qu’ils ne constituent que 12 % de la population.

Les aînés se lancent dans l'autodéfense pour contrer les fraudes. L'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) a lancé, hier, un programme de prévention intitulé «Serez-vous le prochain poisson?», en collaboration avec l'Autorité des marchés financiers (AMF). Il comporte des ateliers d'information ainsi que la distribution de dépliants et d'affiches.

Selon le président de l'Association, Maurice Boucher, la situation «empire» et les fraudeurs sont de plus en plus ingénieux.

«Ce programme-là tombe à point. Puisque nous sommes en pleine période de crise financière, on pense que les fraudeurs pourraient bien tenter d'en profiter», a déclaré

M. Boucher lors d'une conférence de presse à Montréal.

Les arnaqueurs développent des «astuces inimaginables», croisières, voyages, loteries, a-t-il expliqué en entrevue. «Ils imitent n'importe quoi, n'importe quel logo de n'importe quelle compagnie [...]. Ils raffinent constamment leurs moyens.»

Les aînés sont victimes de près de 40 % des cas de fraude rapportés au Québec, alors qu'ils ne constituent que 12 % de la population, a rappelé un chargé de projet de l'Association, Lucien Paquette.

Des préjugés

Selon lui, les personnes âgées sont davantage ciblées par les fraudeurs, car les préjugés laissent entendre qu'elles sont riches. De même, elles sont plus isolées et plus disponibles. Enfin, les vieillards «ont peur de manquer d'argent», en raison de l'extension de l'espérance de vie, et pourraient être plus sensibles à des offres frauduleuses.

«C'est l'appât du gain» qui domine, dans l'ensemble des cas de fraude, a témoigné la surintendante à l'indemnisation et à l'assistance à la clientèle de l'AMF, Anne-Marie Poitras.

L'AMF porte des accusations contre des présumés fraudeurs pratiquement chaque semaine, a souligné Mme Poitras.

«C'est l'espoir, le rêve, la confiance [...]. Quand on dit que c'est trop beau pour être vrai, c'est que c'est peut-être le cas», a-t-elle imagé. Les aînés font «rapidement confiance», a ajouté Mme Poitras, en dépit des grands scandales financiers comme Norbourg et Enron. Ils ne font pas les vérifications nécessaires.

D'ailleurs, les fraudeurs profitent souvent des réseaux de leurs victimes, a-t-elle précisé. Ainsi, si le faux courtier ou investisseur est présenté par un proche — qui finira lui-même par être détroussé — alors la personne âgée a moins tendance à se méfier. «Si cette personne vous est présentée par quelqu'un en qui vous avez confiance, vos gardes vont baisser», a dit Mme Poitras.

Pire encore, la personne âgée est très souvent victime d'un fraudeur qui est membre de sa famille, a indiqué M. Boucher. «Alors on n'ose pas dénoncer quelqu'un de sa famille», a-t-il fait remarquer. On évalue que seuls 30 % des cas de fraude sont rapportés.

Le président de l'AQDR estime d'ailleurs qu'«un fort pourcentage des abus financiers provient de la famille», sur des questions d'héritage, de biens dilapidés, où il est très «délicat» d'intervenir.

Le projet «Serez-vous le prochain poisson?» a d'abord été mis sur pied à Sherbrooke, mais il est désormais étendu au Centre-du-Québec, à Laval, à Rouyn-Noranda et dans Saint-Michel, à Montréal. L'AQDR vise à le déployer dans l'ensemble de la province. L'AMF a versé 40 000 $ pour la réalisation du programme.