Au temps d'un ralentissement économique - Nos assurances en prennent-elles pour leur rhume ?

Photo: Agence Reuters

Quand les États-Unis éternuent, c'est le monde entier qui s'enrhume. Alors que l'économie américaine se trouve mal en point, d'importantes répercussions se font sentir à l'échelle planétaire. Mais, pour un seul individu, à l'intérieur d'un seul portefeuille, qu'est-ce que cela signifie? En plus de se soucier de ses investissements, le consommateur doit-il s'inquiéter de ses assurances?

«Au Québec, nous ne vivons pas encore une crise économique. Aux États-Unis, par contre, il s'agit d'une situation de crise. Nous en subissons les contrecoups. Il y a énormément d'incertitude sur les marchés financiers et énormément de pertes de la valeur de nos épargnes. C'est sûr que c'est inquiétant», commente Martin Boyer, directeur de la revue Assurances et gestion des risques, ainsi que directeur du département de la finance et professeur titulaire aux HEC Montréal.

Comme toutes les entreprises, les compagnies d'assurance sont susceptibles d'être affectées par cette crise financière. Si on ne parle pas nécessairement de faillite au Québec et au Canada, on parle assurément de diminution de capital.

Des «promesses» à réaliser

«Ce qu'il faut comprendre, c'est que les compagnies d'assurance vendent des promesses. Elles promettent aux assurés de les indemniser si certains événements fortuits se produisent. Comme assuré, on paie avant d'avoir reçu un service. On donne de l'argent à la compagnie d'assurance sous forme de primes, qui, elle, le fait ensuite fructifier. Même si les placements sont très réglementés dans le domaine des assurances, on a vu dans les derniers mois que ce qui était très sûr ne l'est plus. Le problème actuel, c'est que les actifs sont en train de fondre comme neige au soleil. Il y a énormément de réduction dans le capital», précise le professeur.

Si les assureurs subissent des réductions de capital, ils auront moins d'argent pour cautionner les indemnités à verser aux assurés. Le risque ultime est donc que ces compagnies ne puissent plus honorer leurs promesses d'indemnisation si jamais un très grand nombre de détenteurs de police faisaient des réclamations. Une crise du verglas comme celle de 1998 pourrait par exemple être particulièrement contraignante pour les assureurs.

Étonnamment, cette situation ne semble pas inquiéter outre mesure le consommateur. «L'inquiétude est plus ou moins palpable auprès de la clientèle parce que les gens ne semblent pas faire le lien entre leur portefeuille et la crise financière. Ils s'inquiètent beaucoup plus de leurs fonds et leurs placements», explique Charles-Antoine Carra, souscripteur pour Lareau courtiers d'assurances.

Même son de cloche du côté du cabinet de courtage Dale Parizeau Morris Mackenzie et de la Financière Sunlife, qui n'ont pas encore noté d'inquiétude particulière chez leur clientèle.

Des conséquences directes

Pour les souscripteurs d'assurance, la crise financière risque de se traduire par des répercussions directes sur leur portefeuille, selon les secteurs. Sous peu, les assureurs auront besoin de se recapitaliser. Pour y parvenir, ils devront prendre des mesures comme l'augmentation des primes et l'adoption de règles de souscription plus strictes.

«L'assureur, n'ayant plus de contrôle sur les revenus de placements, se concentrera sûrement sur ses résultats d'opération d'assurances, explique Jacques Bigaouette, président et chef de la direction de Dale Parizeau Morris Mackenzie. Les primes augmenteront sûrement et les assureurs poseront des restrictions et conditions supplémentaires aux assurés.»

Il faut dire que, au cours des dernières années, le marché des assurances a été particulièrement mou. Les assureurs cherchant à consolider leurs acquis et à augmenter leur volume, les tarifs étaient bas et les critères de souscription, très souples. Les assureurs ayant désormais besoin de capital, cette souplesse tend à faire place à une certaine rigidité.

«Le marché mou, c'est une stratégie de croissance, pas une stratégie de maintien. Il faut s'attendre à ce que, dans le contexte d'une crise financière, les compagnies d'assurance décident d'opter pour le maintien et essaient seulement de conserver leurs parts, sans tenter de percer d'autres marchés», rappelle Charles-Antoine Carra.

Des primes en hausse

Selon les intervenants consultés, des hausses de primes sont à prévoir dans tous les secteurs d'assurance, à quelques différences près. Le domaine des assurances de dommages sera certainement plus touché que celui des assurances de personnes, le risque économique ayant un impact plus limité sur ce dernier.

Les souscripteurs ne doivent toutefois pas paniquer. Selon les experts questionnés, les hausses devraient s'échelonner petit à petit, en fonction des pertes encourues par les assureurs. Bien qu'il soit techniquement possible que le montant des primes augmente en flèche, il est peu probable que les choses se produisent ainsi.

«Avant de voir des changements, je crois qu'il faudra attendre encore un peu, souligne Jacques Bigaouette. Avant que la crise n'ait un véritable effet sur les résultats techniques au Québec, il faudra sûrement un certain temps. À mon avis, on pourrait voir des changements vers la fin 2009.

Se renseigner sur les options

En prévision du renouvellement de sa police d'assurance, le consommateur averti devrait envisager de faire appel à un courtier ou encore de se renseigner consciencieusement sur les options qui s'offrent à lui.

«Dans le cadre de cette crise financière, il faut peut-être accepter de payer un peu plus cher pour être assuré avec une compagnie stable, qui est en meilleure santé financière, conclut le professeur Martin Boyer. C'est important de s'informer, parce que c'est en magasinant qu'on obtient le meilleur prix. On peut décider de faire confiance à un courtier ou encore se renseigner auprès d'organismes comme Option consommateurs ou Protégez-Vous. Il faut s'assurer qu'on ait les meilleures options!»

***

Collaboratrice du Devoir